Pour l’exercice fiscal 2024-2025, l'économie haïtienne a une fois de plus, enregistré un taux de croissance négatif, soit -2,7%. Le taux d’inflation demeure à deux chiffres. Suivant, les récentes données publiées par la Banque de la République d'Haïti (BRH), le taux annuel s'élève à 32.2%, avec un ralentissement au niveau mensuel, constaté durant les derniers mois de l'année.
Pendant ces dernières années, la catégorie la plus importante dans l'indice des prix à la consommation dans l'économie haïtienne est Alimentation. Ainsi, les chiffres démontrent que celle-ci ainsi que le logement pèsent à un niveau assez élevé sur le taux de l’inflation. D'où, plus de 5 millions de personnes font face à l'insécurité alimentaire aiguë et plus de 1 millions de déplacés internes qui cherchent à suivre dans les camps de fortune, dans des foyers d’accueil, ou qui cherchent à se relocaliser dans des zones moins risquées de la capitale ou dans des villes de province.
Toutefois, une légère décélération a été observée dans l'inflation en novembre 2025 par rapport au mois précédent. En effet, l’Indice Général des Prix à la Consommation (IPC, base 100 en 2017-2018) est passé de 564.9 en octobre à 570.4 en novembre, correspondant à une variation en rythmes mensuel et annuel de 1.0% et 28.3%,contre respectivement 1.5% et 32.2% en octobre.
En novembre, l'indice des prix à la consommation (IPC) a enregistré une hausse significative, portée par l’augmentation des principales divisions de consommation, notamment les produits alimentaires et boissons non alcoolisées (+29,7 % sur un an), l’habillement et les chaussures (+25,4 %), le logement et les services liés (+46,4 %), les restaurants (+31,5 %) et les biens et services divers (+22,7 %). Cette inflation est principalement attribuable à la flambée des prix de produits de base tels que le riz, la viande, le poisson, l’huile comestible et les bananes, ainsi qu’à la forte hausse de l’électricité (+575 %), du loyer (+39,8 %) et du charbon de bois (+31,2 %). Les articles d’habillement comme les vêtements confectionnés, les chaussures et les accessoires ont également connu des hausses notables.
Par ailleurs, les prix des produits locaux ont progressé de 30,7 %, contre 24,8 % pour les produits importés. Sur le plan régional, les plus fortes augmentations ont été observées dans le Reste Ouest (+29,5 %), l’Aire Métropolitaine (+28,9 %) et la région Transversale (+28,3 %). L'Indice global de l'Indicateur Conjoncturel d'Activité Économique (ICAE-Haïti) est un indicateur trimestriel composition qui donne une estimation des grandes tendances du Produit Intérieur Brut (PIB). Il s'est établi à 122,0 au cours du troisième trimestre de l'exercice fiscal 2024- 2025, contre 124,6 pour le même trimestre de l'exercice précédent, accusant ainsi une régression, en glissement annuel, de 2.1 %. Tous les trois grands secteurs de l'économie ont contribué à la chute globale de l'ICAE. En termes cumulatifs, c'est-à-dire sur les neuf mois de l'exercice fiscal (d'octobre 2024 à juin 2025) l'ICAE-Haïti a reculé de 2,4 %.
En outre, l'ICAE du Secteur Primaire a chuté, en e glissement annuel, de 5.5% au 3 trimestre de l'exercice fiscal 2024-2025, ce qui correspond e à une décroissance cumulée d'octobre à juin de 5.7 %. Cette évolution négative du secteur primaire au 3 trimestre est consécutive à la baisse de ses deux sous-branches, en l'occurrence la branche agricole et les activités extractives.
De surcroît, l'ICAE de la branche agricole a enregistré, au troisième trimestre de l'exercice fiscal 2024-2025, une contraction annuelle de 5,5 %, relativement plus prononcée que celle observée au troisième trimestre 2024 (-5,1 %). Le secteur agricole continue de pâtir des exactions des gangues dans certaines régions agricoles, ainsi que des effets néfastes de la mauvaise saison pluvieuse qui a impacté la campagne agricole de printemps. En valeur cumulative, sur les trois premiers trimestres de l'année fiscale 2024-2025, on observe une chute de 5,7 %.
L'ICAE des activités extractives, constituées principalement des mines de sable et des carrières, affiche une baisse de 7,6%, en glissement annuel, au cours du troisième trimestre de 2025. Ce résultat négatif reflète le malaise persistant dans ce secteur, étroitement lié au ralentissement des activités dans le domaine de la construction, principal utilisateur de ces matières premières. L'indice cumulé, pour la période allant d'octobre à juin 2025, a décru de 6,9 %.
Comparé au troisième trimestre de l'exercice fiscal 2023-2024, où le taux de croissance était de -5,8%, l'ICAE du secteur secondaire a enregistré une régression de plus de 4,0% (-4,3%) au cours du troisième trimestre de l'année fiscale 2024-2025. Ce résultat négatif s'explique par la contraction de l'ensemble des composantes de ce secteur. Il en résulte une variation cumulative négative d'octobre à juin 2025 de 4,4%, un peu moins élevée que la chute de 5,2% enregistrée à la même période de l’année dernière.
Le niveau de l'indice de la branche des industries manufacturières, qui était évalué à 145,0 au troisième trimestre de l'exercice fiscal 2023-2024, est tombé à 139,6 au troisième trimestre de l'exercice fiscal 2024-2025, affichant ainsi une décroissance interannuelle de 3,7 %. Cette baisse s'explique par la performance négative de la quasi-totalité des sous-branches du secteur manufacturier. À l'exception de la sous-branche Papier, Édition et Imprimerie qui a affiché un accroissement positif, toutes les autres ont évolué à la baisse. En termes cumulatifs, pour la période allant d'octobre à juin de l'exercice 2024-2025, l'indice a diminué de 3,8 % par rapport à la même période de l'année précédente
L'ICAE de la branche Construction, au troisième trimestre de l'année fiscale 2025, a régressé de 6,5 %, passant de 130,1 au troisième trimestre de l'exercice 2023-2024 à 121,6 au trimestre sous étude. Cette évolution négative est corroborée par la diminution de la consommation apparente des principaux matériaux utilisés dans le processus de production de ce secteur. L'Indice cumulé, de son côté, a diminué de 6,6 % durant les neuf mois de l'exercice (octobre 2024 à juin 2025).
L'indice de la branche Production et Distribution d'Électricité et d'Eau affiche une baisse annuelle de 4,0 % au troisième trimestre de l'exercice fiscal 2024-2025. Cette diminution résulte de la contre-performance des deux sous-branches, à savoir l'Électricité et l'Eau. Dans l'ensemble, la variation cumulée de cette branche, sur les neuf mois de l'exercice fiscal, indique une contraction de 4,2 %.
Tout comme les deux autres secteurs, le secteur tertiaire a aussi connu une décroissance au cours du 3è trimestre, mais relativement moins marquée.
En effet, son ICAE a enregistré un léger recul annuel de 0,4%, nettement inférieur à la contraction de 1,7%, de la même période de l'année précédente. Parmi les composantes du secteur, les branches des Institutions Financières, des Télécommunications et des Services Non Marchands ont affiché des tendances haussières. En valeur cumulative, l'ICAE du secteur tertiaire a diminué de 1,1% sur les trois trimestres de l'exercice fiscal 2024-2025.
L'indice de la branche Commerce est évalué à 114,3 au troisième trimestre de l'année fiscale 2025, contre 117,5 à la même période de l'année précédente, soit une baisse annuelle de 2,7 %, comparativement à une chute de 4,2 % enregistrée l'année précédente. Ce résultat négatif reflète le mauvais comportement des deux sous-secteurs, notamment le secteur informel (-2,8 %) et le secteur formel (-2,7 %). En valeur cumulative, durant les neuf mois de l'exercice, l'indice a enregistré une baisse de 3,4 %.
Selon les données de l’IHSI, l'indice de la branche Restaurants et Hôtels a accusé une décroissance, en glissement annuel, de 5,4%, passant du niveau de 76,2 au troisième trimestre 2024 pour tomber à 72,1 au troisième trimestre 2025. Cette évolution négative peut s'expliquer, entre autres, par la contraction observée dans le chiffre d'affaires des entreprises constituant la branche. De manière cumulative, sur la période d'octobre 2024 à juin 2025, la branche Restaurants et Hôtels a affiché une diminution de 6,3%.
Par ailleurs, l'ICAE de la Branche Transports et Communications a connu au cours du troisième trimestre de l'exercice fiscal 2024- 2025 une croissance interannuelle positive de 1,0% contre 1,7%, enregistrée au cours de la même période de l'exercice fiscal précédent. Cette évolution positive est corroborée, entre autres, par une augmentation de la branche des Télécommations (5.6%). Comparé aux neuf mois de l'année dernière, l'ICAE cumulé de la branche Transports et Communications a progressé de 0,7%.
Les Institutions Financières sont parmi les rares branches d'activité qui ont pu garder la tête hors de l'eau durant les trois trimestres de l'année fiscale 2025. En effet, l'ICAE des Institutions Financières a progressé, en glissement annuel, de 4,4% par rapport à la même période de l'année passée. Cette évolution positive résulte particulièrement de la tendance haussière des banques commerciales. En valeur cumulée, d'octobre à juin 2025, l'ICAE de cette branche a atteint une croissance de 3,4%.
L'Indice de la Branche des Autres Services Marchands, regroupant les Sous-secteurs Immobilier, Santé et Education, a cru légèrement de 0,4%, au troisième trimestre de l'exercice fiscal 2024-2025, contre la forte baisse de 8,2 % qui a été obtenue l'année dernière. A l'origine de cette augmentation se trouve surtout l'évolution positive de la sous branches Education. Par contre, comparé aux neuf mois de l'année fiscale 2025, l'ICAE cumulé a reculé de 2,0%.
L'ICAE des Services non marchands a enregistré une croissance de 3,5%, en glissement annuel, au troisième trimestre de l'exercice fiscal en cours, contre une hausse de 1,7% durant la même période de l'année précédente. Sur les neuf mois de l'exercice fiscal 2024-2025 (d'octobre à juin), la variation cumulée s'établit à 2,8 %..
Les contributions des branches à l'évolution de l'ICAE global au troisième trimestre de l'année fiscale 2025 sont ainsi réparties: a) de manière positive: Transports et Communications (0.16%), Services non Marchands (0.05%), Institutions Financières (0.05%); Services Marchands (0.02%), b) de manière négative: Agriculture (-0.70%); Activités de fabrication (-0.65%), Commerce (-0.60%), Construction (-0.34%), Electricité et Eau (-0.03%), Hôtels et Restaurants (-0.02%) et Activités Extractives (-0.02%).
Le gouvernement haïtien a adopté, lors du Conseil des ministres tenu le 9 octobre dernier, le nouveau budget rectificatif pour l’exercice 2025-2026. Ce budget s’élève à 345,5 milliards de gourdes, soit une augmentation de 6,8 % par rapport au budget précédent. Ce nouveau budget mettait l’accent également sur plusieurs priorités nationales notamment la restauration de la sécurité publique, l’organisation des élections générales, le renforcement de la gouvernance, la justice sociale, ainsi que la stabilisation macroéconomique du pays.
Selon les données officielles, 70 % des dépenses seraient financées par les recettes fiscales et douanières, estimées à 243,5 milliards de gourdes, en hausse de 12 %. Les revenus pétroliers devraient atteindre 34,9 milliards, soit une progression de 16,8 %. En revanche, les dons et emprunts extérieurs sont en recul de 10,9 %, traduisant une volonté affichée d’ autonomie budgétaire.
Le gouvernement avait prévu une croissance du PIB de 0,3 % pour l’exercice en cours. Alors que , l’ inflation, était toujours élevée, estimait à 23,4 %, ce qui pourrait freiner la consommation des ménages et décourager l’investissement privé. Pour y remédier, des réformes structurelles ont été annoncées, notamment des investissements dans les infrastructures, une meilleure gestion des ressources publiques et une intensification de la lutte contre la corruption.
L’économie a été, encore une fois, victime des soubresauts politiques, jumelés avec un fléau d’insécurité sans commune mesure dans l’histoire contemporaine du pays. Les conséquences de cette situation, notamment en termes de contraintes dans la libre circulation des gens et des biens, de ralentissement drastique des activités, de fermeture ou de déplacement de certaines entreprises, de pertes d’emplois et de déplacés internes, ont grandement contribué à anémier l’économie haïtienne, diminuant ainsi considérablement sa capacité à créer de la richesse en 2024.
Likenton Joseph
