La Société haïtienne de criminologie et d’études pénales (Sohacep), en collaboration avec l’Institut national pour la défense des droits économiques, sociaux et culturels (INDDESC), a présenté ce vendredi 13 février 2026 un rapport accablant sur la situation des détenus dans des centres carcéraux de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Ces deux organisations spécialisées dans la défense des droits humains constatent une détérioration dramatique des conditions de vie des prisonniers.
Luckner Édouard, président de la Sohacep, dénonce une crise humanitaire marquée par une surpopulation extrême. Des cellules prévues pour environ dix personnes en accueillent parfois plus d’une centaine. Cette inspection faite à Delmas et Pétion-Ville révèle également une absence criante de suivi judiciaire. De nombreux détenus, y compris des mineurs, restent incarcérés pendant des années sans jamais comparaître devant un juge. Les conditions sanitaires sont jugées déplorables, provoquant des infections chroniques chez une majorité de femmes incarcérées.
À Delmas 33, certaines cellules conçues pour 10 à 15 personnes hébergent entre 110 et 127 détenus. Sur 93 mineurs recensés, seuls quatre ont été libérés après avoir vu un juge. Selon le rapport présenté, 90 % des femmes incarcérées souffrent d’infections vaginales et urinaires chroniques.
Parallèlement, Frédo Jean Charles, président de l’INDDESC, dénonce pour sa part l’effondrement du système judiciaire, aggravé par une évasion massive de prisonniers au centre-ville. La perte de nombreux dossiers juridiques lors de ces troubles empêche tout suivi légal et prolonge des détentions arbitraires. Il accuse l’État de faillir à son obligation constitutionnelle de protéger la vie et la santé des citoyens, en violation des traités internationaux et de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
L’évasion spectaculaire a eu des conséquences dévastatrices sur l’administration de la justice et le respect des droits fondamentaux. Jusqu’à présent, ni le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire ni le ministère de la Justice n’ont fourni de chiffres officiels sur le nombre de prisonniers évadés, décédés ou repris. Cette absence de données illustre, selon les défenseurs des droits humains, une faillite du contrôle étatique.
En conséquence, de nombreux détenus se retrouvent incarcérés sans dossier, sans trace justificative de leur détention ni indication de sa durée. Cette situation est qualifiée de détention injuste, arbitraire et illégale, révélant l’effondrement de l’État de droit.
Les organisations rappellent que l’État haïtien manque à son obligation de garantir le droit à la vie et à la santé, conformément à l’article 19 de la Constitution de 1987. Elles soulignent également la violation flagrante de plusieurs instruments internationaux ratifiés par Haïti, dont le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Convention américaine relative aux droits de l’homme. Le traitement infligé aux détenus, dont certains n’ont jamais été jugés, est considéré comme un affront à la dignité humaine et à la démocratie.
Yasmine Sanon
