Le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), en partenariat avec l’Institut du Bien-Être Social et de Recherches (IBESR), a organisé ce vendredi 13 février un atelier d’échanges à l’intention des professionnels des médias autour du thème : « Raconter sans nuire ». Cette initiative vise à promouvoir une approche éthique du traitement de l’information, respectueuse des droits de l’enfant et conforme aux normes internationales de protection de l’enfance.
Cette table de discussions, organisée en marge de la Journée internationale de la Main rouge, célébrée chaque 12 février depuis 2002, avait pour objectif de sensibiliser les journalistes au traitement médiatique des enfants associés aux forces et groupes armés (EAFGA), tout en favorisant des échanges sur les défis liés à leur couverture.
D’entrée de jeu, les responsables de l’IBESR et de l’UNICEF ont insisté sur la prudence requise dans la collecte et la diffusion d’informations concernant ces enfants. Ils ont rappelé qu’un reportage ou un commentaire mal avisé peut exposer un enfant, ou d’autres, à des représailles ou à la stigmatisation sociale. L’intérêt supérieur de l’enfant doit primer sur toute considération médiatique, ont-ils souligné, ajoutant qu’informer le public ne doit jamais se faire au détriment des droits de l’enfant.
Le premier intervenant a axé son exposé sur le mécanisme de surveillance et de communication de l’information (MRM), un outil destiné à documenter six violations graves des droits de l’enfant en situation de conflit armé, meurtre ou mutilation, recrutement ou utilisation, violences sexuelles, enlèvements, attaques contre les écoles et hôpitaux, ainsi que le refus d’accès humanitaire. Ce mécanisme vise à surveiller, signaler et prévenir ces violations.
Protocole d’accord sur la protection des enfants
Le second intervenant, Roosevelt Jean-Louis, a présenté le Handover Protocole, un document signé entre le ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST) et le système des Nations unies en Haïti. Cet accord, paraphé le 27 octobre 2022 pour une durée de cinq ans renouvelable, encadre le transfert, la réception et la prise en charge des enfants associés aux gangs armés.
Le protocole définit les responsabilités des différentes parties ainsi que les procédures à suivre lors de l’interpellation d’un enfant par la Police nationale ou d’autres forces de sécurité. Il précise notamment que les enfants doivent être confiés à l’IBESR dans un délai de 72 heures après leur appréhension et 48 heures après leur audition par le parquet.
L’IBESR assure ensuite leur prise en charge en vue de leur réhabilitation ou de leur réinsertion sociale. Ces enfants peuvent être réintégrés dans leurs familles, placés en familles d’accueil ou orientés vers des centres de transit et d’orientation (CTO). Roosevelt Jean-Louis a indiqué que deux CTO sont actuellement fonctionnels, l’un à Delmas, accueillant une cinquantaine d’enfants, et un second aux Cayes, avec une capacité de plus de 600 enfants.
Programme de prévention et de réhabilitation
Le troisième intervenant a présenté le programme PREJeunes, une initiative reposant sur deux axes majeurs : la prévention et la réhabilitation. Le volet préventif vise à empêcher le recrutement des enfants par des actions de sensibilisation, de soutien communautaire et de protection renforcée. Le volet réhabilitatif repose sur un accompagnement psychosocial et éducatif destiné à favoriser une réinsertion durable.
Les stratégies du programme comprennent la création de dix zones communautaires de paix, l’implantation de maisons de jeunes, le développement d’activités éducatives et récréatives, des campagnes de sensibilisation et le renforcement des mécanismes communautaires de protection de l’enfance. Des espaces sûrs sont également mis en place dans les zones à haut risque.
Pour redonner espoir et perspectives à ces enfants victimes, le programme prévoit la création de centres de réhabilitation et de transit, la mise en œuvre de dispositifs de soutien psychologique, des programmes d’insertion scolaire et professionnelle ainsi qu’un accompagnement familial et communautaire.
Les approches retenues sont socio-économiques, multisectorielles, communautaires et participatives, avec l’implication des leaders locaux, dans une logique de gestion de cas non ciblée. "30 à 50% des membres des gangs sont des enfants. Nous avons observé en une année une recrudescence de 200 pour cent. Ces enfants sont des victimes, ils méritent notre protection", dit-il.
La séance de formation s’est achevée par une session de sensibilisation consacrée aux pratiques journalistiques relatives aux enfants associés aux groupes armés, suivie d’échanges et de questions-réponses.
Sheelove Semexant
