Le leader du Burkina Faso, Ibrahim Traore, qui fascine la jeunesse africaine, dans l’un de ces derniers discours, parlait de faire son pays, en cinq ans, rattraper un retard de cinquante ans.
C’est le propre des grands dirigeants d’avoir une vision.
De ne pas se laisser distancer économiquement, militairement, culturellement par les autres pays, surtout ceux qui sont proches de vous, ceux avec qui on partage la même frontière.
Les dirigeants dominicains ont voulu nous dépasser. En l’espace de cinquante ans, ils nous ont laissés loin, très loin en arrière.
Mais pour nos dirigeants, kokorat dans l’âme, ce n’est pas un problème.
L’un d’eux ne trouvait-il pas choquant que le dictateur Trujillo paie 25 cents par Haïtiens tués. Pour ce dirigeant, c’était trop payé pour un haïtien, noir de surcroit.
Aucun politicien, aucun dirigeant haïtien ne s’est jamais soucié de ce fossé qui se creuse entre nos deux pays. On en profite. On se vend aux dirigeants dominicains. On va investir chez le voisin, acheter chez lui de belles propriétés et ripailler en pays panyòl.
On parle du déficit commercial abyssal d’Hait avec la République dominicaine, mais qui a parlé du déficit de matière grise à notre désavantage. Plus de dix mille étudiants haïtiens en République dominicaine. Pas un étudiant dominicain en Haïti !
L’île d’Hispaniola sera toujours menacée tout autant qu’il existe ce fossé entre nos deux pays. Entre nos dirigeants kokorat et des secteurs dominicains souvent racistes qui croient que la misère d’Haïti sera à leur avantage, il faut trouver d’urgence une autre voie. La voie qui est celle d’une remise à niveau de l’espace haïtien, d'œuvrer à donner au peuple haïtien du travail, des soins de santé, une éducation adéquate et un territoire fonctionnel avec des routes reliant toutes nos communautés. C’est plus qu’une question de sécurité nationale. C’est une question de survie nationale. Travailler à rattraper la République dominicaine devrait être la priorité numéro 1 d’une direction haïtienne.
On ne peut continuer à se voiler la face, à se bomber stupidement le torse en rappelant l’exploit de nos pères.
C’est à nous maintenant de réaliser l’exploit.
Sinon, Haïti ne sera plus bientôt un pays. Il sera une sorte de zoo sociologique.
Gary Victor
