Dans les sociétés performantes, il est toujours accordé une attention primordiale à la réussite par le travail. C’est une fierté ainsi pour celui qui possède une grande fortune de rappeler partout qu’à un moment de sa vie il était sans sou et qu’il quémandait pour se nourrir, se vêtir et se loger. Plus les débuts étaient difficiles, plus l’individu est fier de sa réussite.=
Chez nous, c’est tout le contraire. Celui qui a amassé une fortune et qui a vécu très mal son enfance, ses débuts, garde en lui une frustration, une haine qui le rend incapable d’avoir un regard, une réflexion saine sur sa société. Cette frustration le porte souvent à des actes insensés, à un mépris des autres et à une violence dont le pays paie souvent les conséquences.
Ce qui est terrifiant, c’est que la réussite par le travail est mal vue. L’entourage de l’individu se sent plus confortable quand il peut expliquer la réussite par la fraude, le mysticisme, le vol, et toutes sortes de délinquance. Même le talent est vu d’un mauvais œil. « Se pa maji se don », lance souvent celui qui performe pour se protéger.
Ce n’est pas un hasard si on compte tant de chansons où la jalousie est mise en scène, comme si tous les membres d’une communauté devaient se plier à une conception glauque de la notion d’égalité.
Toute politique novatrice dans notre pays devrait prendre en compte ces zones d’ombre de notre culture. Tous les pays qui ont fait des bonds en avant ont donné des coups de balai dans leur culture, gardant ce qui favorise le progrès des communautés, jetant à la poubelle ce qui était nocif. Cela demande une vraie implication des experts en sciences humaines. Mais pour cela il faut que ces experts aient la capacité de se dégager de ces espaces troubles de notre culture, ce qui n’est pas souvent le cas chez nous. Des détenteurs de maitrise, de doctorat de grandes universités baisent le cul des ténèbres et s’en estiment très fiers, comme si c’était un passage obligé.
Il y a tant à comprendre et à revoir sur cette terre d’Ayiti Toma !
Gary Victor
