Et si les crises n’étaient que de simples outils aux mains des maitres de l’économie haïtienne pour créer ou développer des marchés ou des zones de production ? Dans cet ordre d’idée, la crise haïtienne ne serait pas une fatalité, mais une stratégie pour préparer l’avenir. Il est évident que le traumatisme des Haïtiens, leur perte de confiance dans les institutions publiques, leur détestation de leurs lieux de vie, qu’ils soient en milieu paysan ou citadin, sont des éléments desquels les bâtisseurs d’empire peuvent tirer d’énormes profits.
L’État haïtien est chaque jour plus fantomatique. Les pouvoirs régaliens ne s’exercent que sur des parcelles de territoire et par à-coups.
Depuis déjà plusieurs années, l’urgence est devenue la norme chez nous. Haïti est la « fille malade » de l’Amérique. Mais, cela ne semble pas faire beaucoup bouger les lignes ici et ailleurs.
L’impuissance à sortir de la crise est proportionnelle aux souffrances de ce peuple qui assiste à la fermeture des écoles et hôpitaux, aux rues défoncées débordant de détritus, parce que pilonnées au mortier de l’incapacité ou de l’impuissance crasse des pouvoirs publics. Un pays éventré frappé de plein fouet par une terrible corrida que se livrent ses élites politiques et économiques. Certaines d’entre elles ont commis le crime de lèse-patrie pour avoir armé et financé des groupuscules de terreur qui endeuillent la nation depuis des années.
Les désastres sont comme du pain béni pour les stratèges du choc. À défaut de pouvoir commander un tremblement de terre sur mesure ou rectifier les parcours et la force d’un ouragan, ils peuvent aisément créer les conditions de la fragilité de tout un peuple et de son territoire. Il ne fait pas de doute qu’un peuple vulnérable à l’excès et traumatisé par des désordres sociaux et des catastrophes soi-disant naturelles soit plus enclin à accepter d’être dirigé par ceux qui se revendiquent d’un capitalisme inhumain. Ce système qui n’existe que pour imposer des mesures inégalitaires et convaincre les élites à les défendre. La suite promet. Du plein emploi et de la désespérance. La mesquinerie tue et blesse.
La Rédaction
