À l’occasion du trentième anniversaire de la création de la Police Nationale d’Haïti (PNH), le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) publie ce 12 juin un rapport dans lequel il dresse un bilan préoccupant de la situation de l'institution, tout en saluant les sacrifices des policières et policiers dans leur lutte quotidienne contre l’insécurité.
Dans un climat marqué par l’instabilité politique et la violence armée, où des quartiers entiers comme Carrefour-Feuilles, Delmas et Solino sont tombés sous la coupe de la coalition criminelle «Viv Ansanm», les policiers eux-mêmes souvent victimes sont contraints à l’exil de leur propre domicile. Nombre d’entre eux vivent désormais chez des proches ou dorment dans les commissariats, sans soutien institutionnel digne de ce nom.
Alors que le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) parle de «budget de guerre», le RNDDH souligne que la PNH ne reçoit que 10 % du budget national, dont près des trois quarts servent à payer les salaires. Seuls 3 % du budget global sont véritablement alloués à l’équipement et à l’investissement, laissant les policiers démunis face à des gangs surarmés. « Ce budget n’a de guerre que le nom », dénonce le RNDDH, pointant également le train de vie fastueux de certains responsables politiques en contraste avec l’austérité extrême imposée aux forces de sécurité.
D'après l'organisme de défense des droits humains, depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement de transition, les rares équipements reçus par la PNH proviennent exclusivement de dons étrangers. L’annonce d’un nouvel achat de matériels, faite en mars dernier, n’a toujours pas été suivie d’effets. Pendant ce temps, les agents doivent faire face à des criminels lourdement armés avec des ressources dérisoires. « Trop souvent, les policiers sont envoyés en mission avec des armes obsolètes, des véhicules en panne et sans gilets pare-balles. » alerte le RNDDH sur cette dépendance qui fragilise la souveraineté opérationnelle de la police.
Malgré ce contexte défavorable, le rapport salue les efforts constants de nombreux policiers pour rétablir l’ordre. Entre juin 2024 et juin 2025, trente-trois agents ont été tués la moitié lors d’opérations. Dix attaques armées ont visé commissariats, sous-commissariats et patrouilles. Le RNDDH insiste sur la nécessité d’une reconnaissance concrète du mérite et du sacrifice des policiers. Il plaide pour l'application effective des mesures prévues dans les textes réglementaires notamment le décret du 1er juillet 2022 sur les primes de risque et l’arrêté du 23 avril 2024 sur le plan de carrière.
Au-delà des chiffres et des symboles, le rapport évoque un besoin vital de réforme : amélioration des salaires, accès rapide aux soins pour les blessés, funérailles dignes pour les policiers tombés, formation continue axée sur les droits humains, et transparence dans les promotions. Le RNDDH appelle également à une meilleure coordination des opérations menées avec des drones kamikazes, en intégrant systématiquement la PNH, les FAD’H et la MMAS dans la planification stratégique.
Le RNDDH rappelle à l’Inspection Générale de la Police (IGPNH) son rôle élargi ,celui de veiller non seulement à la discipline, mais aussi aux conditions de travail des agents. La stagnation professionnelle, les salaires impayés, l’opacité dans l’octroi des primes et la vétusté des équipements sont autant d’éléments à documenter et à transmettre aux autorités compétentes.
Le RNDDH exhorte le gouvernement à, doter la PNH de ressources matérielles et financières suffisantes, renforcer les capacités du personnel policier, appliquer sans délai les décrets liés à la protection des agents, réallouer les fonds d’intelligence à la recherche active d’informations sécuritaires , mettre fin à l’ingérence politique dans les opérations sécuritaires.
