Le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme (CARDH) a tenu, mardi 28 juillet, une table sectorielle consacrée à l’évaluation du processus sécuritaire en Haïti. L’initiative visait à dresser un état des lieux des actions menées depuis la transition de la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS) vers la Force de répression des gangs (FRG), tout en permettant aux institutions de la société civile d’exprimer leurs préoccupations.
Dans son intervention, Me Gédéon Jean, directeur exécutif du CARDH, a rappelé la Résolution 2793 du Conseil de sécurité des Nations Unies (30 septembre 2025), autorisant le déploiement de la FRG en remplacement de la MMAS. Le mandat de cette force inclut la conduite d’« opérations antigang ciblées », la sécurisation des infrastructures essentielles et le renforcement des capacités de la Police nationale d’Haïti (PNH) et des Forces armées d’Haïti (FAD’H).
Par ailleurs, le colonel Edwin Florexil, représentant le commandant en chef des FAD’H, a reconnu l’appui de l’armée à la police, notamment dans la sécurisation de sites stratégiques, mais a pointé un déficit de renseignements comme facteur majeur d’inefficacité. De son côté, l’inspecteur général Jacques Joël Orival, intervenant au nom du directeur général de la PNH, a évoqué les contraintes logistiques ayant entraîné l’arrêt de certaines opérations, tout en soulignant des avancées comme la reprise du Palais national et de ses environs.
De même, Michael Paul, représentant de la Chambre de commerce et d’industrie de l’Ouest (CCIH), a salué l’initiative du CARDH mais exprimé ses inquiétudes concernant l’agenda de déploiement de la FRG et la recrudescence du kidnapping, notamment à Delmas. Rosny Desroches a, pour sa part, insisté sur la nécessité de prévoir des infrastructures pénitentiaires adaptées afin d’éviter une surcharge des prisons et de coordonner les opérations sécuritaires avec les préparatifs électoraux.
Parallèlement, Carlos Ruiz Massieu, représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Haïti, a présenté la transition vers la FRG comme une évolution majeure de l’appui international. Il a mis en avant la Résolution 2814 (janvier 2026), qui redéfinit le rôle du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), désormais centré sur l’engagement politique, la réforme de la justice et le suivi des droits humains. Il a également souligné la mise en place de mécanismes de coordination réguliers entre la FRG, le BINUH et le Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti (BANUH), ainsi que l’importance d’articuler les efforts sécuritaires avec des avancées politiques et socio-économiques.
De plus, Ruiz Massieu a salué l’adoption du décret électoral révisé, le lancement de l’enregistrement des électeurs et la publication d’un calendrier électoral. Selon lui, l’amélioration du contrôle territorial par la FRG devrait faciliter la logistique électorale et renforcer la crédibilité du scrutin.
La transition vers la FRG est présentée comme une étape décisive. Les priorités identifiées incluent l’accélération du déploiement, la coordination entre acteurs nationaux et internationaux, le respect des droits humains et la traduction des progrès sécuritaires en bénéfices concrets pour la population.
« L’architecture nécessaire est désormais en place. Notre responsabilité collective est de faire en sorte que ce modèle innovant produise des résultats durables au bénéfice du peuple haïtien », a conclu le secrétaire général des Nations unies en Haiti et chef du BINUH, Carlos Ruiz Massieu.
Likenton Joseph
