La Plateforme des organisations haïtiennes de droits humains (POHDH) a présenté, ce jeudi 6 août 2026, son premier rapport trimestriel de l’année sur la situation des droits humains dans le pays. Lors d’une conférence de presse intitulée « Crise de gouvernance renforcée et détérioration des conditions socio-économiques », l’organisation dresse le bilan des six premiers mois. Loin d’être exhaustif, le document offre un aperçu des difficultés structurelles et conjoncturelles qui privent les citoyens de la jouissance de leurs droits fondamentaux.
Selon le secrétaire exécutif de la POHDH, Me Alermy Piervilus, le premier trimestre 2026 a été marqué par une multiplication des actes de violence et d’insécurité, une recrudescence des cas de kidnapping, des déplacements forcés, l’effondrement accéléré des institutions publiques, la hausse des prix des produits de première nécessité ainsi que la dégradation des conditions socio-économiques, aggravée par la révision des prix des produits pétroliers.
Me Alermy Piervilus a souligné que plus de 2 000 personnes ont été tuées durant cette période et que les cas de déplacement forcé dépassent le million. Dans ce rapport, la Commission épiscopale Justice et Paix (CE-JILAP) a recensé plus de 800 victimes dans sept communes de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Tous les indicateurs macroéconomiques sont au rouge et continuent de se détériorer.
De plus, le rapport note également que la crise politique a perduré durant la première moitié de l’année, entraînant la persistance des violations des droits civils et politiques. Le pays se trouve dans un flou institutionnel marqué par l’absence des trois pouvoirs, à l’exception d’un pouvoir judiciaire en grande difficulté. L’insécurité et la violence restent omniprésentes, avec plus de 250 000 déplacés internes vivant dans des conditions précaires, notamment dans l’Ouest, l’Artibonite et le Centre.
De surcroît, le droit à la vie est banalisé, les libertés publiques piétinent et les forces de l’ordre peinent à endiguer l’insécurité. Plus d’une dizaine de massacres et attaques de gangs ont été enregistrés entre janvier et juillet, notamment à Bel-Air, Cité Soleil, Kenscoff, Croix-des-Bouquets et dans le Bas-Artibonite. Le rapport fait état d’une résurgence des cas de kidnapping, particulièrement à Delmas et Pétion-Ville.
Malgré les difficultés d’accès à l’information liées aux pressions des ravisseurs, la POHDH a identifié plus de 70 cas d’enlèvement. Toutefois, la liberté de circulation demeure entravée avec les principaux axes routiers qui sont contrôlés par des gangs armés, qui y installent des postes de péage illégaux un peu partout dans la capitale.
Sur le plan alimentaire, la situation reste alarmante. La Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA) estime que 5,83 millions de personnes, soit 52 % de la population traversent une crise alimentaire aiguë, dont 1,9 million en situation d’urgence.
Face à ce constat, la POHDH recommande au gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé de mettre fin aux manœuvres visant à semer la confusion et l’insécurité, de renoncer à toute tentative de contrôle du processus électoral et de prendre des mesures concrètes pour rétablir la sécurité et organiser des élections dans de bonnes conditions. L’organisation insiste également sur la nécessité de libérer les axes routiers de l’emprise des gangs afin de garantir la libre circulation dans le pays.
Likenton Joseph
