À quelques semaines de la réouverture des classes, la mairie de Pétion-Ville a interdit aux chauffeurs de taxi-moto à trois roues de circuler au cœur de la ville. En guise de protestation, plusieurs dizaines de conducteurs ont manifesté, ce mardi 11 août 2026, sur la route de Frères, dénonçant une décision qu’ils jugent injuste, après avoir contracté des hypothèques et divers crédits auprès de particuliers et d’institutions financières.
Vers 11 heures, les protestataires ont organisé un défilé depuis la route de Frères en direction de la mairie de Pétion-Ville. Leur principale revendication : obtenir un espace de stationnement adapté à leurs besoins. Pour eux, conduire un taxi-moto en Haïti demeure leur seule source de revenus, dans un pays où le chômage reste élevé et où la création de richesses ne figure pas parmi les priorités des politiques publiques.
Sous un soleil ardent, de jeunes chauffeurs ont parcouru la route de Frères en exigeant des autorités locales qu’elles revoient cette mesure jugée arbitraire. Arrivés devant les locaux de la mairie, dans une atmosphère tendue, aux environs de midi, les manifestants ont été dispersés par la police à coups de gaz lacrymogène. L’intervention a permis de calmer un mouvement particulièrement agité durant toute la matinée.
Selon les protestataires, l’acquisition d’une moto à trois roues coûte entre 4 000 et 5 000 dollars US. Faute de moyens, certains ont signé des contrats les obligeant à verser entre 2 500 et 3 000 gourdes par jour aux propriétaires. Désormais interdits de circuler à Pétion-Ville, ils affirment qu’ils ne rejoindront pas les rangs des gangs, soulignant que leurs motos constituent leur unique moyen de subvenir aux besoins de leurs familles.
Alors que le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) a fixé la réouverture des classes au 7 septembre prochain, certains chauffeurs rappellent leurs lourdes responsabilités. En Haïti, l’accès au travail pour les jeunes reste très limité. Plusieurs affirment que leur taxi-moto leur permet de payer le loyer, les frais de scolarité, de nourrir leur famille et de couvrir d’autres besoins essentiels comme la santé.
Le maire intérimaire, Kesner Normil, justifie l’interdiction stricte de circulation des motos à trois roues dans le centre-ville par la nécessité d’éviter le désordre et les embouteillages dans cette zone résidentielle. En vertu de cette mesure, les chauffeurs ne sont autorisés à circuler que jusqu’à Delmas 95. Une décision loin de faire l’unanimité, qualifiée d’illégale et d’injuste par plusieurs contestataires.
Par ailleurs, un grand nombre de ces chauffeurs sont des déplacés internes, victimes de la violence des gangs. D’autres ont perdu leur emploi pour les mêmes raisons. Leur seul recours reste la signature de contrats de taxi-moto. Certains d’entre eux, habitent à Pétion-Ville, affirment que, parfois, ils doivent abandonner leur moto en cours de route pour rentrer chez eux, de peur d’être sanctionnés par les forces de l’ordre. En cas d’interception, ils risquent une contravention pouvant atteindre jusqu’à 5 000 gourdes.
À cela s’ajoute l’augmentation des prix des produits pétroliers à la pompe. Malgré la cherté de la vie, le gouvernement a ajusté les tarifs du carburant, compliquant davantage les déplacements des passagers et fragilisant l’activité des chauffeurs.
Likenton Joseph
