Les expulsions de ressortissants haïtiens se multiplient, tant aux États-Unis qu’en République dominicaine, accentuant la pression sur un pays déjà confronté à une crise sécuritaire, économique et humanitaire persistante.
Le jeudi 20 août 2026, environ 150 à 170 Haïtiens déportés des États-Unis sont arrivés à l’aéroport international du Cap-Haïtien à bord d’un vol affrété par les services américains de l’immigration et des douanes (ICE). Les autorités haïtiennes ont accueilli les personnes rapatriées à leur arrivée.
Selon les informations disponibles, certains des déportés auraient des antécédents judiciaires aux États-Unis. D’autres seraient nés sur le territoire américain de parents haïtiens. À leur arrivée, plusieurs rapatriés se sont rendus à la Direction départementale de la Police nationale d’Haïti (PNH) dans le Nord afin de régulariser leur situation avant de rejoindre leurs familles.
Cette nouvelle vague intervient dans un contexte de durcissement de la politique migratoire américaine à l’égard des Haïtiens. La fin, en juillet 2026, du Statut de protection temporaire (TPS) accordé à plus de 300 000 ressortissants haïtiens fait craindre une accélération des expulsions. Les autorités haïtiennes s’attendent notamment à une augmentation des vols de déportation, avec des rotations pouvant atteindre deux vols par semaine.
La pression migratoire ne provient toutefois pas uniquement des États-Unis. En République dominicaine, les autorités ont également intensifié les opérations de contrôle et de rapatriement des ressortissants haïtiens.
Selon les données communiquées par la Direction générale de la migration dominicaine, 196 321 Haïtiens ont été rapatriés au cours du premier semestre 2026, dont 34 226 pour le seul mois de juin.
Ces chiffres témoignent de l'ampleur des expulsions de ressortissants haïtiens de l'autre côté de la frontière, alors que les relations migratoires entre les deux pays restent particulièrement tendues.
Appel à un fonds de réinsertion
Face à cette situation, le Mouvement Point Final et la CHAMHA appellent l'État haïtien à mettre en place un fonds spécial destiné à financer la réinsertion des personnes déportées.
Dans une déclaration attribuée à son coordonnateur général, Ulysse Jean Chenet, le Mouvement Point Final propose la création d'un mécanisme de soutien qui pourrait accompagner les déportés pendant une période allant jusqu'à trois ans.
L'organisation suggère notamment que ce fonds puisse être alimenté par certaines ressources du Fonds national de l'éducation (FNE), du Bureau de monétisation des programmes d'aide au développement (BMPAD) et des recettes douanières. Elle propose également l'application d'une taxe spéciale sur certains produits importés afin de contribuer au financement de la réinsertion.
Le Mouvement Point Final demande par ailleurs à l'État d'accorder une franchise d'un an aux groupes de déportés afin de faciliter l'importation de leurs effets personnels, notamment leurs véhicules et leurs meubles.
Les organisations dénoncent également ce qu'elles considèrent comme une prise en charge insuffisante des personnes rapatriées. Elles affirment que le gouvernement haïtien aurait remis 76 dollars américains à chaque déporté lors de leur arrivée. Selon elles, cette somme serait insuffisante pour couvrir notamment les frais de transport vers les villes d'origine des personnes concernées.
Elles soulignent également que certains déportés ne seraient pas originaires du Nord et demandent aux autorités de mieux organiser leur acheminement vers leurs communautés respectives.
Le Mouvement Point Final estime en outre que le ministère des Affaires étrangères devrait renforcer le travail de vérification de la nationalité et établir une fiche technique pour chaque personne rapatriée afin de mieux documenter les situations individuelles.
Pour le Mouvement Point Final et la CHAMHA, la fin du TPS doit pousser les autorités à revoir leur politique envers la diaspora et à créer de meilleures conditions permettant aux Haïtiens de vivre et de travailler dans leur pays.
Les organisations appellent également à la réouverture de l'aéroport international Toussaint Louverture afin de faciliter l'accueil des ressortissants haïtiens déportés.
Vladimir Predvil
