explique Régine Nicolas
Du 20 juillet au 9 août, la Fondation Jean Lifaite Nicolas organisera la troisième édition de son camp d’été inclusif et entièrement gratuit. Deux cents enfants, notamment des enfants vivant avec un handicap ou issus de familles vulnérables, devraient bénéficier de trois semaines d’activités éducatives, culturelles, sportives, thérapeutiques et récréatives.
« Chaque enfant compte, chaque rêve mérite une chance. » Le thème choisi pour cette troisième édition résume à lui seul l’ambition de la Fondation Jean Lifaite Nicolas : offrir aux enfants qui en sont souvent privés un espace où ils peuvent trouver un peu de bonheur, apprendre quelque chose de nouveau, donner libre cours à leur imagination, s'adonner à des jeux de société, se sentir pleinement acceptés, en un mot, vivre tout simplement, mais au sens plein du terme.
Dans un contexte social, économique et sécuritaire particulièrement difficile, la Fondation souhaite permettre à 200 enfants de vivre gratuitement une expérience enrichissante et mémorable. Une attention particulière sera accordée aux jeunes vivant avec un handicap, à ceux présentant des besoins éducatifs particuliers sans oublier ceux issus de milieux défavorisés ou vivant dans des camps de personnes déplacées.
Le lieu exact du camp ne sera pas divulgué publiquement. Cette mesure vise à protéger les enfants, leurs familles, les bénévoles et l’ensemble du personnel mobilisé. Les informations nécessaires seront uniquement transmises aux parents, aux tuteurs et aux partenaires concernés.
Bien plus que des vacances
Le camp ne sera pas seulement un lieu de loisirs. Pendant trois semaines, les enfants participeront à des ateliers de lecture scénique, de dessin, de peinture, d’arts plastiques, de musique, de danse, de bricolage et d’expression artistique. Des activités sportives, des jeux éducatifs ainsi que des ateliers consacrés au leadership, au développement personnel, à la citoyenneté, à la santé, à l’hygiène et à la protection de l’environnement sont également prévus.
L’objectif est de créer un environnement sécuritaire et bienveillant devant permettre à chaque enfant de développer l'estime de soi, de découvrir ses talents et d'apprendre à vivre en harmonie avec les autres, quelles que soient ses différences, précise Régine Nicolas, fondatrice de l’association.
Les adolescents bénéficieront, cette année, d’un atelier consacré à l’autonomie et à la responsabilisation. Ils seront notamment initiés à la fabrication de produits d’usage courant, tels que savon liquide et détergent, etc... Encadrées par des personnes-ressources, ces activités doivent leur permettre d’acquérir des connaissances pratiques, de développer chez eux l'esprit d’initiative et de les amener à prendre conscience qu’ils possèdent des capacités pouvant être développées et valorisées.
À la fin du camp, un marché aux puces inclusif permettra aux enfants de présenter les objets, produits et créations réalisés au cours des ateliers. Parents, amis, partenaires et membres de la communauté pourront ainsi découvrir et encourager leur travail. Pour les organisateurs, cette restitution doit transmettre un message essentiel aux participants : leurs réalisations ont de la valeur, leurs efforts sont reconnus et ils ont toute leur place dans la société.
Dépister pour mieux accompagner
La grande nouveauté de cette troisième édition réside dans le renforcement de l’accompagnement spécialisé. La Fondation Jean Lifaite Nicolas a conclu un partenariat avec l’Institut de Diagnostic et d’Orientation, l’IDO, afin d’organiser un dépistage des enfants présentant des besoins éducatifs particuliers.
Ce dispositif devrait permettre d’identifier certaines difficultés de langage, de lecture ou d’écriture, mais aussi d’éventuels troubles du spectre de l’autisme, déficiences visuelles ou auditives, difficultés motrices, troubles du comportement ou problèmes émotionnels.
Les enfants concernés pourront ensuite recevoir une orientation adaptée et, lorsque cela sera nécessaire, être dirigés vers des services spécialisés. Pour plusieurs familles, ce camp pourrait représenter la première occasion d’obtenir une évaluation professionnelle de leur enfant.
Cette démarche est particulièrement importante, car un dépistage précoce peut contribuer à améliorer l’inclusion scolaire et sociale. Elle montre également que le camp ne se limite pas à divertir les enfants : il constitue un espace de prévention, d’écoute, d’accompagnement et d’espoir pour les familles.
Le partenariat avec Vision Chic, fidèle à la Fondation depuis trois ans, permettra également d’apporter un suivi aux enfants présentant des problèmes de vision. Ces difficultés, lorsqu’elles ne sont pas détectées, peuvent avoir des conséquences sur l’apprentissage, l’autonomie et le développement général de l’enfant.
Une équipe d’une cinquantaine de bénévoles
Pour accueillir et accompagner les 200 participants, la Fondation prévoit de mobiliser environ 50 bénévoles. Chaque groupe d’enfants sera placé sous la responsabilité d’un moniteur, assisté d’un assistant-moniteur, afin de garantir un encadrement attentif et un suivi aussi personnalisé que possible.
L’équipe comprendra également des thérapeutes spécialisés, des psychologues, des infirmières ainsi que du personnel chargé du soutien et de la logistique.
Plusieurs moniteurs sont présents depuis la première édition. Leur fidélité témoigne de leur attachement au projet et aux enfants. D’autres bénévoles ont rejoint l’initiative au fil des années, partageant les mêmes valeurs de solidarité, d’inclusion et de bienveillance.
Pour ces professionnels et bénévoles, le camp représente aussi une expérience humaine. En travaillant auprès des enfants, ils apprennent la patience, la tolérance et la résilience. Ils découvrent surtout l’importance de considérer la personne avant son handicap.
Les organisateurs souhaitent ainsi changer le regard porté sur les enfants vivant avec un handicap. Ceux-ci ne doivent pas être définis par leurs difficultés, mais reconnus pour leur personnalité, leurs compétences, leurs talents, leurs rêves et leur capacité à contribuer contribuer à l'épanouissement moral de la société dans son ensemble.
Une troisième édition construite sur l’expérience des précédentes
Cette nouvelle édition s’inscrit dans la continuité des deux premiers camps d’été organisés par la Fondation Jean Lifaite Nicolas. D’une année à l’autre, la Fondation cherche à accueillir davantage d’enfants et à améliorer les services proposés.
Les participants ne seront pas tous les mêmes que lors des éditions précédentes. La Fondation privilégie l’accueil de nouveaux enfants afin d’élargir progressivement son impact, tout en permettant à certains anciens participants de revenir lorsque leur situation le justifie et que les capacités d’accueil le permettent.
Pour joindre les familles malgré l’insécurité qui règne à Port-au-Prince, les organisateurs s’appuient sur les réseaux sociaux, les églises, les communautés religieuses, les écoles spécialisées, les leaders communautaires et les acteurs présents dans les camps de personnes déplacées. La Fondation utilise également la base de données constituée au cours des précédentes éditions afin de maintenir le contact avec les enfants ayant déjà été identifiés comme nécessitant un accompagnement particulier.
Des partenaires privés au cœur du projet
Le fonctionnement du camp repose essentiellement sur la générosité de donateurs et de partenaires privés. La Fondation indique n’avoir reçu, jusqu’à présent, aucun soutien financier de la part des autorités publiques.
Parmi les partenaires fidèles figurent la Fondation Sogebank, engagée depuis deux ans, ainsi que Charles Fequière S.A., Propharma, Chamo Trading et Vision Chic, qui accompagnent l’initiative depuis trois ans. Lakou Panou fait également partie des organisations qui soutiennent le projet.
Ces contributions sont indispensables pour financer les activités, le matériel, l’encadrement et les services proposés gratuitement aux enfants. Les organisateurs reconnaissent néanmoins que les dons tardent encore à arriver pour cette troisième édition. Ils espèrent donc une mobilisation plus importante des entreprises, des institutions, des organisations et des particuliers.
Dans un contexte de crise économique, chaque contribution, qu’elle soit financière, matérielle ou professionnelle, peut faire une différence dans la vie d’un enfant.
Le rêve d’un centre et d’une école adaptés
Au-delà des camps d’été, la Fondation Jean Lifaite Nicolas porte un projet plus vaste : trouver un local afin de créer un centre d’accompagnement et une école adaptés aux enfants vivant avec un handicap.
Ce lieu permettrait aux enfants d’apprendre, de développer leurs capacités, de bénéficier de services spécialisés et de grandir dans un environnement où ils se sentent respectés, valorisés et intégrés.
La réalisation de ce projet dépendra de la mobilisation de nouveaux partenaires et de ressources durables. Pour la Fondation, investir dans ces enfants ne relève pas uniquement de l’action humanitaire. Il s’agit d’un engagement en faveur d’une société plus inclusive, plus équitable et plus humaine.
Guidée par sa devise, « Notre vie se résume à l’engagement », la Fondation poursuit donc son action malgré les difficultés. À travers ce troisième camp d’été et ses projets futurs, elle veut rappeler une conviction simple : rendre un enfant heureux, lui donner accès à des soins, à l’apprentissage et aux loisirs, c’est aussi lui permettre de croire en son avenir.
Huguette Hérard
