Qui dira au Conseil présidentiel légitimité et crédibilité se prouvent ?

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En Haïti, les défis sont immenses : insécurité, mauvaise gouvernance, impunité, pauvreté, corruption et fuite des cerveaux. Des professionnels qualifiés prennent le risque de quitter le pays par n’importe quels moyens, parfois au péril de leur vie, partant à la recherche d’un Eldorado que certains d’entre eux, malheureusement, ne verront jamais. Il est temps de raviver l'espoir et de reconstruire une société juste et équitable.

La nécessité de prouver la légitimité et la crédibilité du Conseil Présidentiel est plus que jamais un défi majeur. Dans le contexte complexe d'Haïti, où les institutions publiques et privées s'effondrent lamentablement, il semble vital d'adopter une approche inclusive et authentique. Face à l’inexistence de solutions pertinentes, il devient urgent d'engager un dialogue sincère et continu, imprégné de vérité, pour endiguer la frustration palpable au sein de la population vivant dans la peur, de renforcer la capacité d’action des forces de l’ordre avec l’aide de l’internationale pour instaurer la paix, et encourager une prise de conscience collective indispensable pour progresser. Car Haïti ne pourra s’en sortir seule.

L'urgence de la situation, marquée par des statistiques alarmantes de morts, de viols, de violences généralisées et de déplacements forcés, requiert des actions concertées et efficaces. Les statistiques de l’ONU révèlent un bilan humain dévastateur : « Plus de 4.400 morts dont plus de 1.500 en 2024.

Pour bâtir un avenir prometteur, il est crucial de restaurer l'autorité de l'État et en promouvant une culture politique innovante axée sur la science, la technologie et les valeurs éthiques dans la fonction publique.

Prix Nobel de l’économie, Jean Tirole souligne qu'aucun malaise social n'est insurmontable, pourvu que des solutions adéquates soient mises en place. Il écrit : « il n’y a pas de fatalité aux maux dont souffrent nos sociétés : il existe des solutions au chômage, au réchauffement climatique, etc. » Il poursuit en expliquant « comment faire en sorte que les biens et services soient au service du public [et] comment réguler la finance, les grands monopoles, les marchés et l’État lui-même, sans faire dérailler la machine économique ou nier le rôle de l’État dans l’organisation de la société. »

Comment le Conseil Présidentiel peut-il gagner en légitimité et crédibilité ?

Pour regagner la confiance et établir une légitimité solide, il conviendrait d'adopter des stratégies innovantes et des actions courageuses et pragmatiques. Cela implique le renforcement du système judiciaire ainsi que des institutions telles que l'UCREF [l’Unité Centrale de Renseignements Financiers], l'ULCC [l’Unité de Lutte Contre la Corruption] et la CSCCA [la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administrative] pour lutter contre l'impunité. En outre, il est essentiel de miser sur l’expertise tant locale qu’internationale, notamment en faisant appel à la diaspora haïtienne, aux chercheurs et aux universitaires. Prioriser la justice et le bien commun [bien-être collectif] en rejetant fermement les vieilles pratiques ou méthodes violentes est d’une importance primordiale.

Interrogeons-nous sur les raisons profondes des échecs répétés des gouvernements précédents à stimuler le développement en Haïti. L'effondrement des institutions étatiques et privées ces dernières années ne témoigne-t-il pas de la fragilité historique de la bureaucratie ? Ne devrait-on pas exiger de tout aspirant dirigeant une solide connaissance de l'histoire, du devoir et du sens du réalisme économique pour répondre aux défis historiques ? Un véritable leader pour Haïti devrait être capable de surmonter les obstacles, de défier les contraintes et de promouvoir nos valeurs, affirmant ainsi notre détermination à continuer à nous autonomiser et à nous autodéterminer. Il est plus que jamais urgent que les futurs dirigeants adoptent une approche réaliste pour surmonter les obstacles structurels. En s'inspirant des rares réussites passées, ils peuvent instaurer un changement positif en réformant les institutions et en promouvant la continuité de l'État.

Nous sommes à un tournant décisif où chaque action compte pour maintenir l'équilibre historique, retrouver la fierté nationale, et la dignité de notre nation. Les dirigeants de la transition sont appelés à concentrer leurs efforts sur des chantiers prioritaires tels que la restauration de l'autorité de l'État, la création de programmes sociaux efficaces, l’organisation des élections crédibles et démocratiques, ainsi que la réforme des institutions judiciaires et diplomatiques pour qu’il y ait un partenariat mutuellement bénéfique. Apprendre des erreurs passées, rectifier les échecs des administrations précédentes et s’engager dans un processus d’élaboration d’un projet de société inclusif sont des éléments clés pour assurer le début d’une nouvelle ère susceptible de propulser le pays vers le développement durable.

En conclusion, la légitimité et la crédibilité du Conseil Présidentiel reposent sur plusieurs aspects clés : le choix d'un Premier ministre parmi des secteurs non représentés au sein du Conseil pour garantir une représentation équilibrée de la société, son indépendance vis-à-vis des pressions politiques, économiques et diplomatiques, ses résultats concrets bénéficiant à l'ensemble de la société, sa transparence dans la reddition de comptes, y compris la publication des déclarations de patrimoine des membres du CP et du futur gouvernement, ainsi que la réduction du nombre de ministres et de Secrétaires d’État.

De plus, une communication claire avec le public lors des prises de décisions et une responsabilité efficace démontrée par son engagement et sa sensibilité envers les préoccupations et les besoins de la population s’avèrent également cruciales. Cela permettra au Conseil de renforcer sa légitimité en faveur de la démocratie inclusive et de la bonne gouvernance. Toutefois, une question importante reste et demeure : existe-t-il un risque que les secteurs représentés au Conseil Présidentiel exercent une influence indirecte ou dirigent par procuration en vue de manipuler et contrôler les prochaines élections ?

Emmanuel R Saint Hilaire, PhD

Écrivain, Philosophe, romesy2@yahoo.fr

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