Le hic du financement et de l’implantation des start-up en Haïti

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On vit des temps critiques actuellement en Haïti. L’on s’accorde pour dire que le pays ne connaît un marasme économique à nul autre pareil. La preuve : le pays fait partie de la queue du peloton de toutes les statistiques réalisées par les institutions économiques internationales. C’est l’un des pays les plus pauvres de la planète, et d’ailleurs le plus pauvre de l’hémisphère américain, constate-t-on. Face à un tel tableau, l’on est amené à se questionner : quels choix avions-nous faits pour aboutir à un tel résultat ? Quel modèle économique appliqué en Haïti est à la base de tout ce marasme ? Quels en sont les responsables ?

Parlant de culpabilité, les avis divergent. Une partie de l’opinion publique pointe du doigt le secteur privé et ses différentes composantes. Sachant que c’est le secteur privé qui dynamise l’économie en Haïti, si l’on en est là, il est le principal responsable, prétextent-ils. À les croire, le secteur privé détient le « monopole de l’argent ». D’autres, de leur côté, affirment que c’est l’État qui en est le seul responsable. Étant donné que ce dernier est détenteur du monopole du service public et de la puissance publique, sa nonchalance serait, de leur point de vue, à l’origine de toutes les bavures dont la population haïtienne paie les frais aujourd’hui.

La narration sur l’économie en Haïti fait état de la volonté de certains acteurs de monter leur propre entreprise. Ainsi, ils pourraient non seulement dynamiser le marché, mettre à disposition des consommateurs des produits dont ils auront besoin, en même temps, ils pourraient créer des emplois pour réduire le taux de chômage et subséquemment le banditisme. Mais l’argent requis pour lancer ces projets ne leur est pas toujours facile à obtenir. C’est là justement que les banques ont toute leur importance. Dans une économie dynamique, les banques sont les moteurs économiques et financiers pour la création d’emplois. Une fois que l’investisseur respecte les conditions publiques et privées concernant l’activité entrepreneuriale du pays, la banque finance à des taux compétitifs et participe, elle aussi, à la création des richesses et des profits visant à renforcer l’économie du territoire intéressé.

Haïti quant à elle, possède des qualités qui pourraient séduire toute idée entrepreneuriale, comme les start-ups et les projets agricoles. Ces derniers sont tout à fait intéressants, car le pays possède un potentiel agricole extraordinaire. Des observateurs avisés affirment que ce pays est vierge, se référant aux diverses voies entrepreneuriales existantes. Il possède la main-d’œuvre, l’espace et l’énergie requis pour qu’un projet de développement endogène puisse être appliqué. Mais l’on a qu’à se demander pourquoi les mêmes Haïtiens qui, pour une raison ou pour une autre, ont échoué dans leur projet entrepreneurial en Haïti réussissent à l’étranger.

C’est une problématique réelle. En analysant les discours et les projets de campagnes politiques des prétendants aux responsabilités publiques, le mot développement est régulièrement cité. Mais en prenant les rênes de l’État, les problèmes structurels liés à cette impossibilité de développement persistent. Il y a le cadastre pour mettre à la disposition des investisseurs des espaces physiques pour implanter leur entreprise qui fait défaut. Le problème foncier reste, lui, un véritable casse-tête pour tous les investisseurs. Le problème de l’identité juridique, quant au nom de la personne, son adresse et tous les documents d’identité qui le lient à la vie civile. Et, in fine, le plus gros problème : la sécurité.

Comment demander à une institution financière pour qui le profit est le premier objectif d’investir dans une telle incertitude ? Celles-ci se retourneront à coup sûr vers l’import-export où la marge du capital-risque se trouve être considérablement réduite. Tandis que le potentiel agricole du pays demeurera inexploité si l’État lui-même ne garantit pas les conditions optimales aux investissements dans ce secteur.

C’est une solution de facilité que de se complaire dans son inertie en pointant du doigt tout en criant le nom du responsable : l’Etat haïtien. Or, compte tenu du contexte particulier que connaît le pays, autorités étatiques, secteur privé et société civile, tous mus par un élan d’honnêteté, devraient s’engager dans un dialogue franc et sincère : un dialogue national, en vue de reconnaitre que la responsabilité face à cette crise multisectorielle qui se veut chronique est collective. En outre, parlez d’aide de financement aux start-up et aux PME, parlez de prêts aux jeunes entrepreneurs, parlez de climat sociopolitique favorable à l’entrepreneuriat. Élaborez ensemble un modus operandi pour sortir de ce bourbier. Vous gagnerez l'adoration de cette jeunesse profondément engagée dans l'entrepreneuriat. Vous serez chéris par les générations futures pour avoir su, lors des moments cruciaux, rectifier la trajectoire avec brio.

 

Jim Emmanuel

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