Mise en contexte
J'ai reçu une invitation officielle le 6 juillet 2026 de la part du Comité Directeur National (CDN) du Parti politique EDE, selon laquelle je devais participer à la messe de Requiem organisée en mémoire de l'ancien président de la République, Jovenel Moïse, cinq ans après son assassinat. Je n'ai pourtant pas pu m'y rendre. Non par indifférence, encore moins par oubli; mais parce que tout simplement une interrogation, obstinée, m'a retenue loin des bancs de l'église, comme si elle exigeait d'abord une réponse avant toute consécration à la prière : pourquoi assassiner si affreusement un président de la République ?
Depuis la nuit du 7 juillet 2021, cette criante question hante ma conscience blessé de citoyen-acteur, de juriste responsable et d'observateur de la vie publique. Elle dépasse la seule destination malheureuse du feu Président Jovenel Moïse et renvoie à la cruelle fragilité de nos institutions, à l’on ne peut plus de la banalisation de la violence politique, du corps des personnes malgré leur valeur et à l'effroyable effondrement progressif du pacte républicain. Car cher.e.s ami.e.s lorsqu'un chef d'État est exécuté si facilement dans sa propre résidence privée, c'est toute une population porteuse d’une longue histoire qui est atteinte dans son âme, dans sa souveraineté et dans sa confiance en l'avenir.
Je cherche encore cette réponse mes ami.e.s. Je la poursuis dans les archives immobilisées, dans les témoignages maquillés, à visages fêlés, politisés, dans les rapports d'enquête planifiées, bien orientées dans les schèmes bullshéitisées des élites politicardes et économicides de la République de Pétion-Ville, les décisions de justice américanisées de la politique du terrorisme d’en haut et dans les silences kidnappeurs entourant la flamme de ce drame. C’est pour dire que plus j'avance, plus de folles certitudes s'effacent comne des traces vaniteuses, laissant place à une réalité à la fois complexe et étouffante où s'entremêlent intérêts politiques, ambitions économiques, réseaux criminels en format pongongon, influences internationales bòdègèt et le règne d’un ordre mafieux metissé en vue de bannaliser l’impact de la première des révolutions les plus totales et globales contre l’esclavage dans le monde.
Voilà pourquoi cet article n'a donc pas pour stricte vocation de rendre un verdict malheureux à cette honte historique ni non plus un faufillant témoignage de la dernière goutte de thé sauvage de mes indignations, mais plutôt une tentative de compréhension du mal pris par sa longue queue : une radiographie thérapeutique d'une crise nationale dont l'assassinat crapileux du Président Jovenel Moïse constitue moins le point final que le révélateur d'un mal plus profond de la mafia plurielle de la grande amérique et des anciens colons de l’Europe. Parce que, aujourd’hui autant de questions resteront sans réponse cher.e.s ami.e.s, alors que la République kòlbosso de Madan Kolo continue de verser son bas-ventre, d’encaisser de gros coups et porter le poids d'une blessure cicatrisée en mille morceaux à travers le temps, pour faire court, qui, à lui seul, ne pourra refermer.
Pizzoli de la honte
​Le 7 juillet 2021, le temps s’est figé sous les balles d’un commando étranger dans les hauteurs de Pèlerin 5. Le remote control a été manoeuvré par des compagnie des faiseurs de l’Amérique aux américains. Le premier citoyen ayitien dès lors, le Président Jovenel Moïse, s’était crapuleusement abattu, l’on ne sait pas comment. Mais pourquoi serait le bol de tonmtonm de tous les haïtiens comme un miroir paysan. Les mers sont agitées. La presse a avalé des pilules. La violence s’est migrée en valeur ajoutée. La classe politique a saisi ses coups. La bourgeoisie en graisse sa grande gueule, la classe à laquelle appartient ma maman en prend la peine, peau diable…
Cinq ans plus tard, le 7 juillet 2026, cet assassinat demeure une plaie cicatrisée au flanc de la République Madan Kolo, soit à feu et à sang, alors que selon certains connaisseurs les assassins sont à la fois dans la ville et dans l’économie criminelle des postes de péages. Au-delà du drame humanicidaire-ariméricanisé (à force d’y habituer), cette prétendante infanticide politique soulève des questionnements de la belle tête des trois Amériques. Alors comment une nation née de la première gouttelette et fière des révolutions en vient-elle à livrer son magistrat suprême au fer des mercenaires de l’Amérique ? Question osée ! Mais posée ! Quand même. Pour faire court, il faut remonter les coups de l’histoire longue des rapports et des contradictions entre les classes sociales, les élites dominantes et la puissance politique des ambassades de différents représentants du Core-Group, de l’initiateur de l’OEA et de la Caricom pour des pays comme Haïti. – Mauvaise route cher.e.s ami.e.s ! N’y va pas là ! – Bien entendu ! En cela, l’enjeu dépasse une simple chronique judiciaire ou politique spontanéitisée pour se métamorphoser en un coup de pic hasardeux dans les belles fesses de l’origine du mal; il touche plutôt à l'essence même de la diplomatie aux lèvres kalmadè et à la souveraineté multinationalisée dans la grille d’une histoire longue et à la viabilité d’un État capturé depuis 1806, livré en 1825 jusqu’à sa queue par des forces occultes après l’assassinat malveillant du père de la Nation.
Ce faisant, cher.e.s ami.e.s, je considère que l'ouverture de ce dossier tragique dans le miroir vibrant de l’humanité s’enchaîne dès lors à la faillite systémique de l’État, le prologue d’une descente aux enfers qui, en des décennies d’histoires longues et des rapports politiques et diplomatiques truquées, a transformé la perle des Antilles en un sanctuaire d’une forme d’aristocratie imbriquée par les sobriquets de la ploutocratie ambiante du pays pour saper la teneur de la révolution de 1791-1804. Alors cher.e.s ami.e.s quid de la vérité sur ces actes de barbarie et de peur ? – Cher.e.s lecteurs/trices, sachons-le plus que moi, elle s’est dissoute dans les méandres d'enquêtes et de piétinements acharnés comme les précédentes sous les tables bien meublées de la Maison Blanche, dans les salons dorés de puissants narcotrafiquants de l’économie-monde, laissant la population haïtienne orpheline, croupie dans ses excréments dans les camps de déplacés internes contrôlés par les ONG-monde face à son avenir brisé en de petits morcellements de hontes historicistes.
Blessures ouvertes
La question à la fois poignante et comique serait alors cher e.s ami.e.s : Pourquoi arrive-t-on à assassiner un chef d’État, si facilement, en dissimulant l'aboiement des chiens de garde de la cour résidentielle ou sans le moindre miaulement des chats malveillants au nez sensible du système voire sans moins faux coup-d'oeil d’un garde-du-corps du Président ou encore sans le jacassement du corps de sécurité du Palais national ?
​À ce que l’on sache l'assassinat d'un président n’est jamais un coup de tonnerre filtré dans un ciel serein ou bleuté, l’histoire nous en temoigne d’assez; il est le produit d’une folle déliquescence institutionnelle avancée, contrôlée par la terreur d’en-haut où des mains invisibles soutenues par de puissantes ambassades ont souventefois commandités à leur manière ou selon la chaine de ce que nous appelons l’irresponsabilité organisée de l’Économie-Monde. L’on sait que l’on arrive à assassiner un chef d’État lorsque les structures mêmes de protection se retournent ou s’effondrent sous le poids de la corruption et des trahisons internes au profit de contrats multinationaux de puissantes têtes de la mafia-monde. En Haïti, l’affaiblissement chronique de la Police nationale en dit mots. L'infiltration des services de renseignement par des intérêts privés ont rendu service à la mafia des trois Amériques; ce qui a précarisé la résidence présidentielle de l’homme d'État, depuis bien avant 30 mois, soit à l’époque de Pays lock.
​De surcroît, la porosité des frontières hautement contrôlées par les dominicains et de puissants hommes d’affaires, a mis maux sur maux. Captés le système dans leurs poches, tenant la balance du pouvoir judiciaire en cachant sous sa robe le dire le droit ou déchiffrer la loi, en achetant la langue des chats pour du beurre et les cravates du pouvoir législatif pour l’argent du beurre, ils donnent le ton à l’Exécutif pour de nouveaux contrats en vue de camper enfin le système de l’impunité érigée en un système fort et puissant permettant à des logistiques criminelles transnationales de s’implanter sans heurts. Comprenons bien cher.e.s ami.e.s, lorsqu’un dirigeant dit soucieux de l’écrabouillement de la masse défavorisée, ou de la vulnérabilité de ses citoyen.ne.s vulnérabilisé.e.s par la politique-monde-humanitaire des Nations unies tente de bousculer les monopoles économiques ancestraux de la sorte issues de la dynastie aristocratique du secteur privé des affaires en Ayiti et menace l'establishment de la bourgeoisie uni-directionnelle, il est sans doute que le contrat social risque de se rompre automatiquement au profit du contrat collectif, ce qui aurait poussé les maîtres du système à creuser ce couloir pour un bain de sang au gré de la mafia du marché du crime-transnational.
Le chef de l'État se retrouve alors isolé sans se rendre compte réellement – malheureusement – pris en étau fin entre une oligarchie monopolisante financière et revancharde, imbriqué de la politique coloniale-occidentale, une classe politique prête à tout donner même son cur, pour le pouvoir ou ses intérêts particuliers, et des parrains internationaux passifs ou complices, dites les amis d'Haiti. C’est cet isolement rachitique, combiné à la défaillance de sa propre garde rapprochée, qui ouvre la voie au régicide. L’assassinat humiliant du président devient alors l'ultime arbitrage d'un système qui préfère liquider l'homme le plus décrié pour avoir simplement touché l’abcès par la tête durant ses trois dernières années de mandat plutôt que de céder sur ses privilèges.
​Axes structurels abordés pour une réforme
​Le président Jovenel Moïse avait fondé son action sur une volonté de rupture radicale — pas à la façon dont l’opinion publique le vend — avec l'ordre ancien des aristocrates ou ploutocratiques, s'attaquant directement à des chantiers hautement stratégiques pouvant aller dans le sens de la masse populaire des pays andeyò. Ses axes de réforme visaient à désenclaver le pays et à restituer à l'État sa puissance régalienne. Pour ce faire, il a révisé les différents contrats avec différentes firmes tant nationales qu'internationales, menaçant véritablement de les résilier. Critiquant une forme de vilipendage accru du trésor public, il s’était engagé dans la construction de routes reliant les départements oubliés et dans l'électrification nationale à travers le projet d’une énergie accessible 24 heures sur 24 au gré de l'intérêt collectif.
D’ailleurs, je cite, dit-il ​« L'État ne peut plus financer l'enrichissement illicite de quelques-uns au détriment du bien-être collectif. » — Jovenel Moïse
​Déterminé, il avait osé résilier des contrats énergétiques léonins, entre autres, liant l'État à de puissants hommes d'affaires. En parallèle, il prônait une relance agressive de l'agriculture par le biais du projet Caravane du Changement, entamant un plaidoyer pour la production nationale, visant la souveraineté alimentaire d’une population asphyxiée par les importations, en s’attaquant aux franchises douanières de certains produits périssables que l’on produit si facilement dans la terre d’Haïti et de grands hommes d’affaires qui ont leurs propres ports dans leurs poches ou dans leurs maisons privées. Ces réformes se voulaient le moteur d'une transformation nationale. Et puis… boom !!! N'en dis plus…
Mandat du président, entre promesses et blocages
​Porté au pouvoir en février 2017, après deux ans de campagne et des barrières politiques d’une crise électorale éprouvante, le mandat du Président Jovenel Moïse fut un long chemin de croix politique. Surnommé "Nèg Bannann nan", il incarnait la paysannerie parvenant au sommet de l'État. Constatant qu’il était réellement motivé à appliquer sa politique à la lettre, il s’était vu pourchassé par les forces puissantes de la presse, du secteur politique et l’élite minoritaire de la ploutocratie (du pouvoir réel en Haïti); comportement agrémenté par de puissantes entreprises privées et des ambassades. Ce qui fait que son quinquennat fut marqué par une contestation permanente et un blocage parlementaire systématique qui l’empêcha de diriger par des voies régulières, le contraignant, sur la fin, à diriger par décrets, et ils ont mis fin, par décrets, à sa vie, après plusieurs tentatives manquées.
​Coalition du refus
​L'opposition au Président Jovenel Moïse a atteint son paroxysme en fédérant des secteurs hétéroclites : partis politiques traditionnels, secteurs d’affaires outrés par la révision des contrats, notamment d’énergie, et organisations de la société civile. Unis par un dessein funestement unique — le départ du président forcé ou, sa l pran se pa l —, ses opposants malouk ont su orchestrer une paralysie totale du pays, notamment portée par le discours destructeur d’un grand diseur-profiteur, dont les autres observateurs appellent usurpateur de titre de l’avocat peuple la.
​Cette double élite politique et économique a su, pendant plus de trois ans, instrumentaliser la vulnérabilité de la population pour fragiliser le pouvoir et la politique publique du régime joveneliste. L'apogée de cette confrontation s’est traduit par l’irrespect brutal des institutions ou de la constitution en la proclamation d'un président de transition parallèle par l'opposition au début de l'année 2021, illustrant une rupture définitive avec la légalité constitutionnelle et créant un climat d’anarchie propice à toutes les dérives.
​Mécanique du "Peyi Lòk"
​Les soulèvements de cette double force, provoqués par ses opposants pluriels (ambassades, secteur privé des affaires, élites économiques et politiques, etc.), baptisés opérations Peyi Lòk (pays lock, débute 6 et 7 juillet 2019), ont asphyxié la nation pendant des mois. Alors pourquoi une telle fureur, cher.e.s ami.e.s, demandons-nous encore ? Ces émeutes puisent leur source dans la détresse économique, la cherté de la vie, la pénurie de carburant et le scandale de corruption PetroCaribe.
​La population, dès lors, accablée par la misère, est contrainte, podyab, de descendre dans la rue pour crier son mécontentement. Malheureusement, ces mouvements qui semblaient être légitimes, mais trop bien instrumentalisés, ont été détournés par des acteurs politiques et des réseaux de la mafia criminelle pour ériger des barricades, paralyser les écoles, détruire les commerces des occupants ruraux et urbains et isoler la capitale, transformant la contestation sociale en une stratégie de chaos planifié.
Terreur en héritage…
​L'assassinat pieux du Président Moïse n’est pas un fait isolé, mais le point culminant d’une effroyable série d’exécutions politiques visant à décapiter l'intelligentsia et les cadres moraux de la pupulation. Avant et après le 7 juillet 2021, la terreur a frappé des figures emblématiques, de rarissimes odeurs. Le bâtonnier de l'ordre des avocats de Port-au-Prince, Me Monferrier Dorval, abattu devant chez lui le 28 août 2020, incarnait la rigueur morale et le droit. L’écrabouillement de son exécution est resté impuni, préfigurant l'assaut contre le chef de l'État.
​La liste noire s’est allongée avec les meurtres de constitutionnalistes, d’hommes d’affaires, de journalistes courageux comme Diego Charles, et de militantes politiques à l'instar d’Antoinette Duclaire, et j’en passe… Cette campagne d'élimination systématique remet la charge du chaos sur une justice haïtienne moribonde, complice ou instrumentalisée. En éliminant ces hommes et femmes publics, les commanditaires de l'ombre de la République de Madan Kolo ont détruit les derniers remparts contre l'arbitraire en Ayiti, plongeant la société dans un mutisme dicté par l'effroi des hommes à masque de fer du secteur des affaires. En tout cas…
Tragédie cyclique
​L’histoire d’Haïti est jalonnée de sang royal et présidentiel, révélant une incapacité chronique à institutionnaliser la transmission du pouvoir. Le président Jovenel Moïse est le dernier d’une funeste lignée de dirigeants sacrifiés sur l'autel des luttes intestines provoquées et instrumentalisées par et sous les mains des bondieu bons de la Res publica de Nègre Marron et de l’ordre mondial du capitaliste ou du terrorisme d’en haut de la grande Amérique et de l’ambition de grandes familles de la colonisation occidentale de l’Île.
Jean-Jacques Dessalines (1806) : Le père fondateur de la patrie, le libérateur, est lâchement assassiné faisant croire durant toute l’histoire le drame du Pont-Rouge par ses propres généraux (anciens libres). Pourquoi, selon vous ? Parce qu’il voulait redistribuer équitablement les terres agricoles aux anciens esclavagisés, heurtant de front les ambitions de la nouvelle élite militaire et mulâtre ambitieuse.
Sylvain Salnave (1869) : Capturé après une guerre civile sanglante alimentée par des mains invisibles des pays colonisateurs, il est fusillé sur les ruines du palais présidentiel par des adversaires politiques marginalisés par l’ambition du pouvoir et la promesse de l’internationale occidentale, qui lui reprochent des dérives autoritaires et son populisme.
​Cincinnatus Leconte (1912) : Il périt dans l’explosion suspecte du Palais national, un attentat à la dynamite masqué en accident, orchestré par des factions rivales jalouses de sa tentative de transformation administrative.
Vilbrun Guillaume Sam (1915) : Après avoir fait massacrer ses opposants politiques emprisonnés qui tentaient à tout bout de champ de basculer la sûreté de l’État, il est extirpé de la légation de France par une foule en furie, instrumentalisé par les trois plus grosses ambassades, lynché et démembré dans les rues de Port-au-Prince, comme un animal sauvage pour pouvoir légitimer l’invasion des américains qui occupaient certaines franges du territoire et de l’administration publique depuis 1909 et 1910. Ce chaos direct servira de prétexte immédiat à la première occupation réelle des américains.
​Pourquoi ces régicides constants mes ami.e.s? Parce qu’en Haïti, est devenue haïssable pour avoir proclamé la liberté contre l’esclave de toutes et tous; et puis le pouvoir est perçu comme un bien absolu et exclusivement recommandé, distribué par une oligarchie monopolisante qui se cloue les fesses dans l’absolutisme. L'absence de culture démocratique véritable et le refus du compromis transforment l'arène politique en un jeu à somme nulle où l’élimination morale et physique des institutions ou des têtes du pays reste l'arme suprême pour s’emparer des ressources de l'État.
Naufrage humanitaire
​En 2026, cinq ans après la nuit tragique de Pèlerin 5, Haïti ne survit plus mais agonise dès début 2021. Le pays se vide de son sang. Le vide politique laissé par l’exécution tragique du président Jovenel Moïse a ouvert les vannes d’une criminalité sans précédent. Les hommes armés et femmes armé.e.s contrôlent désormais près de 90 % de la région métropolitaine de Port-au-Prince (les routes, les quartiers, les villes, les marchés, les camps de déplacés internes…) et étendent leurs tentacules criminelles dans l'Artibonite et le Centre. Tout cela, c’est au nom de la criminalité des bons dieux de l’économie du marché-monde.
Alors que l’onde de choc internationale provoquée par le régicide du 7 juillet 2021 a trouvé son épilogue judiciaire hors de frontières d’Haïti. Soit simulacre soit théâtre international, à ce que l’on sache, c’est Washington qui s'est chargé de donner justice à qui justice est due. Face à un système judiciaire haïtien paralysé par la terreur et l’effondrement institutionnel, c’est le tribunal fédéral de Miami, en Floride, qui tient le couteau pour trancher le gâteau de la justice. Je parle ici du marché redondant fournissant des armes et munitions à Haïti. Celui qui s’est érigé en théâtre principal de la justice. La présupposition des procureurs américains est pourtant réfléchie. Car si le sang a coulé à Port-au-Prince, la conspiration a été nourrie, financée et orchestrée depuis le sol de la Floride ou dans les hôtels de République Dominicaine. Le bilan de ce marathon judiciaire international se décline en deux vagues majeures.
- ​Verdict historique de mai 2026
​Après plus de deux mois d'audiences intenses, un jury fédéral de Miami a scellé le destin de quatre derniers grands protagonistes du complot qui refusaient de plaider coupables. Théâtre ou amusement ! Reconnus coupables de complot et de trahison contre la sureté de l’État, en vue de commettre un meurtre ou un enlèvement hors d’États-Unis et de violation de la loi américaine sur la neutralité (U.S. Neutrality Act), ils font face à la prison à vie :
​Antonio Intriago & Arcangel Pretel Ortiz : Dirigeants de la société de sécurité privée CTU Security basée à Miami, ils ont recruté et équipé les mercenaires colombiens. ​Walter Veintemilla : Financier du complot à travers sa compagnie de crédit, espérant obtenir de futurs contrats lucratifs sous un nouveau régime. ​James Solages : Un américano-haïtien qui assurait la coordination tactique sur le terrain en Haïti.
Odyssée du cynisme
Le verdict rendu par le tribunal fédéral de Miami ne se contente pas de clore un chapitre judiciaire mal écrit a priori mais lève le voile sur la psychologie d’un crime d’État post-moderne, où l’ambition de la politique néocoloniale s'est dissoute dans la logique froide du capitalisme sauvage des trois Amériques. En analysant le profil et les motivations des quatre derniers condamnés, l’on découvre une terrifiante convergence d’intentions mercenariales masquées du terrorisme d’en-haut par un discours d'opportunisme et de déni.
L’élément le plus saisissant qu’il advient de noter et sans doute qui ressort de ce quatuor est la totale dépolitisation de leur acte. Alors qu’il ne s'agit pas d'idéologisations, mais de boutiquiers du terrorisme d’en-haut.
La privatisation de la violence (Intriago et Pretel Ortiz) : Pour les dirigeants de CTU Security, la République d'Haïti n'était qu'un marché émergent, une opportunité d’affaires. Leur intention première résidait toutefois dans la commercialisation de la force brute. Mais à quelles fins cher.e.s ami.e.s? Parce que, quel que soit le plan, recruter des mercenaires colombiens surarmés pour donner l'assaut à la résidence d'un chef d'État en fonction, relève d’une audace criminelle qui traite la souveraineté d'un peuple comme un simple contrat de sous-traitance américaine.
Le cas de Walter comme financier est peut-être le plus cynique, à mon avis. Son intention n'était ni de libérer ni de conquérir, semble-t-il, mais de capitaliser, dit-il. Financer un complot via sa compagnie de crédit s’apparente à une levée de fonds spéculative. Ce que l’on doit savoir est qu' assassiner le Président Moïse était le prix d'entrée pour « obtenir de futurs contrats lucratifs sous un nouveau régime ». Le meurtre politique devient ici une ligne d'actifs dans un bilan comptable a priori.
En tant qu'américano-haïtien, Solages incarne ce pont tragique entre la mafia américaine et la terre natale d’Ayiti, un faux messianisme enragé où l'attention se drape parfois d'une peinture de nécessité tactique pouvant alimenter l’acte. Sa présence sur le terrain démontre alors une volonté d'exécution chirurgicale, un ancrage local indispensable pour guider les bras armés étrangers dans les méandres de la géographie port-au-princienne.
Déni de culpabilité
Le refus constant de ces quatre hommes de plaider coupables, contrairement à leurs complices, en dit long sur la rhétorique qu’ils ont tenté d’opposer à la justice. Et d’ailleurs, la condamnation de ces quatre hommes de la Floride, de mai 2026 a été reportée par la justice américaine pour le début février 2027, puis … L'ambassade de Colombie ferme ses portes en Haïti.
Le cœur de leur système de défense reposait sur une fiction d’en bas-large : celle de l'opération légitime de sécurité ou du « changement de régime » adoubé par des puissances de l'ombre de l’illusion du Maître de l’Amérique ou du monde.
En violant l’U.S. Neutrality Act (loi interdisant aux citoyens ou résidents américains de mener des actions militaires contre un État en paix avec les États-Unis), les accusés ont tenté de maintenir le discours d'une intervention « humanitaire » ou « d'arrestation légale » (feignant de croire qu'ils exécutent un mandat d'arrêt émis par un juge haïtien). C'était une tentative désespérée de travestir un assassinat crapuleux en une mission de transition politique.
Leur silence initial et leur jusqu’au-boutisme judiciaire témoignent d’un aveuglement extrêmement abondant : le sentiment d'impunité que confère la manipulation de l'argent et des armes depuis le sanctuaire de la Floride. Ils pensaient que les frontières en Haïti absorberaient le crime et cette forme de criminalité et que la distance les protégerait du châtiment comme les mains invisibles du marché du crime.
Le verdict de Miami aurait brisé ce discours de façade ou de bord. En opposant la réalité des faits (le complot, les virements bancaires, le recrutement des tueurs) à leurs dénégations, le jury de la Floride a rappelé que l'on ne peut pas planifier l’assassinat d'une transformation ainsi — aussi fragile soit-elle — depuis le confort d'un bureau mercenarial de Miami. L’intention était financière pourtant ; le discours était trompeur, cependant ; le verdict, lui, est sans appel, malgré lui : la prison à vie ou liberté sans vue d’aucuns, pour avoir traité la vie d'un président et l'avenir d'un peuple comme merde ou de simples variables d'ajustement économiques de la mafia du marché libéral du crime.
- Reddition des traîtres
Si le procès de mai 2026 a révélé le cynisme des idéologues en col blanc ou à cravate rouge, la vague des plaideurs coupables entre 2023 et 2025 met à nu la mécanique interne et externe de la trahison ou de la livraison du pays de Dessalines. Ici, l’intention de subversion se conjugue à un discours de capitulation opportuniste. En choisissant de collaborer avec la justice américaine pour échapper à la peine de mort, ces quatre figures clés ont transformé leurs aveux en une ultime transaction, révélant la lâcheté derrière le complot de toute une race noire. C’est une forme de logistique de la félonie et d’opportunisme de l’ombre du terrorisme d’en haut.
Contrairement aux entrepreneurs de Miami, ce groupe incarne les rouages exécutifs et locaux directement et internationaux indirectement de la machination contre la république du régime tèt kale. Leurs intentions révèlent une imbrication de mobiles géopolitiques, militaires et financiers des décideurs spatio-temporels des trois amériques.
L'ancrage de la trahison politique (de John Joël Joseph) : En tant qu'ancien sénateur, son intention paraît la plus grave d’un point de vue de l’éthique de la personne comme quelqu’un et non comme quelque chose, si c’est vraiment le cas : parce que c'est de la trahison de l'intérieur. Son but était de créer un vide de pouvoir, servant la chaîne du terrorisme d’en haut, par le chaos logistique (fourniture de véhicules, réunions clandestines). Il incarne cette frange de l'élite politique haïtienne dont l'intention pure était d'éliminer l’adversaire politique des contractants de l’État du secteur des affaires par des moyens exogènes, quitte à sacrifier les institutions de son propre pays.
La militarisation du crime (de Germán Rivera García) : Pour le chef du « Delta Team », l’intention est celle d'un technicien de la mort. Ancien officier, devenu terroriste au service de la grande Amérique, il a traité la résidence présidentielle comme un objectif militaire à investir. Il prétend n'avoir aucun grief personnel contre le Président Moïse, mais l'intention froide d'exécuter un contrat tactique, transposant le savoir-faire de l'armée colombienne dans l'arène du crime transnational.
L'opportunisme de la manipulation (de Joseph Vincent) s’explique par le fait qu’en instrumentalisant son passé d'informateur de la DEA, Vincent avait l'intention machiavélique de donner une fausse légitimité à l'assaut américanisé. Son rôle, si c'était le cas, était de construire un mensonge d'État — faire croire que Washington cautionne l'opération — pour neutraliser les hésitations des exécutants et paralyser les réflexes de défense de la garde haïtienne.
Le blanchiment logistique (de Rodolphe Jaar) fait appel à la classe bourgeoise d’Haïti. Pour cet homme d'affaires au passé trouble, l'intention résidait dans le placement de pions. Dirait-on qu’il était prêt à mourir pour conserver la dynastie de la ploutocratie en Haïti. Financer l'hébergement et les armes du commando était un investissement logistique pour s'assurer les bonnes grâces et le contrôle occulte du pouvoir post-Moïse. Le discours de ce groupe est radicalement différent de celui des condamnés de 2026. Face à l'échafaud ou à l'isolement cellulaire à perpétuité, leur rhétorique est passée de la superbe du conspirateur à l'humilité calculée du collaborateur.
En cela le discours des plaideurs coupables est un « aveu instrumentalisant » : ils n’ont pas confessé par remords, mais par pure stratégie de survie judiciaire.
En passant aux aveux, ils ont troqué le secret de la conjuration contre une remise de peine (l'évitement de la peine capitale). Leurs discours devant le juge fédéral ont souvent tenté de minimiser leur rôle historique dans l’industrie du marché du crime : le militaire colombien a plaidé l'obéissance aux donneurs d'ordre de Miami, l'homme d'affaires a feint d'avoir été dépassé par la tournure sanglante des événements, et l'ancien sénateur a tenté de diluer sa responsabilité dans le climat d'insurrection de l'époque.
Ce discours de reddition a agi comme un puissant révélateur-saupoudré : il a prouvé que la prétendue « cause » qui les unissait n'était qu'une alliance de façade pour tarir l’espoir de la masse défavorisée du pouvoir politique et de l'économie. Dès que l'appareil judiciaire américain s'est mis en branle, la solidarité des bourreaux a volé en éclats, chacun livrant les secrets de l'autre pour sauver sa propre tête. Ainsi, prévoyant le marché du crime d’en haut.
La vague de 2023-2025 restera dans l'histoire comme le procès du dégonflement de la conjuration amnésique. L’intention de ces hommes était de détruire un pouvoir pour se partager ses dépouilles en misérabilisant tout un peuple; leur discours final n'a été que le reflet de leur déroute marginalisante. En acceptant la prison à vie en échange de leur vérité maquillée et orientée vers les moins faibles de la ploutocratie en Haïti, ils ont confessé la plus terrible des réalités : le président d’Haïti a été livré à des mercenaires par la complicité de ses propres concitoyens, scellant ainsi, par leur discours de soumission, le verdict de leur propre infamie.
Perduration de la transition
Après cet acte odieux, le pays est plongé dans une transition. Ariel Henry (20 juillet 2021 – 25 avril 2024) : une transition de la survie institutionnelle. Nommé Premier ministre le 20 juillet 2021 par un tweet de la plus grande ambassade de whashington en termes de force et de pouvoir, treize (13) jours après l'assassinat du président Jovenel Moïse, Ariel Henry hérite d'un État décapité mais capturé par les ambassades des anciens colonisateurs. Son mandat devait rétablir la sécurité, conduire un dialogue politique inclusif et organiser des élections. Toutefois, cette période est marquée par l'absence d'institutions élues, la montée en puissance de groupes armés, l'aggravation de la crise humanitaire et le report continuel des scrutins. La transition, initialement conçue comme provisoire, devient une gestion permanente de l'urgence, jusqu'à sa démission forcée par les États-Unis dans le contexte de l'accord politique ayant conduit à la création du Conseil présidentiel de transition (CPT) de neuf membres dont cinq servent à faire tourner la balance du pouvoir : présidence tournante.
La transition du CPT dirigée par Edgard Leblanc Fils et Garry Conille (25 avril 2024 – 7 octobre 2024) : le pari de l’interminable consensus fait la cour à la violence des gangs. Le 25 avril 2024, le Conseil présidentiel de transition entre en fonction, avec Edgard Leblanc Fils comme président tournant, tandis que Garry Conille est installé comme Premier ministre le 3 juin 2024. Cette nouvelle architecture institutionnelle ambitionne de restaurer la légitimité de l'État par une gouvernance collégiale. Néanmoins, les rivalités internes, les difficultés de coordination, la persistance de l'insécurité et les lenteurs des réformes limitent considérablement sa capacité d'action.
La transition du CPT présidée par Leslie Voltaire et Alix Didier Fils-Aimé (7 octobre 2024 – 7 mars 2025). Vers la recherche d'un nouveau souffle. Le 7 octobre 2024, Leslie Voltaire succède à Edgard Leblanc Fils à la présidence tournante du CPT. Quelques semaines plus tard, envoyé spécial de Washington, puisque était chez les américains, Alix Didier Fils-Aimé est nommé Premier ministre, entré avec la promesse d'accélérer le rétablissement de la sécurité, de renforcer les institutions et de préparer les élections. Malgré quelques avancées diplomatiques et administratives au profit de la ploutocratie en Haïti, l'État demeure confronté à l'expansion des gangs armés, aux déplacements massifs de population et à une crise socio-économique persistante.
La transition du CPT présidée par Fritz Alphonse Jean et Alix Didier Fils-Aimé (depuis le 7 mars 2025). C’est une épreuve de la transformation. Depuis le 7 mars 2025, Fritz Alphonse Jean assume la présidence tournante du Conseil présidentiel de transition, tandis qu'Alix Didier Fils-Aimé demeure Premier ministre. Cette phase constitue le dernier segment prévu de la transition avant le retour à l'ordre constitutionnel. Elle est confrontée à un défi majeur : restaurer l'autorité de l'État dans un contexte où l'insécurité, les déplacements forcés, la crise humanitaire et la faiblesse institutionnelle continuent d'éprouver la capacité de gouvernance. L'organisation d'élections crédibles, la réforme des institutions et le rétablissement de la confiance citoyenne restent les principaux objectifs affichés de cette ultime étape de la transition.
La transition du CPT présidée par Laurent Saint-Cyr : l'épreuve de la crédibilité institutionnelle. Depuis le 7 août 2025, Laurent Saint-Cyr exerce la présidence tournante du Conseil présidentiel de transition (CPT), tandis que Alix Didier Fils-Aimé demeure Premier ministre. Cette ultime séquence de la transition porte une responsabilité historique : conduire Haïti vers le rétablissement de l'ordre constitutionnel à travers l'organisation d'un référendum, d'élections générales crédibles et le transfert du pouvoir à des autorités démocratiquement élues.
Cependant, cette phase demeure confrontée aux mêmes obstacles structurels qui ont fragilisé les précédentes : l'expansion des groupes armés, les déplacements massifs de populations, la crise humanitaire, la faiblesse des institutions publiques, les tensions politiques persistantes et les attentes croissantes de la population. Ainsi, la présidence de Laurent Saint-Cyr se trouve à la croisée des chemins : soit elle parvient à restaurer la confiance dans les institutions et à conduire la transition à son terme, soit elle risque de prolonger une période d'exception devenue, pour beaucoup, le symbole d'une République toujours en quête de stabilité, de légitimité et de gouvernance efficace.
Pour une bonne partie de la classe politique et de l'opinion publique, la transition a progressivement cessé d'apparaître comme un simple mécanisme de retour à l'ordre constitutionnel pour être perçue comme un espace de recomposition des rapports de force et de récompenses au profit de la classe économique. Dans cette lecture, le maintien d'Alix Didier Fils-Aimé à la Primature, malgré les changements successifs à la présidence tournante du Conseil présidentiel de transition, alimente les interrogations sur une éventuelle stratégie de continuité du pouvoir exécutif. Les reports répétés du calendrier électoral, les débats autour du référendum constitutionnel et l'absence persistante d'institutions élues nourrissent ces questionnements. Qu'il s'agisse d'une stratégie délibérée du vide ou d'une conséquence menaçante des contraintes sécuritaires et institutionnelles, une réalité demeure : plus la transition se prolonge, plus la légitimité des autorités de fait fait l'objet de débats et plus l'exigence d'un retour à l'ordre constitutionnel devient pressante.
Alors vient la question qui traverse les siècles et les consciences blessées depuis le 7 juillet 2021 jusque-là : à qui profiter l'assassinat du président Jovenel Moïse ou des Chefs d’État tout au long de l’histoire d’Haïti ? En matière d'analyse de la communication politique, cette interrogation ne saurait recevoir une réponse hâtive ni une percussion relative à l’attention de l’opinion publique. Mais les enquêtes judiciaires ont mis au jour un réseau complexe d'acteurs de tout plim tout plimay et de motivations infamantes, mais elles n'ont pas établi une réponse unique sur les bénéficiaires politiques ultimes de ce mal historique. Une certitude, cependant, s'impose malgré elle : le principal perdant fut l'État haïtien ou tout court la masse défavorisée en termes de délivrance de service public. Le vide institutionnel, l'aggravation de l'insécurité, la montée en puissance de groupes armés, la crise humanitaire et l'affaiblissement de la gouvernance ont profondément marqué le pays. Dès lors, la véritable question n'est peut-être pas seulement qui a commis le crime ou qui a commandité le crime mais aussi qui a tiré avantage du vide politique qu'il a laissé. C'est à cette intersection entre justice, histoire et science politique que se situe encore aujourd'hui le défi de comprendre l'une des pages les plus sombres de la République.
Elmano Endara JOSEPH
