Plume incisive et miroir de la société haïtienne, l'œuvre de Gary Victor se dresse comme une bougie dans les ténèbres de notre réalité. Par un subtil équilibre entre satire sociale et réalisme magique, il façonne un univers où la frontière entre le réel et l’imaginaire s’amenuise, interrogeant sans cesse l'âme haytienne. À travers ses romans, il nous confronte à nos paradoxes et à nos illusions, dévoilant avec une acuité saisissante les ombres et les lumières des époques.
Gary Victor et l’art de donner voix à l’indicible
Quand la satire rencontre l’inexorable vérité, c'est Gary Victor qu'il faut voir.
C'est une lettre. Des romans traduisant une réalité. Quelques mots bien rangés. L’expression d’une administration emmaillotée dans un halo de sérénité. Remerciements pour des mots qui eveillent l’esprit. Des mots pour Gary Victor. Cet auteur qui continue d’embrasser les fulgurances de la pensée avec la même acuité qui caractérise sa plume. Il serait impensable d’entamer des lignes sans témoigner à Gary en toute humilité, l’admiration que suscitent chez des lecteurs de taille, ses écrits, véritables fresques littéraires où s’entrelacent profondeur analytique, gerbes dramatiques et éclats de poésie. Chaque page que offerte par Gary Victor au monde est une porte dérobée ouvrant sur des univers foisonnants, où la beauté du verbe le dispute à la rigueur de la réflexion.
Dans un paysage intellectuel souvent ballotté par les vents capricieux du conformisme américanisé sur la terre d’Hayti, Gary est le rare écrivain qui demeure cette étoile polaire guidant nos errances vers des rivages où l'esprit se fortifie et où l’âme se nourrit de la réalité haytienne. Sa plume, aiguisée par une lucidité rare, éclaire les méandres de notre société haytienne avec une justesse qui force l’admiration et impose le respect. Chaque phrase qu’il tisse est une passerelle entre hier et aujourd’hui, entre la mémoire et l’avenir, entre l’indicible et le manifeste. C’est donc avec une profonde gratitude que cet article expose successivement l’administration de Netty, cette capoise qui fait la cour aux textes de Gary, saisissant l’opportunité offerte par le Salon du livre de Port-au-Prince pour mettre sur la toile l’intérêt du grand public pour la plume de Gary. Il s’ensuit une brève présentation de Sylvanie Netty Dorval, l’auteure de la lettre d'admiration adressée à Gary, dans l’espoir que ces quelques mots parviennent, ne serait-ce qu’un instant, à lui renvoyer l’écho de l’inspiration qu’il insuffle à tant d’esprits en quête d'une étincelle littéraire.
Delmas 95, le 30 janvier 2025
Monsieur Gary Victor,
J’espère que cette lettre vous trouve en parfaite santé et entouré de l’inspiration qui anime si magnifiquement votre plume. Permettez-moi tout d'abord de vous exprimer mon admiration profonde pour vos œuvres, qui m’ont non seulement transportée dans des mondes fascinants, mais m’ont aussi permis de mieux comprendre la complexité de notre société haïtienne.
Je tiens à vous remercier pour votre contribution à la littérature haïtienne et mondiale. Vos livres sont des phares dans la nuit, un guide pour ceux qui cherchent à comprendre et à aimer Haïti dans toute sa complexité. Vous êtes une inspiration pour toute une génération, et je suis honorée de pouvoir vous adresser ces quelques mots. Nombreux sont ceux qui, en vous lisant, ont enrichi leur vision du monde et affuté leur compréhension de notre culture et de nos réalités. En leur nom à tous : merci !
Je dois avouer qu’avec vous je ne suis pas seulement une simple lectrice, mais une véritable actrice dans tous les scénarios que vous élaborez. Chaque page que je lis devient une scène où je m’imagine, même inconsciemment, dans la peau de vos personnages. Il m’est alors impossible d’ouvrir l’un de vos livres sans ressentir une excitation profonde, une curiosité fébrile à l'idée de découvrir les mondes que vous avez créés.
Ma première rencontre avec votre plume s’est faite à travers La Piste des Sortilèges. Ce roman a été pour moi une découverte très remarquable, une véritable immersion dans un univers où le réel et le mystique s’accordent avec une intensité rare. La quête de Sonson Pipirit, les épreuves qu’il a dû surmonter pour retrouver son ami, ont ravivé en moi la flamme de l’aventure. Chaque événement du récit résonnait en moi, me poussant à explorer les facettes cachées de notre culture et de nos croyances profondes.
Après cette première immersion, j’ai eu le privilège de lire Le Sang et la Mer, une œuvre poignante qui m’a marquée par sa profondeur et sa maîtrise narrative. Tout comme Herodiane, j’ai dû quitter ma ville natale pour me rendre à la capitale en quête d’espoir et de rêves. Certes, je n’étais pas accompagnée d’un frère comme Estevel, mais combien d’amis qui m’étaient chers ai-je vus sombrer sous les mirages de l’argent facile et l’illusion du pouvoir ! Ce roman m’a plongée dans une réflexion sur le destin, l’amour et la fatalité, tout en me transportant dans un Haïti où le rêve et la réalité s’entrelacent sans cesse.
Par la suite, j’ai découvert avec autant de fascination votre recueil 13 nouvelles vodou, une œuvre qui m’a captivée par sa façon de mettre en lumière les subtilités du vodou haïtien. Pour moi, ce livre est un classique parmi toutes les œuvres qui abordent le vodou à travers des histoires aussi réelles que troublantes, bien que dans notre société ces faits puissent paraître insolites. Comment ne pas mentionner Le Mouton ? Certes, les treize récits m’ont tous marquée à leur manière, mais celui-ci m’a particulièrement donné des frissons. Le suspense et la tension dégagés lors de ce dîner familial m’ont tenu en haleine. J’ai raconté cette histoire à un ami, et il en a eu la chair de poule !
Enfin, comment ne pas évoquer "Sakad", votre tout premier roman en créole, une œuvre audacieuse et engagée qui résonne comme un hommage puissant à notre langue et à notre culture."Sakad" est bien plus qu’un livre, c’est une affirmation de l’importance de la littérature créole, un geste fort qui illustre votre volonté de donner à la langue de notre peuple toute sa place dans le monde littéraire.
Au fil de mes lectures, j’ai été frappée par la richesse de vos personnages, qui, au-delà de leur singularité, incarnent une critique mordante de notre société. Trois figures m’ont particulièrement marquée : Dieuswalwé Azémar, Albert Buron et Sonson Pipirit.
L’inspecteur Dieuswalwé Azémar est sans doute l’un des personnages les plus emblématiques de votre œuvre. Policier désabusé et cynique il évolue dans un univers gangrené par la violence et la dépravation. Entre alcool, visions hallucinées et affaires sordides, il incarne à lui seul la faillite du système judiciaire haïtien et le désenchantement d’une population livrée à elle-même. Pourtant, derrière son cynisme et ses vices, il reste un personnage profondément humain, reflet d’un pays où l’intégrité semble un luxe inatteignable. À travers lui, vous peignez avec brio la tension permanente entre survie et morale dans une société rongée par l’impunité.
Quant à Albert Buron, cet homme politique manipulateur est la personnification même de l’élite corrompue qui gangrène Haïti. Son opportunisme, son cynisme et sa capacité à naviguer dans les eaux troubles du pouvoir font de lui une figure satirique particulièrement saisissante. À travers lui, vous mettez en lumière l’avidité et l’hypocrisie de ceux qui se battent non pour le bien du peuple, mais pour leur propre ascension.
Enfin, Sonson Pipirit m’a marquée d’une tout autre manière. Contrairement aux deux précédents, il n’est pas un homme de pouvoir, mais plutôt un jeune homme embarqué dans des aventures mystiques qui mêlent réalisme et surnaturel. Sonson, à sa manière, est un symbole de résistance face à un monde où la magie et la réalité s’entrelacent pour donner sens aux souffrances du quotidien.
En refermant vos livres, Monsieur Victor, je ne peux m’empêcher de ressentir une profonde gratitude envers vous. Votre plume, à la fois acérée et poétique, nous offre bien plus que des récits : elle nous tend un miroir dans lequel se reflète la complexité de notre société haïtienne, avec ses espoirs, ses désillusions et ses luttes incessantes. À travers vos personnages et vos intrigues, vous nous poussez à questionner notre réalité, à affronter nos paradoxes et, surtout, à ne jamais cesser de penser et de lire.
Votre œuvre est un héritage précieux pour la littérature haïtienne et pour tous ceux qui ont le privilège de vous lire. Puisse votre inspiration continuer à illuminer nos esprits et à nourrir notre imaginaire collectif.
Avec toute mon admiration et mon respect,
Sylvanie Netty DORVAL
Sylvanie Netty Dorval, née le premier jour de décembre de l’an mille neuf cent quatre-vingt-quinze (1995), en la noble cité du Cap-Haïtien, au sein de l’Hôpital Universitaire Justinien. Seule héritière de ses parents, elle agrandi dans la douce rigueur d’un foyer modeste, marqué par les aléas de l’existence. Hélas, le destin, en son implacable dessein, l’arracha à l’affection maternelle à l’aube de ses cinq (5) ans, une épreuve qui, loin de la briser, forgea son caractère et modèle son parcours.
Son éducation prit racine au Collège Le Phare du Cap-Haïtien, où, des premiers balbutiements de la maternelle aux assises académiques de la neuvième année fondamentale, elle façonna son esprit avide de savoir. Son aventure scolaire se poursuivit au Collège Adventiste du Cap-Haïtien, où, en 2014, elle décrocha avec honneur son diplôme de fin d’études secondaires.
Curieuse insatiable, elle a laissé son esprit s’abreuver à plusieurs sources du savoir. Ainsi, elle a exploré les arcanes du Tourisme et de l’Hôtellerie (Université Publique du Nord au Cap-Haïtien, en 2014), scruté les méandres du Droit et des Sciences Économiques (Faculté de Droit, des Sciences Économiques et de Gestion du Cap-Haïtien, en 2016), savouré l’art délicat de la Cuisine et de la Pâtisserie (École Hôtelière d’Haïti, en 2023), et elle saisit, à travers l’objectif, la fugacité du monde grâce à la Photographie (VIREHA, en 2024).
Éprise de beauté et d’expression, elle se laisse porter par les ailes du théâtre, qu’il soit forum ou pure dramaturgie, et façonne l’espace à travers la décoration intérieure. Pourtant, si toutes ces disciplines nourrissent son être, c’est la lecture qui en est le cœur battant surtout avec sa rencontre tardive avec Gary Victor. Chaque page tournée est une porte ouverte sur l’infini, une passerelle entre son âme et l’univers.
Le choix de Garry
Madame Netty a choisi d’écrire à Gary Victor non seulement par admiration, mais par reconnaissance de la simplicité de sa plume. Ses livres n’ont pas été de simples lectures, ils furent des révélations. «À travers ses mots, j’ai voyagé, j’ai rêvé, j’ai questionné l’existence. Il y eut des échos, des frissons, et parfois même des blessures partagées», soutient Netty avec un sourire partagé.
«Les textes de Gary sont une grammaire qui traduit avec facilité la réalité du quotidien haytien», enchante Netty avec un air jovial.
Des personnages taillés dans la chair de notre société
« Le Sang et la Mer, m’a bouleversée jusqu’aux tréfonds de mon être. En Hérodiane, j’ai reconnu les luttes, les espoirs et les sacrifices d’une femme en quête d’un ailleurs meilleur», avance l'originaire du Cap-Haytien.
« 13 Nouvelles Vodou, a ouvert une porte fascinante sur l’âme mystique d’Haïti, où la tradition dialogue avec la modernité dans une danse envoûtante de tambour sonore», affirme l’admiratrice de Victor.
Ce concours, elle ne l’aborde point comme une simple joute littéraire, mais comme un hommage vibrant à la puissance des livres à travers lesquels on déniche la combinaison admirable de la culture et du folklore haytiens. En un temps où les écrans capturent les âmes et émoussent les esprits, Netty croit fermement que la lecture demeure un phare, un refuge, une révolte, surtout en lisant les auteurs comme Gary Victor. Si ses mots, humbles soient-ils, peuvent insuffler à ne serait-ce qu’un lecteur l’envie d’ouvrir un livre, alors elle aura semé une étincelle d’éternité pour ouvrir les livres de Gary Victor.
joseph.elmano_endara@student.ueh.edu.ht
Juriste, Mémorant en Communication sociale/ Faculté des Sciences Humaines (FASCH), Masterant I en Fondements philosophiques et sociologiques de l’Éducation/ Cesun Universidad, California, Mexico
