8 avril 2023- 8 avril 2025.
De cette dame de culture, je garde les trois souvenirs en ART (Accueil, richesse et trajectoire). Son accueil dans mes débuts dans l’art, en visitant régulièrement sa galerie d’art à l'étage d’un restaurant au Champ de Mars, à la fin des années 90. Ses riches connaissances sur l’art haïtien et le secteur culturel partagées lors de nos échanges, m'ont poussées à entrer à l’Ecole nationale des Arts (ENARTS), pour me former et mieux me positionner dans le milieu. Sa trajectoire de femme éducatrice, épouse et veuve d’artiste de renom, de femme entrepreneure culturelle et courageuse jusqu’au bout.
Deux ans après le grand voyage de Mireille Pérodin Jérôme,le 8 avril 2023-2025, je trouve légitime de saluer sa mémoire et son héritage culturel et symbolique à travers l’éternité.
Depuis pratiquement deux décennies, le pays assiste à l'effondrement de nombreuses institutions, notamment dans le secteur artistique et culturel. Les industries culturelles ont toujours été dominées par des femmes artistes et des professionnelles engagées dans la culture qui tentaient par tous les moyens de faire revivre des passions et la créations dans plusieurs champs et techniques. Au fin des temps, plusieurs figures continuent de s'afficher pendant que d’autres se lassent dans le silence et l’amertume. L’âge et le temps, les déceptions et les désastres, les épuisements et la maladie finissent par pousser les dos de plusieurs d’entre elles vers la porte de sortie.
Dans cette liste de femmes créatrices et contributrices majeures dans les industries culturelles, elles sont de plus en plus nombreuses à rejoindre Luce Turnier, Rose Marie Desruisseaux, Hilda Williams, André Malebranche, Louisiane Saint-Fleurant, Francine Murat, Marie José Nadal, Michèle Manuel, pour ne citer que ces noms impossibles à effacer dans l’histoire et la géographie culturelle contemporaine d’Haïti.
Derrière son statut de professeure de d’histoire et de géographie au niveau secondaire du système éducatif haïtien reconnu, avant d'intégrer l'École normale supérieure (ENS) et la Faculté des sciences humaines (FASCH), de l’Université d’Etat d’Haïti, notamment durant la décennie de 1950 à 1960, Mireille Pérodin-Jérôme avait poursuit ses études scolaires chez les sœurs de l'externat la Providence et au collège Catts Pressoir. Pendant 20 ans, entre 1973 à 1993, elle s’est fait un nom entre les deux secteurs intimement liés, l’éducation et les industries culturelles, certainement sous l’influence et en compagnie de son mari le célèbre peintre Jean René Jérôme, en dehors d’être issue d’une famille culturellement imposante et d’un environnement intellectuel assez fertil.
D’autres formations à son actif, il y a trente ans de cela, elle avait poursuivi des études de deuxième cycle à Cuba, à la prestigieuse université de La Havane, pour ainsi se familiariser dans l’art caribéen, en dehors de son stage réalisé dans l’art muséal au Centre Georges Pompidou, en France, en 2011, rapporte sa biographie. Treize ans plus tard, en 2014, la participation de MPJ comme co-commissaire de l’exposition Haïti: deux siècles de créations artistiques au Grand Palais, en France, a été une nouvelle consécration dans la trajectoire de cette dame de culture.
D’ici le mois de Juillet 2025, les Ateliers Jérôme devraient célébrer leur quarantième anniversaire. Hélas ! Le couple Jean René et Mireille Pérodin Jérôme n’est plus. Les héritiers et les parents, les amis et les collaborateurs, les bénéficiaires des contributions de Mireille Pérodin Jérome lui feraient grand plaisir, même dans un contexte de crise majeure dans le pays, et dans les industries culturelles et les arts plastiques, de marquer cet événement, cette date importante, afin de garder en vie la fertilité de la mémoire de ces deux co-fondateurs, et en particulier de celle qui s’est investi corps et âme pour garder en vie cet héritage familial, artistique, institutionnel et culturel.
Dans cette géographie du chaos qui nous habite, l'histoire retiendra les prochains efforts et les sacrifices qui serviront à marquer la genèse de cette institution culturelle. Revoir les images d'archives, les cartons et les affiches des expositions, les souvenirs et les visages oubliés avec le temps, qui fréquentent les différentes adresses proposées par Mireille Pérodin Jérôme pour parler d'art, de culture, pour représenter les créations de nombreuses générations, pour négocier des oeuvres uniques et originales, autant pour développer une nouvelle dynamique institutionnelle, interculturelle et internationale autour de l'art haïtien.
D'autres femmes artistes et des entrepreneures culturelles moins jeunes pourraient bien se servir de l'histoire de Mireille P. Jérome pour créer leur place dans la nouvelle géographie culturelle qui pourrait voir le jour un jour dans ce pays.
Dominique Domerçant
