Il écrit comme on jette des larmes sur le feu. Comme on appelle une présence dans le noir. Comme on écrit son propre nom sur le front de la douleur. Le recueil «Et si mon cœur te chantait» n’est pas un simple assemblage de poèmes d’amour. C’est une traversée. Une parole livrée à cru. Un cœur à ciel ouvert.
Dès le poème « Quand tout paraît noir », la voix poétique se montre fragile, humaine, au bord du vertige, mais portée par une tendresse insistante :
“Quand la nuit s'achève
Et que le jour se lève
Quand tout à mes yeux
Devient triste et ennuyeux.
Sur toi enfin je m'appuie
Lorsque au fond de ma vie
J'entends mon cœur gémir
Comme le vent dans ses soupirs.
Dans des voies très obscures
Je chancelle car de rien je ne suis sûr
Mais tu m'as montré le chemin
En me tendant la main.”
Ici, la lumière ne soulage pas forcément. Le jour est triste, la réalité banale. C’est la présence de l’autre cette figure tendre et presque divine qui devient le seul point d’ancrage :
Le cœur gémissant devient vent. La souffrance intérieure s’exprime dans un souffle, dans une plainte cosmique. L’auteur, Schultz Laurent Junior qui n’était pas à son premier recueil de poèmes ne s’adresse pas simplement à une personne aimée ; il s’adresse à celle qui contient le remède, le repos, l’espoir.
Pour lui, Le cœur de l’autre est un sanctuaire. Il reçoit les douleurs comme un autel reçoit les prières. La poésie ici n’est pas que déclaration : elle est confession, offrande, abandon. Et dans cette offrande, l’auteur révèle toute sa fragilité et son désir profond d’être sauvé par l’amour.
Dans « Islande », la déclaration devient plus ample, plus charnelle, plus affirmée. On entre dans une géographie intérieure, une cartographie amoureuse où le rêve et la réalité se fondent. Le poète est surpris par sa propre capacité d’aimer. C’est une découverte, une innocence ravivée. L’amour arrive comme une révélation.
Il ne choisit pas d’aimer, le poète. Il s’aventure. L’amour est un voyage intérieur, presque initiatique. Et cette aventure donne naissance à un monde nouveau :
“Je ne savais pas que je pouvais t'aimer...
Je ne savais pas que je serais ton prince charmant.
Pourtant dans ma vérité ou dans mes fantaisies
J'avais su simplement que tu étais le chemin Dans lequel je devais m'aventurer...
Dans mes nuits douteuses et dans mes jours tristes et
mornes
Tu étais la seule sur qui j'avais envie de construire
Pour une éternité mon rêve de bonheur...
Aujourd'hui te voilà en moi comme le parfum sur les
roses
Comme la rosée sur les fleurs...
Le poème construit une esthétique du don. L’être aimé est le moteur de la beauté, l’élément transfigurateur. Le monde devient plus lumineux, plus riche, plus chantant. Et cela culmine dans ces vers d’une sensualité douce et mystique :
La tendresse n’est plus émotion. Elle est cascade. Elle coule, elle traverse, elle nettoie. Le bonheur se prosterne. Il devient serviteur de l’amour.
Nous sommes là au sommet d’une écriture amoureuse qui sacralise le corps de l’autre. Le corps devient texte. Le nom de l’auteur s’y inscrit non comme possession, mais comme offrande poétique.
Mais cette offrande ne suffit pas toujours. Parfois, l’amour n’a pas de réponse. Et alors, la parole change. Elle devient supplique. Blessure. Cri. C’est ce que révèle le poème “Pourquoi”, dédié à une femme qu’il n’arrive ni à conquérir, ni à oublier
“J'ai toujours eu envie d'être comme toi
J'ai eu beau essayer mais je n'y suis pas arrivé...
Malgré ton indifférence, malgré tes limites
Je me suis mis à t'aimer de mon amour immuable.
J'ai tenté de t'oublier, j'ai tenté de...
Mais on dirait que je me tue, quand de mes pensées je veux te rayer...
Est-ce parce que tu es toute ma vie ?
Est-ce parce que je t'aime d'une flamme infinie?”
L’admiration se transforme en douleur. L’auteur se compare, se mesure, s’humilie. Et pourtant, l’amour persiste : L’amour ici devient martyr. Il accepte la distance, le silence, mais il brûle de rester vivant :
Ces vers-là sont parmi les plus déchirants du recueil Et si mon cœur t chantait paru chez l’ Imprimeur II. Ils exposent une vérité crue : oublier l’autre, c’est s’effacer soi-même. L’amour est devenu identité, et sans l’amour, le poète n’est plus.
Il ne demande pas la fin de la souffrance, mais le droit de continuer à aimer. Le droit de souffrir davantage, pourvu que cela soit encore par amour.
Dans « Et Si mon cœur te chantait,» Schultz Laurent Junior ne décrit pas l’amour : il l’incarne. Chaque poème est un fragment d’âme, une confession à nu, une prière lancée dans l’obscurité avec l’espoir qu’une voix quelque part réponde.
La poésie de Schultz Laurent Junior est une parole blessée, mais digne. Une parole habitée, brûlante, sans artifice. Une poésie qui aime trop. Qui s’offre sans condition. Et qui laisse derrière elle, comme un dernier chant, le battement fragile mais obstiné d’un cœur qui ne veut pas mourir.
Aterson-N Sainval
