Diplomatie ancestrale ou la négociation perpétuelle entre les vivants et les morts.
Dans les bras de la nature comme principal haut lieu sacré, représentant tous les éléments qui composent en grande partie l'existence humaine et l'alchimie du sacré.
Donner pour recevoir, ou recevoir pour donner en retour, notre univers physique, symbolique, mystique est célébré dans une approche diplomatique, à travers les relations intergénérationnelles et invisibles entre les vivants et les morts. Louvè pòt la pou mwen ?
Droit de passage. L’artiste Riva Nyri Précil s'expose dans un protocole rythmique, diplomatique et entraînant. Elle vient défendre ses droits en tant que fille légitime de cette terre, "Mwen de pitit sosyete a".
De la négociation au rendez-vous. Elle veut rentrer dans le temple des Lwa Vodou: Louvè pòt la pou mwen, lèm rantre ma peye ?
De la préséance dans ses appels, qui interpellent plusieurs esprits puissants qui trônent dans le temple de nos ancêtres. L’Empereur et le général, dans la peau du même personnage sont à l’honneur.
Riva Nyri Précil s’en sert pratiquement de cette interprétation pour non seulement étendre l'écho de sa voix aux quatre coins de l’horizon. Elle souhaite parallèlement, à partir de cette demande, avec les offrandes en main, s'offrir une place dans les premiers rangs lors des cérémonies Vodou d'ici ou dailleurs.
Des couleurs choisies avec soin, sont portées par l'artiste-initiée qui porte haut le flambeau de la culture ancestrale.
Difficile pour qu'une telle demande ne soit pas acceptée. En sachant que le premier des ancêtres et des Haïtiens est invité dans cette danse, devant le temple de la nation. «Anperè vin n diw bonswa, jeneral vin n diw bonswa. Premye ren vin n diw bonswa...»
Di Grann, vin n diw bonswa, metres, parenn Legba...
Déterminée dans sa demande léfitime, elle persiste et signe : «Ouvri pòt la pou mwen poum rantre, mwen se pitit...».
Diplomatie ancestrale ou la négociation perpetuelle entre les vivants et les morts. «Lèm antre ma peye». Au-delà du chant et des danses, le choix du décor joue un rôle central dans la vidéo qui illustre cette nouvelle œuvre musicale sacrée, ajoutée dans le répertoire des Marasa.
Décidée à rentrer par tous les moyens, dans la salle des vingt nations ou «Nanchon», dans la salle des vraies négociations, des grandes décisions, des rituels et des pouvoirs de guérison, elle s'en sert de tous ces sens et de son intelligence mystique pour négocier sa place.
Dans ce carrefour historique où Haïti se trouve, tout Haïtien devrait reconnaître que chaque demande impose un prix en retour, formulée tant devant les vivants que les morts, devant les Haïtiens ou des étrangers, que l'on appelle les blancs.
Dans le relèvement et l’accomplissement de toutes les grandes nations, seul l'empereur et général Jean Jacques Dessalines et ses pairs semblent n'avoir rien demandé en retour aux autres nations qui ont bénéficié des armes, de l'argent, des conseils, de la nourriture et des hommes dans leur lutte accomplie pour leur indépendance. C'est pratiquement la raison principale pour laquelle ces peuples et leurs dirigeants n'expriment aucune dette morale envers Haïti.
Dans une approche collective, Riva formule sa demande vers le plus grand nombre des régiments, en interpellant : «Je wouj, Dosou, Lenglensou, Met Kalfou, Ayida, Dambala, Agaou...Ogou, Kouzen, Agwe, La Siren, Ayizan, Velekete...»
Des paroles qui paraissent si simples pour les profanes, mais très sacrées, inscrites dans le langage des mystères et des mystiques. Il faut dire que l’artiste n’a pratiquement rien inventé dans cette création inédite. Mais c'est le charme et la magie de sa voix et de son sens qui amplifient l'énergie de ce message.
Des droits de passage à payer, pour accéder au temple des savoirs sacrés et de la sagesse spirituelle. Freda, Gran Bwa, Lenba, Marasa, Lovana, Loko, Simbi Andezo,
Danto, Tijan, Sobo Bade, tout eskot Gede yo. Ouvè pòt la, lèm rantre map fout peye.
Dominique Domerçant
