Le 12 janvier 2026, seize années après la tragédie qui a fait basculer Haïti dans l’abîme, trois associations se sont unies pour raviver la flamme du souvenir. Ensemble, elles ont commémoré le séisme du 12 janvier 2010, cette catastrophe qui s’est abattue sur notre terre comme un coup de tonnerre dévastateur, balayant en quelques secondes des milliers de vies, réduisant en poussière les rêves de tout un peuple.
Ce tremblement de terre n’a pas seulement fissuré le sol : il a déchiré le cœur d’une nation entière. Tel un ouragan invisible venu des entrailles de la terre, il a englouti nos compatriotes, arraché des familles entières, transformé Port-au-Prince en un champ de ruines où la douleur s’élevait comme une fumée épaisse et suffocante. Ce jour-là, le temps s’est arrêté pour des centaines de milliers d’âmes – Haïtiens et étrangers confondus – qui se trouvaient sur notre sol meurtri.
À l’initiative de Rêvons pour Haïti, Promart et Pacte Social, trois associations évoluant en France et portant haut la mémoire de notre patrie, un vibrant hommage a été rendu aux victimes du tremblement de terre. Comme des sentinelles de la mémoire collective, ces organisations ont rallumé la torche du souvenir, refusant que l’oubli ne vienne ensevelir une seconde fois celles et ceux qui reposent sous les décombres de l’histoire.
Car se souvenir, c’est résister. C’est affirmer que ces vies fauchées ne sont pas tombées dans le vide, que leur mémoire irrigue encore notre présent tel un fleuve souterrain qui nourrit la terre. C’est rappeler au monde entier qu’Haïti, malgré les blessures béantes, malgré les cicatrices indélébiles, continue de se relever avec la dignité d’un peuple qui refuse de plier.
En présence des autorités diplomatiques de la République d’Haïti, et dans l’écrin majestueux de cette salle Art déco où l’histoire semble suspendue au temps, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) a ouvert ses portes pour accueillir cette cérémonie empreinte de solennité et de recueillement.
Liens à la terre natale
Sous les hauts plafonds ornés, témoins silencieux de tant de moments historiques, l’Ambassadrice de la République d’Haïti auprès de cette prestigieuse organisation onusienne, Lilas Desquiron, a délivré un message empreint de résilience de ce peuple meurtri par tant de viscititudes de la vie. Elle rappelle que cette date maudite reste une blessure profonde dans la mémoire collective haïtienne, et qu’on se rassemble, seize ans plus tard, pour honorer les disparus sans oublier les survivants, tous marqués mais debout. Elle insiste que se souvenir n’est pas rester dans le passé mais un devoir et un acte de responsabilité qui refuse l’oubli et fait naître l’espérance même au milieu des ruines. Elle souligne enfin que la reconstruction d’Haïti ne se limite pas aux infrastructures mais passe aussi par la mémoire, la dignité, la transmission et un engagement solidaire, qu’elle salue au nom du peuple haïtien.
Comme une floraison née des cendres du désastre, l’année 2010 cette année maudite qui a vu Haïti s’effondrer sous le poids de la catastrophe a paradoxalement donné naissance à un élan de solidarité sans précédent. Tel un phénix renaissant de ses propres ruines, la diaspora haïtienne en France s’est mobilisée avec une énergie farouche, une détermination qui témoigne de la force inébranlable des liens qui nous unissent à notre terre natale.
Depuis cette date gravée dans la chair de notre mémoire collective, il faut rappeler qu’plus d’une trentaine d’associations ont vu le jour sur le sol français, telles des sentinelles bienveillantes veillant sur la reconstruction matérielle et morale d’Haïti. Comme les branches d’un arbre géant aux racines profondes, ces organisations se sont déployées dans toute la France, formant un réseau dense et vivant de solidarité transfrontalière.
Parmi cette constellation d’initiatives citoyennes, deux associations se sont imposées comme de véritables piliers, des forces motrices dans l’organisation de cette commémoration : Rêvons pour Haïti fondée par madame Suzette Monperousse Noël et Promo Art Haïti de l’artiste peintre Patrick Cauvin. Ces deux structures entre autres pivots, véritables chevilles ouvrières de la mémoire haïtienne en France, ont porté à bout de bras cette cérémonie, transformant le souvenir en acte militant, la douleur en engagement.
Des gardiennes vigilantes
Leur action infatigable depuis seize ans témoigne d’une vérité profonde : que l’océan Atlantique ne saurait affaiblir les battements du cœur haïtien, que la distance géographique s’efface devant l’impératif sacré du devoir de mémoire. Ces associations sont devenues les gardiennes vigilantes d’un héritage qu’aucune catastrophe ne pourra jamais anéantir.
Seize ans après la tragédie, le message est clair : Haïti n’est pas seule. De Paris à Port-au-Prince, de l’UNESCO aux quatre coins de la diaspora, un même cœur bat au rythme du souvenir et de l’espoir. Cette commémoration fut bien plus qu’une cérémonie : elle fut un acte de foi en l’avenir d’un peuple qui refuse de plier, un hommage vivant à celles et ceux qui ne sont plus, et une promesse solennelle aux générations futures. Le 12 janvier 2010 a brisé Haïti. Mais Haïti, indomptable, se relève. Encore et toujours.
Seize ans après la catastrophe qui a fait basculer Haïti dans l’abîme, les stigmates de ce 12 janvier 2010 demeurent gravés dans le paysage comme des plaies béantes refusant de se refermer. Le séisme n’a pas seulement ravagé le pays en quelques secondes d’apocalypse : il a laissé derrière lui un héritage de désolation qui défie le passage du temps, un témoignage silencieux mais éloquent de la violence subie par notre terre.
Parmi ces cicatrices indélébiles, une ruine se dresse comme un monument involontaire à la tragédie : le Palais national, jadis joyau architectural de la Caraïbe, perle blanche étincelant sous le soleil tropical, symbole de la souveraineté et de la dignité haïtiennes. Celui qui fut l’un des plus beaux édifices de toute la région – avec ses dômes majestueux, ses colonnades élégantes et sa blancheur immaculée qui le faisait ressembler à un temple grec posé sur notre sol – n’est plus aujourd’hui qu’un squelette de béton, un fantôme architectural hanté par les promesses non tenues de reconstruction.
Tel un phare éteint qui continue de marquer l’horizon, le Palais national en ruine rappelle à chaque passant que la catastrophe n’appartient pas seulement au passé. Elle vit encore dans ces murs effondrés, dans ces structures qui défient dangereusement la gravité, dans ce vide béant au cœur de Port-au-Prince où devrait se dresser fièrement le symbole de notre État, failli mais debout.
Maguet Delva
Paris, France
