De la chronique de l’Écriture Sainte à celle de l’engagement citoyen, le grand public découvre aujourd’hui l’âme de parolier et de compositeur qui bouillonne en Ralf Dieudonné JN Mary, dit Lysius Salomon.
« NOU TE JWE SAN LAKAY » est le titre d’une composition musicale écrite avec tendresse, amour et espoir par Ralf Dieudonné JN Mary. Interprétée par Sam Ulysse, Loubency Salomon, Floïse Pierre Adam et Yvens Jeanteau, elle a été enregistrée par JOWAY RECORDS et présentée par LAMBI, une association qui a pour objectif de promouvoir le rassemblement et l’unité collective en formant la nation par l’écriture, la musique et les arts de la scène.
À l’origine de cette œuvre se trouve une réalité douloureuse, mais profondément symbolique. En raison de la crise qui secoue Haïti depuis plusieurs années, les Grenadiers n’ont pas eu l’occasion de disputer un seul match officiel sur leur propre territoire durant leur parcours vers le Mondial 2026. Contraints de jouer loin de leur public, de leurs familles et de leur terre natale, ils ont pourtant continué à porter haut les couleurs de la nation. C’est cette situation exceptionnelle qui inspire le titre « NOU TE JWE SAN LAKAY ». Derrière ces mots simples se cache toute une histoire de sacrifice, d’attachement à la patrie et de fidélité à un peuple qui, malgré la distance et les épreuves, n’a jamais cessé de croire en ses représentants.
À travers cette œuvre, l’auteur propose bien plus qu’une simple chanson. Il livre un message rempli d’émotion qui suscite l’unité et la fierté. Ce texte nous fait remonter dans nos souvenirs et apporte de l’espoir à nos cœurs meurtris, mais toujours remplis d’amour.
Hommage aux Grenadiers
Dès les premières lignes, l’œuvre se présente comme un hommage vibrant aux Grenadiers, qui portent en eux toute notre histoire, nos souffrances et notre détermination à vaincre. Elle rappelle au monde que nous existons, que nous avons notre place sous le soleil et que nous ne baisserons pas les bras avant de l’occuper avec dignité et honneur.
Les Grenadiers ont accompli un travail colossal en nous qualifiant pour le Mondial après cinquante-deux ans d’attente. À travers eux, c’est tout un peuple qui réclame la victoire, une victoire que chaque Haïtien porte au plus profond de son être.
« Nou te jwe san lakay » : un titre qui résonne dans nos cœurs
Mais la force du texte réside également dans son titre.
« Jwe san lakay », ce n’est pas seulement une réalité géographique pour l’équipe ; c’est aussi le reflet de l’exil, de la nostalgie et de la résilience du peuple haïtien. Ralf transforme cette distance physique en une proximité de cœur à travers ses mots : « Nou te jwe san lakay, men kè nou te toujou lakay nou. »
Ainsi, ce qui aurait pu être présenté comme une faiblesse devient, sous sa plume, une source de force et de cohésion nationale.
Les Grenadiers, miroirs de notre Histoire (1974-2026)
Pour saisir toute la portée de cette composition, il faut la replacer dans le temps long de notre histoire.
Cinquante-deux ans. Cinquante-deux ans se sont écoulés depuis notre dernière participation à la Coupe du Monde de Football. Pendant plus d’un demi-siècle, nous avons dû adopter d’autres équipes, célébrant le bonheur des autres avec cette générosité et cet amour que nous portons au monde. Mais aujourd’hui, la fête change de camp : nous dansons enfin au rythme de chez nous et nous voyons s’accomplir le rêve de tout un peuple.
En réalité, Ralf ne parle pas seulement de football ; il parle de notre Histoire, de notre essence profonde. Il chante l’épopée d’un peuple qui ne cesse jamais de rêver (« yon pèp ki pa janm sispann reve »).
Sous sa plume, les Grenadiers de 2026 s’imposent comme les héritiers légitimes des héros de 1974 et, au-delà, des géants de Vertières. En écrivant sur eux, Ralf ravive la flamme d’une nation qui refuse de disparaître de la scène internationale.
Nous sommes un peuple qui sait souffrir, mais nous sommes aussi les fils et filles de Dessalines. Nous croyons en l’espérance, nous croyons en cette force indomptable qui réside en nous, et les Grenadiers en sont aujourd’hui la preuve vivante sous le soleil du monde.
La double posture : le parolier au service de l’idéal collectif
Cette dimension symbolique permet également de mieux comprendre la singularité de la démarche de Ralf Dieudonné JN Mary.
Pour comprendre la force de « NOU TE JWE SAN LAKAY », il faut saisir la dualité qui habite sa plume. L’auteur ne se contente pas d’observer ; il s’implique. Sa longue pratique de la chronique textuelle et spirituelle a affiné chez lui un sens aigu du mot juste, de la métaphore qui porte et du rythme qui émeut.
En abordant le thème des Grenadiers, il opère une transition remarquable : la rigueur de l’analyste s’efface pour laisser jaillir la ferveur du parolier engagé.
Ce texte démontre que, pour Ralf, l’écriture est une arme de reconstruction massive. Son génie est de ne jamais tomber dans le piège de la rhétorique facile ou du slogan politique. Son engagement passe par l’art, par cette sensibilité de compositeur qui sait comment faire vibrer les cordes de l’âme nationale.
En célébrant l’épopée des Grenadiers, sa voix se fait l’écho de nos aspirations les plus profondes. Il utilise sa plume non pas pour masquer nos déchirures, mais pour recoudre ensemble nos morceaux d’espérance, transformant un exploit athlétique en un hymne à la dignité retrouvée.
Dès lors, le célèbre cri « Grenadye alaso » dépasse le simple slogan sportif pour devenir un véritable appel au rassemblement. Pendant plus d’un mois, il sera notre cri de ralliement ; oui, nous allons faire flotter notre bicolore encore plus haut dans le ciel pour faire connaître au monde qui nous sommes.
La plume comme boussole de la dignité
En définitive, l’hommage de Ralf Dieudonné JN Mary va bien au-delà de la simple chronique sportive. À travers « NOU TE JWE SAN LAKAY », il réussit le tour de force de transformer une qualification historique en un hymne à la renaissance nationale.
Son génie réside dans sa capacité à capter les vibrations d’un peuple qui souffre tout en lui rappelant la grandeur de sa lignée. Alors que les Grenadiers s’apprêtent à faire flotter notre bicolore sur la scène mondiale après cinquante-deux ans d’attente, la plume de Ralf, elle, s’assure que ce voyage se fasse avec dignité, honneur et conscience de notre Histoire.
Plus qu’un texte, c’est un legs ; le miroir d’une nation debout qui, sous les projecteurs du monde, s’apprête enfin à reprendre la place qui lui revient sous le soleil.
Décidément, avec sa plume, Ralf avance pas après pas vers l’atteinte de son objectif : rendre à Haïti sa fierté passée et faire de nous le symbole de la force et de la résilience de ceux qui tombent un temps et se relèvent plus forts, plus puissants.
Nou se rozo, nou ka pliye men nou pap kase.
Un peuple blessé, mais qui continue d’aimer.
Mahanaïm GEORGES
Lyric
NOU TE JWE SAN LAKAY” (Hymne pour Haïti - Coupe du Monde 2026)
Yo te di nou twò piti…
Twò pòv…
Twò brize pou nou reve.
Yo te wè dife… Yo pa t wè limyè a.
Yo te wè kriz…
Yo pa t wè pèp la.
Men nou… Nou pa janm sispann chante.
Nou pa janm sispann jwe.
Nou pa janm sispann espere.
Couplet 1
Nou grandi anba tanpèt,
Anba kout van lavi.
Avèk dlo nan je manman, Avèk doulè nan chak ri.
Nou pa t gen gwo estad lakay, Pou n tande foul la rele non nou.
Nou te jwe byen lwen tè nou, Men Ayiti te toujou nan kè nou.
Chak timoun ki t ap kouri pye atè,
Te deja pote yon rèv sou do l.
Chak drapo ble ak wouj nan lari, Se te yon pèp ki pa t vle mouri.
Pré-refrain
Nou tonbe… Men nou leve ankò.
Nou kriye… Men nou chante pi fò.
Paske lespwa pa janm mouri,
Nan kè yon pèp ki konn soufri.
Refrain
Nou te jwe san lakay…
Men lemonn pral tande vwa nou.
Nou te mache nan fènwa…
Men n ap limen syèl la pou nou.
Ayiti pa janm rann tèt,
Menm lè doulè fè nou pliye.
Paske yon jou tout timoun sa yo, Pral fè drapo nou vole.
Ohhhh…
Leve drapo a pi wo…
Pi wo…
Pou tout moun ki pèdi espwa yo.
Ohhhh…
Nou pa t janm sispann kwè…
E jodi a lemonn antye Ap chante avèk nou.
Couplet 2
Pou chak manman ki priye an silans, Pou chak papa ki pa t gen anyen.
Pou chak jèn ki kite peyi a, Men ki toujou pote l nan men.
Pou chak rèv tranbleman te kraze, Pou chak lavi kriz te vale.
Nou pran doulè nou fè mizik, Nou pran lapenn nou fè l vole.
Yo pa konnen fòs yon pèp Ki toujou kanpe apre lagè.
Nou se pitit Dessalines, Nou aprann mache nan dezè.
Et si le monde regardait enfin Les peuples qu’on oublie souvent ?
Et si demain appartenait aussi À ceux qui n’avaient presque rien ? *
Nou pa mande pitye… Nou mande plas nou.
Nou pa mande mirak… Nou vin pran limyè nou.
Paske foutbòl se pa sèlman Pou gwo peyi ki rich.
Li fèt pou tout timoun Ki gen yon rèv ki pa janm fini.
Grand Refrain
Nou te jwe san lakay…
Men kè nou te toujou lakay nou.
Nou te viv anba lapli…
Men dife a te toujou nan nou.
Ayiti leve kanpe,
Pou montre lemonn kiyès nou ye.
Yon pèp blese… Men yon pèp ki pa janm sispann renmen.
Ohhhh…
Leve drapo a pi wo…
Pi wo…
Pou tout pèp ki janm abandone.
Ohhhh…
Menm lè tout pòt te fèmen…
Nou kontinye reve…
Nou kontinye chante…
E jodi a… Le monde entier Chante Ayiti… Si nou rive la… Se pa paske chemen an te fasil.
Se paske menm nan lannwit… Nou te kontinye wè demen.
Pou tout timoun ki pa gen estad…
Pou tout pèp yo bliye…
Pou tout moun yo te di “ou pap janm rive”…
Chante avèk nou. Ayiti… Nou la toujou.
Composition musicale de Ralf Dieudonné Jn Mary, interprétée par Sam Ulysse, Yvens Jeantau, Floise Pierre Adam et Loubency Salomon.
