Sonson Pipirit-Profil d’un homme du peuple déclaré chef de gang, est un titre qui sonne bien dans une conjoncture ou des chefs de gangs ont une grande audience publique. L’accès aux réseaux sociaux à travers You Tube et Tik tok ont davantage renforcé leur prestation spectaculaire. Ce n’est pas une nouvelle surprenante. Car Sonson Pipirit qui, dans son parcours, a toujours fait montre d’opportunisme et est prêt à toute association perverse pour se tirer d’affaires. Gary VICTOR s’est toujours dirigé vers le cap qui l’aide à capter les us et coutumes du peuple haïtien et les utilise comme un fonds inépuisable dans ses écrits. Gary s’accorde de plus en plus aux styles de nouvelles et de lodyans pour mieux pénétrer ses lecteurs et lectrices pour une lecture fluide et captivante.
A présent,il convient de situer ce dernier ouvrage de Gary VICTOR. Nous avons évoqué le titre et le limitons au fait d’actualité.Les notes de lecture pourraient nous indiquer éventuellement une compréhension sociale voire une considération sémantique de ce titre.
“ Sonson Pipirit-Profil d’un homme du peuple déclaré chef de gang”, paru dans les Editions C3 (2026) s’est rangé dans le style de Lodyans.Ce style a une large présence dans la production littéraire en Haïti. Il a influencé les pionniers comme Justin Lhérisson (1873-1907) et Fernand Hibbert (1873-1928) que les contemporains (Jacques Stephen Alexis (1922-1961) et Jacques Roumain(1907-1944), René Dépestre (1926), Maurice Sixto(1919-1984) , Franck Etienne(1936-2025) et Georges Anglade(1944-2010). Le Lodyans attribué à l’oralité une place déterminante dans la littérature haïtienne si nous voulons nous inscrire dans la perspective de Georges Anglade . Le Lodyans se réfère à l’oraliture locale et oriente une critique sociale voilée d’humour dans des détours qui renvoient à un réel merveilleux dont a parlé Jacques Stephen Alexis (1956) en s’inspirant du romancier cubain Alejo Carpenter.En effet, les lecteurs et lectices pourront se sentir envouter dans leur immersion à la lecture d’une production littéraire associée au style Lodyans que Gary VICTOR coninue à leur offrir.
Gary garde la même marquette typique du personnage recouvert des ailes et de plumage mais a ajouté le port d’un fusil de guerre pour une illustration de gang. Les lecteurs et lectrices devront parcourir 145 pages de lecture après avoir pris connaissance de la quatrième de couverture. En effet, cette partie est un résumé succint qui fait état de la domination de Port-au-Prince par la fédération de gangs tout en évoquant la résistance du seul quartier de Makandal-Ce quartier est un prête-nom à ne pas confondre avec la Rue Mackandal à Carrefour- Feuilles qui est sous l’emprise des gangs-Sonson Pipirit alors chef de gang s’offusque quand on le traite tel quel-nous disons “ala gamèz, chalmàs ala kote gen koze papa “ pour reprendre lodyanseur Maurice Sixto. Ce qui est une ambivalence chez ce personnage. 20 séquences de Lodyans nous sont rapportées.Sans les détailler,nous tenons à vous identifier lesquelles séquences tout en vous invitant à les lire vous-mêmes.
Voici les lodyans en question: Trois zombis pour l’ambassadeur; Fouille et trouille! Le kout tèt de Sonson Pipirit;Terres rares;Extrait de l’opéra Lucia di Lammermoor de Domizeti sur un toit du ghetto de Makandal; la troublante mésaventure du pasteur O’Hara; Fiesta et immigration; kidnapping vire lòlòj; le nouveau choc Sonson Pipirit-Albert Buron; de mò! cinquième conversation de Sonson Pipirit avec Azimbidim Orikal; septième conversation de Sonson Pipirit avec Azimbidim Orikal; Huitième conversation de Sonson Pipirit avec Azimbidim Orikal;Erectus Maison d’affaires d’après une idée originale de Holandi Desrosiers; Drone et apogée de Sonson Pipirit; Chute et fin de Sonson Pipirit; Albert Buron:crimes et châtiment.
Gary ne manque pas pour confronter raisonnement et assentiment;science et croyances populaires, entre autres.L’abêtissement et le besoin de pouvoir n’ont pas de prix.Le sexe est réputé un point fort dans les écrits de Gary.Il est une source de marchandage et de cooptation en contrepartie du plaisir insatiable comme fut le cas de l’ambassadrice qui a joui durant trois jours dans ses ébats séxuels avec le chef de gang.Il faudrait lire la partie “Extrait de l’opéra Lucia di Lammermoor de Domizeti sur un toit du ghetto de Makandal” pour voir combien le sexe est un instrument de négociation et de cooptation dans la bêtise. L’actualité est au rendez-vous comme la référence aux “terres rares” qui sont la convoitise des grandes puissances capitalistes. Le Lodyans, par sa portée d’analyse sociale voilée d’humour, a évoqué “les terres rares” que nous possédons au cimetière en Haïti comme richesses pour leur importance mystique.I l suffit d’une cuillérée de terre rare au cimetière pour se doter de capacités extraordinaires et s’acquérir de richesses.
Le check point des policiers ne servent pas si l’on tient compte de l’affaire de “trois zombis” invisibles, dans “Fouille et trouille”, descendus d’un véhicule lors de ce Check point-Chalmàs ala kote gen koze papa!La démystification du faux -semblant (foulày) dans la gestion des drônes est un aspect préocupant du Lodyans à voir “Drône et apogée de Sonson Pipirit”
“Le kout tèt de Sonson Pipirit”, cette partie renseigne sur la concurrence entre chefs de gangs en utilisant les maléfices . C’était le cas de Zarenyen, chef de gang voisin de Makandal qui avait confié la mission de prélever les cheveux de Sonson Pipirit chez son coiffeur, à partir des poubelles sans doute.
Le Lodyans ne se démarque pas du vodou comme toile de fond des écrits de Gary.Quelques fois, il s’agit de sacrilèges et de crimes qui ne sont que de dérives.
Le cas de Tatie nous interpelle dans le débat opposant science et superstition dans lequel la communication joue un rôle central. En effet, cette dame qui travaille dans des champs de tomates à Floride souffre de fortes migraines, revenue des EtatsUnis pour consulter un bòkò par l’entremise de Sonson Pipirit,chef de gang du quartier de Makandal.Ignace Nau vient toujours avec ses mots d’esprit pour faire la part des choses mais traité de “save” qui est sorti de la réalité haïtienne et delà du réel merveilleux.Ignace Nau se demanda s’il ne s’agit pas du mot anglais “tumour” pour dire “tumeur” compris par Tatie dans le sens de “ two” puis “mour”.Ce biais aurait renvoyé à l’interprétation de “de mò” et cela a motivé Tatie à venir consulter le Bòkò.
Gary de laisse pas de côté ses penchants pour la psychanalyse de Freud pour ce qui concerne des notions d’ambivalence et du sexe comme catégories dominantes .Albert Camus lui aurait aussi inspiré le choix de l’expression de ” la chute".
Je vous laisse sur votre soif car je n’avais pas la prétention de vous développer tout l’ouvrage sinon vous inviter à le savourer insatiablement vous-mêmes. Félicitations à l’auteur.
