La Chine «submergée» face à une vague de contaminations au Covid-19

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Après avoir mis fin brutalement à sa politique zéro Covid début décembre, la Chine fait face à un pic des contaminations au Covid-19. Si la fin du dépistage systématique rend impossible de savoir exactement le nombre de personnes infectées, les témoignages se multiplient faisant part d'hôpitaux sous tension et de crématoriums débordés. 

 

"Maintenant, j'ai de la fièvre", "Au troisième jour de mon retour au bureau, je suis positive au Covid-19" : depuis l'abandon soudain de la politique zéro Covid en Chine, le 7 décembre, des milliers de témoignages comme ceux-ci abondent sur les réseaux sociaux, souvent accompagnés de photos d'autotests positifs. Avec une population peu immunisée et une vaccination limitée parmi les personnes vulnérables, laisser le contagieux variant Omicron circuler librement a entraîné une vague de contaminations massives dans tout le pays.

 

 

Alors qu'il y a encore quelques semaines, la découverte d'une poignée de cas de Covid-19 entraînait le confinement de quartiers voire de villes entières, aujourd'hui, il est cependant impossible d'avoir une vue précise de l'ampleur de la situation. En décidant "d'apprendre à vivre avec le virus", les autorités ont aussi mis fin aux dépistages obligatoires auxquels devait jusqu'alors s'adonner la population tous les deux ou trois jours. Plus aucune donnée fiable n'est donc disponible. 

 

Pékin particulièrement touchée

 

Mais la capitale, Pékin, et ses 22 millions d'habitants, semble particulièrement touchée par ce pic de contaminations. Dès le 14 décembre, la vice-Première ministre Sun Chunlan avouait que les infections y "augmentaient rapidement". Au même moment, certaines entreprises faisaient état de 90 % de leur personnel "indisposé". Selon un sondage auprès de 3 000 expatriés à Pékin, publié le 15 décembre par la revue The Beijinger et relayé par Le Monde, 9 % des personnes interrogées ont eu le Covid-19 avant le 1er décembre, 58 % depuis cette date et seuls 33 % ne l'ont pas attrapé. Des chiffres "plausibles", selon le quotidien.

 

Les autres métropoles du pays ne semblent pas épargnées. Preuve en est, à Shanghai et Canton, les autorités locales ont annoncé que toutes les écoles de la ville passeraient de nouveau en enseignement à distance à partir de lundi, allant à contre-courant des directives nationales. 

Et cette détérioration de la situation fait naître un paradoxe : après des semaines de protestation contre les confinements à répétition, certains habitants préfèrent désormais rester chez eux par crainte d'être contaminés. À Canton, à Chengdu ou encore à Wuhan, les rues sont ainsi quasi désertes. "On a une liberté de mouvement désormais", félicitait auprès de l'AFP un octogénaire, se disant "pas très inquiet" du variant Omicron, avant d'ajouter : "Mais il ne faut pas trop assouplir et donner trop de liberté tout de suite. Parce que si tu meurs, où est la liberté, pas vrai ?"

Shanghai is turning into the Ghost Town Beijing has already been for a week. Everybody seems either sick or staying in to avoid Covid.

 

Un autre signe illustre l'état moral de la population, partagée entre soulagement et inquiétude. Les ventes d'autotests ont explosé en pharmacie mais aussi ceux de médicaments contre la fièvre, le rhume et même les remèdes traditionnels. Une volonté de faire un stock en prévention pour les uns, de quoi se soigner, pour les autres. 

 

 La fin du "zéro Covid" en Chine, une aubaine pour la médecine traditionnelle

 

Chine/Covid: face à la pénurie de médicaments, un mouvement de solidarité s’organise sur les réseaux. « Il faut 4 comprimés ibuprofène pour les 2 jours où vous êtes le + fébrile. On peut partager les boites de 24 à 6 », disent les Pékinois solidaires.

 

Les craintes grandissent surtout concernant les personnes âgées, faiblement vaccinées et donc particulièrement vulnérables. Plusieurs maisons de retraite à travers le pays ont ainsi annoncé se couper progressivement du monde extérieur, faisant dormir leur personnel sur place et ne laissant entrer que nourritures et marchandises, pour protéger leurs patients.

 

Des hôpitaux saturés

 

Dans certains hôpitaux, des médecins alertent par ailleurs sur une situation qui devient "incontrôlable". "Notre hôpital est submergé de patients. Il y a 700 à 800 personnes fiévreuses qui arrivent chaque jour", témoigne auprès de Reuters, Li, un médecin d'un hôpital de la province du Sichuan. "Nous sommes à court de médicaments pour la fièvre et le rhume, nous attendons une livraison de nos fournisseurs. Quelques infirmières ont été testées positives. Il n'y a pas de mesures de protection spéciales pour le personnel hospitalier."

 

"J'ai été submergée par près de 200 patients présentant les symptômes du Covid-19 la nuit dernière, abondait de son côté une infirmière d'un hôpital de Chengdu. 

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses photos et vidéos montrent ainsi des files d'attente de plusieurs heures avant de pouvoir se faire soigner tandis que dans plusieurs établissements, les opérations non urgentes ont dû être annulées.

"Nous travaillons 24 heures par jour"

Des crématoriums, eux aussi, paraissent saturés. Dans le plus grand de Pékin, à Babaoshan, "nous travaillons 24 heures par jour. Nous n'arrivons pas à suivre", témoigne auprès du Wall Street Journal une employée sous couvert d'anonymat, estimant qu'environ 200 corps arrivent chaque jour, contre une trentaine habituellement. 

 

 

Une situation similaire à d'autres villes du pays. "Évidemment que nous sommes occupés, quel endroit ne l'est pas en ce moment ?", a feint de s'interroger un employé d'un crématorium à Baoding, proche de Pékin. À Chongqing, à 1 300 km de là, une municipalité-province qui compte plus de 30 millions d'habitants, un autre établissement a affirmé à l'AFP ne plus avoir de place pour conserver les corps. Leur nombre ces derniers jours est "beaucoup plus important qu'avant", a-t-il indiqué, sans toutefois imputer clairement cette hausse à une propagation du Covid-19.

 

Les autorités maintiennent le cap

 

La Chine semble ainsi payer l'immunité faible de sa population : peu d'habitants ont déjà eu le Covid-19 depuis le début de la pandémie, seuls 40 % des plus de 80 ans sont totalement vaccinés et l'efficacité des vaccins administrés - 100 % chinois - sont soumis à interrogations.

Mais les autorités chinoises maintiennent le cap de leur nouvelle politique sanitaire. Officiellement, elles n'ont dénombré que six décès liés au Covid-19 depuis début décembre et la levée des restrictions sanitaires. Un faible chiffre, qui s'explique, avant tout, par un changement de méthodologie pour recenser les cas. Les autorités chinoises ont en effet annoncé mardi 21 décembre que, désormais, seules les personnes décédées directement d'une insuffisance respiratoire liée au Covid-19 seraient comptabilisées dans les statistiques. 

 

 

Ce changement signifie que de "très nombreux décès ne seront pas répertoriés" comme étant dus au Covid, déplore auprès de l'AFP Leong Hoe Nam, un expert en maladies infectieuses basé à Singapour. "Difficile de dire que cela n'est pas motivé par des considérations politiques", ajoute l'expert de santé Yanzhong Huang, du Conseil sur les relations internationales, un groupe de réflexion américain.

 

De son côté, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui, dans un premier temps, s'était félicitée de la fin de la politique du zéro Covid en Chine, fait désormais volte-face. "L'OMS est très inquiète de l'évolution de la situation en Chine", a reconnu, mercredi, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l'institution. Selon les projections de l'Institute of Health Metrics and Evaluation (IHME), institut de statistique sur la santé publique basé aux États-Unis, la levée des restrictions sanitaires pourrait se traduire par la mort de plus d'un million de personnes en 2023. 

France 24

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