Plus que les dons étrangers ou les investissements publics, les transferts de la diaspora haïtienne vers le pays se sont imposés comme la principale source de financement de l’économie nationale. Si les chiffres de la Banque centrale d’Haïti font état de plus de 5 milliards de dollars en 2025, le Département de la Sécurité intérieure (DHS) avance pour sa part un montant de 6,1 milliards, expliquant que les fonds américains ne devraient pas servir à subventionner des économies étrangères. À ce titre, l’institution affirme vouloir mettre fin à ce qu’elle considère comme une dérive.
Selon les données publiées par le DHS, environ 20 % des transferts des migrants haïtiens vivant aux États-Unis contribueraient directement à l’économie locale. De son côté, l’économiste Enomy Germain, lors d’une récente intervention dans l’émission Econo Plus a déclaré que les transferts de la diaspora ont augmenté de 60 % entre 2018 et 2025.
Historiquement, cette période correspond à un marasme inédit de l’économie haïtienne, marqué par des troubles politiques et sécuritaires, ainsi que par sept années consécutives de croissance négative. Dans ce contexte, l’économiste souligne que les envois de fonds de la diaspora ont ainsi été constitués comme seul pilier ayant soutenu l’économie, alors que selon lui, les acteurs nationaux détruisent les richesses du pays par l'insécurité provoquée, les troubles politiques et sociaux.
« En 2018, les transferts vers Haïti étaient évalués à environ 3,1 milliards de dollars américains ; en 2019, ils sont passés à 3,3 milliards. En 2020, une baisse a été enregistrée, principalement liée à l’épidémie de coronavirus, pour atteindre 2,9 milliards. En 2021, un rebond a été observé avec 4,4 milliards ; en 2022, 3,4 milliards ; en 2023, 3,2 milliards ; en 2024, 4,1 milliards ; et en 2025, le montant a atteint 5 milliards. Parallèlement, ces fonds servent à la consommation des ménages, à l’éducation, à la construction, aux soins de santé, entre autres. »
L’économiste Reginald Surin a également réagi. Dans une publication sur sa page Facebook, il affirme que le gouvernement américain entend utiliser ces chiffres comme un instrument politique dans un contexte tendu, notamment en lien avec le durcissement de la politique migratoire de l’administration actuelle à l’égard de plusieurs pays de la région et d’Afrique, dont les ressortissants figurent parmi les plus nombreux en situation irrégulière sur le territoire américain.
« Les débats migratoires exigent rigueur et responsabilité. Les données de la Banque mondiale et de la Banque de la République d’Haïti situent les transferts annuels vers Haïti autour de 4,1 milliards de dollars, et non 6,1. Les bénéficiaires haïtiens du TPS aux États-Unis génèrent plus de 11 milliards de dollars de revenus par an et contribuent à hauteur de près de 5 milliards de dollars en impôts et cotisations. Les quelque 120 000 Haïtiens admis sous le programme humanitaire de 2023 sont autorisés à travailler légalement et participent eux aussi à l’assiette fiscale américaine. Ces chiffres sont publics. Ils méritent d’être cités avec exactitude, sans amplification ni réduction stratégique », a soutenu l’économiste, appelant le Département de la Sécurité intérieure à traiter ce dossier avec responsabilité.
Plus loin, M. Surin souligne le caractère sensible de la question et estime que le travail des migrants doit être reconnu à sa juste valeur. Il évoque une urgence dans le traitement du dossier et plaide pour que la communauté haïtienne cesse d’être instrumentalisée, notamment à travers l’utilisation de chiffres imprécis comme levier émotionnel.
À travers ses analyses, Enomy Germain estime que les fonds de la diaspora sont souvent mal utilisés une fois arrivés en Haïti, notamment lorsque plus de 30 % de ces transferts repartent vers l’étranger pour l’achat de produits importés. Selon lui, l’économie haïtienne ne peut être qualifiée de dynamique ; quand les transferts de la diaspora joueraient un rôle aussi central, comparativement aux investissements étrangers, aux exportations et à d’autres secteurs susceptibles de générer d’importantes entrées de devises.
Quant au gouvernement américain, il envisagerait déjà des mesures visant à contraindre la diaspora haïtienne à limiter ces flux financiers vers Haïti. D’après le DHS, sous l’administration de Joe Biden, 6 % des Haïtiens présents sur le territoire américain seraient entrés illégalement. L’institution rappelle que les ressources du pays doivent prioritairement servir à la sécurité et à la prospérité du peuple américain.
Oberde Charles
