Des milliers de femmes qui composent la clientèle des principales institutions financières en Haïti, espèrent et attendent toujours une amélioration dans la qualité des services et des produits, malgré les investissements et les efforts consentis au cours des quarante dernières années. En 2026, elles sont une fois de plus à l'honneur à travers de nombreux supports de communication et des médias sociaux en particulier Facebook, notre principal espace d'exploration de cette thématique.
Dans quel sens évoluent ces stratégies de communications portees par chacune des banques ou institutions financières publiques et privées autour de la femme en Haïti ? Quelles sont les véritables places, opportunités et limites des filles et des femmes haïtiennes dans l'actuel écosystème économique et financier, technologique et numérique ? Comment la date du 8 mars est commémorée à l'interne au sein de ces institutions ? Quelles sont les principales revendications silencieuses ou attentes persistantes autour de la problématique de genre dans l'économie haïtienne ?
Les banques et les femmes en Haïti: regard critique ou esthétique ?
De la contribution des femmes au sein du personnel des banques, en passant par les rares profils retenus dans certains conseils d’administration, sans oublier les autres femmes cadres senior belles et bien présentes, visibles ou effacées, retraitées ou actives dans les coulisses ou les couloirs, dans des postes stratégiques, quelles sont les principales valeurs ajoutées ou limites des femmes dans l'économie haïtienne ? Retour sur la commémoration de la journée internationale des droits des femmes par les principales banques sur les médias sociaux, le 8 mars 2026 ?
Devenue une tradition, et pourquoi pas une obligation, un devoir de porter une communication sélective, une stratégie de célébration ou de commémoration de l’un des acteurs les plus influents de la société, majoritaire selon certaines statistiques. Chaque banque tente de porter un message original, une affiche attractive, un discours politique, symbolique ou poétique autour de la femme, comme personnage central. Quels sont les similitudes, les contrastes, les convergences, les illusions et les limites de ces campagnes ? Comment les banques et institutions financières participent-elles de façon active dans la promotion des droits des femmes ?
Les trois femmes témoins et actrices des 40 ans de la Sogebank !
Dans les semaines qui précèdent la commémoration de ses quarante ans, le groupe Sogebank propose le message suivant: « La Sogebank honore toutes les femmes d'Haïti en cette Journée Internationale des Droits de la Femme. Vous êtes les piliers de notre nation ». Cette littérature est accompagnée d’une belle affiche influencée par la couleur bleue, symbole sacré de l’institution qui dispose du plus beau concept architectural sur la route de Delmas.
Des nuages et des ombres participent dans la représentation du temps, de l'expérience, ou encore de l’expertise accumulée par cette banque au cours des quatre dernières décennies: avril 1986-2026. Se rencontrent dans le même décor, trois représentation ou générations de femmes (fillette, adolescente ou jeune femme, femme aux cheveux gris). La Sogebank expose une somptueuse esthétique des femmes, qui observent dans plusieurs directions, tout en étant entourées des feuilles symbolisant à première vue la fertilité entre l'économie et la société en question.
La BNC met à l'honneur trois femmes professionnelles !
Des femmes professionnelles à l'honneur, portent l'étendard de la Banque nationale de Crédit (BNC) cette année, pour marquer la journée mondiale des droits des femmes en 2026. L'affiche est dominée par un fond rose et rouge, avec des fleurs qui entourent les trois femmes, dont celle du milieu rappelle le métier de santé, ou la santé de l'institution. On peut lire le message suivant : « E guise de reconnaissance aux contributions sociales, culturelles et politiques des femmes à travers le monde, célébrons la journée internationale des droits des femmes ! »
Des sourires rayonnants sont partagés par ces trois femmes exposent, exportent et expriment la joie, la gaieté et la fertilité de l’institution qui affiche son logo et slogan : « L’experience au service de toutes les générations ! »
La Unibank recrute six femmes pour marquer le 8 mars !
D’un ton plus sombre, moins éclatant, la Unibank expose les femmes à l'ombre du 8 mars. Une facon pour marquer cette date phare, tout en rappelant le contexte difficile dans laquelle évoluent nos femmes dans le pays, tout en gardant leur jeunesse, leur beauté, leur sourire et courage. Le message est clair : « Cette année, le thème de la Journée internationale des droits de la femme est : « Droits, justice, action : pour toutes les femmes et les filles ». Un rappel de l’importance de défendre les droits et l’égalité des opportunités pour toutes ».
Dans cette affiche 2026 signée Unibank, ces six femmes retenues illustrent les différentes générations et les couches sociales d'ici ou d'ailleurs. Leurs regards et leurs expressions rassurent et projettent un avenir serein, rempli de bien-être, de sympathie. Ici la date 8 mars ne se limite pas uniquement aux femmes haïtiennes, elle est mosaïque, et prend en compte celles qui évoluent dans la diaspora entre autres.
Capital Bank célèbre les femmes par un défilé de mots !
Des mots pour célébrer la femme. Plus qu’une simple affiche figée. Capital Bank a pris le soin de rappeler dans les deux langues officielles du pays : « Aujourd’hui, nous partageons vos mots pour les femmes qui vous inspirent. Chaque mot reflète un exemple de courage, de force, de passion. Ann kontinye kore fanm vanyan sa yo ».
Dans l’espace symbolique du chiffre 8, Capital Bank persiste et signe : « Yon sèl mo paka defini fanm », avant d'étaler son artillerie lexicale autant symbolique et sociologique (en français et en créole) à travers les concepts suivants : « Poto Mitan, Limyè, Konpreyansyon, Sakrifis, Lavi, Constance, Lionne, Lanmou, Konbatan, Devosyon, Wozo, Travail, Rezilyans, Kouraj, Spécial ». Une belle opération de séduction pour rappeler les multiples dimensions de la place des femmes, autour des couleurs rouge, rose et blanc qui accompagnent le logo de Capital Bank.
Groupe Profin mise sur quatre femmes pour marquer le 8 mars !
Dans la communication portée par l’institution financière Groupe Profin, un acteur de plus en plus actif dans la finance en Haïti, pour marquer le 8 mars 2026, on retient le discours qui suit: « En cette Journée internationale des droits de la femme, nous célébrons la force, la détermination et l'impact de toutes ces femmes qui transforment notre société. Hommage à ces bâtisseuses de générations dont l’excellence trace la voie pour demain ».
Des femmes au teint afro-descendant exposent leurs sourires pour marquer leurs droits acquis et les accomplissements certains, en parallèle, de l’institution. Dans cette graphique avec le nombre huit au centre, trois jeunes femmes s'alignent, pendant qu'une autre femme du troisième âge trône, comme un signe de respect et de sagesse. Le groupe Profin s'inscrit ainsi dans cette commémoration en véhiculant le message suivant: « Célébrons la force, la résilience et les réussites des femmes du monde entier ».
La BRH invite des écoles de filles au « Global Money Week » 2026 ?
Différemment des autres banques commerciales et institutions financières présentes et retenues sur le média social Facebook, dans le cadre de cette analyse sociographie du discours et des visuels portés par ces institutions pour honorer les femmes, les reportages dans la presse et en particulier le site officiel de la Banque de la République d'Haïti, nous a permis d'apprécier le discours du gouverneur Ronald Gabriel, du 6 mars 2026, associé au lancement du « Global Money Week ».
Du 16 au 22 mars 2026, se tiendra en Haïti cette nouvelle édition, qui prévoit selon le premier des banquiers haïtiens : « des séances de formations adaptées, du 6 au 14 mars, à l’intention d’environ 200 jeunes répartis dans 22 établissements scolaires et universitaires ». Plus loin, l'économiste Ronald Gabriel précise : « Nous avons sur ce site une délégation de 5 établissements universitaires et de trois écoles secondaires avec lesquelles nous allons débuter ce vendredi notre première séance de formation sur un ensemble de thématiques d’intérêt ».
Inclusion financière en appui à l'éducation des jeunes, incluant les filles ?
Du nombre de ces établissements, au moins trois écoles de filles dans la capitale haïtienne, notamment les lycées Marie-Jeanne, et Cent-cinquantenaire (Lycée des Jeunes Filles), étaient présentes lors du lancement, en dehors des filles formées chez les sœurs. Autant rappeler que la date du 8 mars est inclus dans l’agenda de cette activité, qui prévoit d’organiser un concours de connaissances financières, baptisé « Génie Educ Fin », le 19 mars au Karibe pour tester et valoriser les notions apprises lors des séances de formation. « Des primes d’encouragement et de performance iront jusqu’à l’octroi de bourses d’études aux gagnants du concours », rapporte le discours du gouverneur Ronald Gabriel.
Dans le cadre de cette activité foncièrement éducative, la BRH se propose de former les jeunes autour des différentes thèmes suivantes telles : « La finance personnelle; l’entrepreneuriat et gestion intelligente de l’argent ; citoyenneté numérique et éducation financière ; la sécurité des billets de la Banque Centrale ».
Des femmes et des filles à l'honneur dans le système financier et bancaire en Haïti, entre commémoration et représentation, entre information et formation, entre compétition et distinction. A quand des investissements pour la construction et l'aménagement de meilleures ou de nouvelles infrastructures scolaires destinées en particulier aux filles du pays ? Une autre façon de célébrer le 8 mars, la promotion des droits des femmes entre l'éducation et l'économie, la formation et la finance.
Dominique Domerçant
