Les deux derniers décrets du président Jovenel Moise portant sur le numéro national d’identification unique et sur le nouveau Code pénal suscitent de nombreux remous dans la société. Se montrant concernée par ces décrets, la Conférence épiscopale en Haïti (CEH), à travers une note rendue publique le 3 juillet, proteste de toutes ses forces contre ces dispositifs.
Pour la Conférence épiscopale en Haïti, dans les décrets portant sur le numéro d’identification national unique et le nouveau Code pénal, des dispositions de certains articles touchent l’essence même de notre humanité, de notre culture, de notre foi et de notre société. LA CEH souligne qu’il est de la responsabilité morale et éthique de l’Exécutif de ne pas se plier aux pressions idéologiques d’où qu’elles viennent, de ne pas engager le peuple haïtien, sans le consulter, dans cette voie qui ne peut que le conduire à un effondrement encore plus catastrophique que ce que nous connaissons aujourd’hui. Les évêques croient que sur plusieurs points, ce projet de loi est une atteinte particulièrement grave à l’essence même de notre humanité, et implique les difficiles et complexes questions de la vie humaine : de la majorité sexuelle, de l’inceste, des orientations sexuelles, du changement de sexe, etc.
« Et quand c’est l’essence et la vie même d’une nation qui sont atteintes par ces décrets dont des éléments nous sont étrangers, nous sommes en droit de protester de toutes nos forces. Et de fait, nous protestons de toutes nos forces contre le projet de loi portant sur le nouveau Code pénal, proposé par le Pouvoir exécutif sans consultation ni débats préalables, sans implication des citoyens et des forces morales et spirituelles de la société haïtienne. Cela risque de saper les bases mêmes de notre démocratie déjà chancelante », soussignent une dizaine de prêtres pour la CEH, dont le Cardinal Chibly Langlois.
« Est-ce vraiment l’urgence du moment, celle de faire passer en force et dans la discrétion ce projet de loi portant sur le nouveau Code pénal, qui doit être absolument remis en cause », s’interroge la CEH, qui estime que cette manière de procéder sans peser le pour et le contre, avec empressement, sans tenir compte de l’avis d’hommes et de femmes avisés de la nation, a déjà fait preuve de faiblesse et d’incertitude de la part de nos dirigeants.
En contrepartie de ces décrets, la CEH invite le Pouvoir exécutif à se concentrer plutôt sur les vrais problèmes des Haïtiens et à chercher à les résoudre, au lieu de chercher à lui importer des valeurs étrangères et extérieures à nos bonnes traditions. « À cet effet, il est opportun de rappeler cette consigne de Socrate : la responsabilité de tout conducteur de peuple, c’est de le rendre meilleur. Tel n’est pas le cas avec ces décisions de décrets contraires à la loi et provenant d’une nouvelle mentalité impérialiste et néocolonialiste », indiquent les représentants de l’Église Catholique en Haïti qui réclame l’arrêt et le blocage de ces décisions.
Reconnaissant que le Projet de loi sur le nouveau Code pénal porte en lui-même des bouleversements considérables modifiant gravement et dangereusement les fondements de ce que notre civilisation a construit pour le respect de l’homme, de sa dignité, de sa vie, de la famille, les Évêques sollicitent du courage, de la lucidité, de la sagesse et surtout du respect de la part du Pouvoir exécutif pour ne pas imposer arbitrairement au peuple haïtien ce qui va tout simplement à l’encontre des vraies valeurs.
Woovins St Phard
