L’ancien lieutenant-général des Forces armées d’Haïti (FAD’H), ancien ministre des Affaires étrangères à deux reprises, chef de l’État au temps des crises politiques et membre de plusieurs commissions présidentielles importantes, Hérard Abraham rentre dans la légende. À l’âge de 82 ans, le Général Abraham a fait le grand voyage dans l’après-midi du 24 août 2022.
En cette triste circonstance, plusieurs personnalités et autorités du pays, notamment le Premier ministre Ariel Henry et le ministre des Affaires étrangères et des Cultes, Jean Victor Généus, ont salué la mémoire de cet homme d’État, tout en exprimant leurs sympathies aux parents et proches de ce dernier.
Derrière le départ vers le néant de chaque homme et femme d’État, c’est une page d’histoire qui tourne. En dehors des marques de sympathie et des hommages posthumes et officiels, il y aura certainement des regrets, des remords, des souvenirs et surtout des critiques qui serviront à camper ce dernier devant l’histoire.
Durant les trente dernières années, le personnage qui a beaucoup marqué l’actualité politique et diplomatique. Jusqu’avant l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moise, il allait rejoindre les membres de la commission qui travaillaient sur la nouvelle Constitution.
Des l’ouvrage de l’écrivain Pierre-Raymond Dumas : « La transition qui n’en finit pas », des passages sont consacrés à l’une des plus importantes personnalités des 40 dernières années qui dispose d’un triple parcours de militaire, d’homme politique et de diplomate, qui venait de célébrer son anniversaire le 28 juillet dernier.
Dans son parcours, on retient parallèlement que l’ancien général Hérard Abraham avait également occupé la fonction de ministre de l’Intérieur et de la Défense nationale, de président de la République et de ministre des Affaires étrangères (à deux reprises).
Difficile de parler de ce personnage politique, sans se référer à la tranche d’histoire de l’année 1988, autour des mouvements de protestation et des manifestations qui ont porté le président Avril à s’exiler. Ainsi, le général Abraham allait exercer provisoirement le pouvoir comme président du Conseil de gouvernement. Trois jours plus tard, il le remet à Ertha Pascal-Trouillot, désignée présidente de la République à titre provisoire. En janvier 1991, Abraham permet d’écraser une tentative de coup d’État de Roger Lafontant. La même année, Abraham prend sa retraite de l’armée et s’installe aux États-Unis.
Dans la foulée des mouvements de protestation « GNB » initiés contre le président Jean Bertrand Aristide en 2004, Abraham fait un discours radiodiffusé depuis la Floride appelant le président Aristide à démissionner. Après l’exil forcé de ce dernier, un nouveau gouvernement est formé, avec Gérard Latortue comme Premier ministre, qui invitera Abraham à devenir ministre de l’Intérieur de mars 2004 jusqu’au 31 janvier 2005. Et lors d’un remaniement ministériel, l’ancien général Abraham va une nouvelle fois occuper le poste de ministre des Affaires étrangères jusqu’au 9 juin 2006.
Dans un article « Hérard Abraham: au cœur du triangle militaire, politique et diplomatique ! » publié dans les colonnes du journal Le National en juillet 2018, à l’occasion du 77e anniversaire de ce personnage, pratiquement les grandes dates importantes dans la vie de ce dernier avaient été soulevées. Plus de quatre ans après, de nouveaux chapitres ont été ajoutés dans le livre de la vie de cet Haïtien multidimensionnel.
Diplomate et chef d’État, militaire et père de famille, on retiendra les souvenirs d’un personnage souvent effacé, mais très influent, qui utilise son calme, la sagesse et surtout le silence comme une véritable stratégie pour atteindre ses objectifs et défendre sa place, debout, dans l’histoire d’Haïti.
Dans l’attente de voir publier un jour sa biographie, on espère que les FAD’H, la Présidence d’Haïti ou la diplomatie haïtienne pensent à un musée pour camper les mémoires des plus hauts dignitaires de l’État, ou d’une galerie des chanceliers reconstituée pour rendre hommage aux grands serviteurs de l’État.
Il était une fois, le Général Hérard Abraham.
Dominique Domerçant
