Lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi 11 décembre 2025 à Pétion-Ville, le Rassemblement Citoyen, une structure regroupant plusieurs organisations de la société civile dont Démarches Citoyennes (DC), Asosyasyon pou Yon Lòt Ayiti (APYLA), Initiatives Citoyennes pour la Sécurité et la Paix (ICISP), Konbit Sitwayen Konsène (KOSIKO) et Éveil Grand Sud (EGS), a présenté son positionnement sur la crise haïtienne. Cette démarche est le fruit d’une concertation avec différents mouvements et initiatives citoyennes engagés dans la refondation nationale.
Ces organisations soulignent que le pays traverse une crise multiforme depuis plusieurs décennies, aggravée au cours des cinq dernières années par une détérioration sans précédent de la situation sécuritaire. Cette réalité appelle à une réflexion profonde et à l’intervention urgente de tous les secteurs, particulièrement la société civile haïtienne.
Dans ce contexte, le Rassemblement Citoyen a officiellement présenté ses propositions pour une transition haïtienne authentique et souveraine, portée par des citoyennes et citoyens déterminés à contribuer à la reconstruction nationale. Selon le groupe, les choix politiques, institutionnels et sociaux qui seront faits dans les mois à venir détermineront l’avenir du pays, d’où la nécessité d'agir avec transparence et responsabilité.
La porte-parole de la structure, Mme Ginette P. Mathurin, a expliqué que cette initiative résulte du travail conjoint de plusieurs organisations désireuses de proposer une solution claire pour stabiliser le pays et parvenir à un consensus haïtien en vue d’établir un gouvernement issu d’une conférence nationale.
Concernant les transitions politiques, la société civile estime qu’une véritable justification s’impose, rappelant que depuis 1986, les transitions successives et les interventions internationales ont échoué.
« Le pays traverse une crise sans précédent. La formation du Conseil présidentiel de transition était une erreur. Il ne pouvait pas rester au pouvoir après le 7 février, car il n’a pas respecté l’accord du 3 avril 2024. Les engagements relatifs au rétablissement de la sécurité, à l’organisation des élections, à la réforme constitutionnelle et à la tenue d’une conférence nationale n’ont pas été respectés. Au contraire, la situation s’est aggravée », a déclaré Mme Mathurin.
Le document souligne qu’au niveau sécuritaire, trois départements sont sous le contrôle d’hommes armés, et la crise a provoqué 1,3 million de déplacés internes, un record alarmant.
La structure propose une transition dont la mission serait de rassembler toutes les couches de la société haïtienne et de rétablir l’autorité de l’État. Dans cette optique, elle suggère la mise en place d’un gouvernement accompagné d’un Conseil des Sages composé de 15 membres, chargé notamment de : Mettre en place le gouvernement de transition, du Président jusqu’aux autorités locales. Surveiller et valider les actions gouvernementales conformément à une feuille de route définie. Formuler des recommandations au Président concernant le remplacement d’un ou plusieurs membres du gouvernement. Consulter les secteurs concernés en cas de démission ou d’empêchement d’un ministre.
Pour sa part, Charlot Murat, coordonnateur de l’Éveil Grand Sud, a rappelé que près de 2 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, une situation jamais vue dans l’histoire récente d’Haïti.
« Les Haïtiens sont éparpillés partout dans le monde pour tenter de survivre. Cela montre clairement que le pays fait face à un problème existentiel profond », a-t-il déclaré.
Il affirme qu’aucune structure ne peut prétendre détenir seule la solution à la crise. « À travers nos assemblées régionales, nous avons documenté la crise et constaté que le pays n’est pas sur la bonne voie. Le gouvernement a échoué politiquement, économiquement et socialement ; tout s’effondre », a-t-il ajouté.
M. Murat souligne que le gouvernement semble concentré uniquement sur la région métropolitaine. « Toutes les décisions sont prises depuis Port-au-Prince, alors que les régions meurent en silence. Elles n’ont jamais eu la parole. Il est temps que cela change », a-t-il insisté.
Le Rassemblement Citoyen propose ainsi la formation d’un Conseil des Sages véritablement représentatif, comprenant des organisations locales associations de femmes, de paysans, de jeunes, universitaires, défenseurs des droits humains, agriculteurs dans chaque département.
De son côté, Me Nathalie Wakam Cyprien a abordé les limites du modèle de gouvernance bicéphale qui, selon elle, génère constamment des conflits sans apporter de réponses concrètes aux citoyens. Elle plaide dans le document pour un système avec un seul président et une réduction du nombre de ministères afin de favoriser une gouvernance plus efficace.
Yasmine Sanon
