La Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) a organisé ce jeudi 11 décembre, une cérémonie officielle à Pétion-Ville, afin de présenter son rapport intitulé « Finances publiques en Haïti: Diagnostic des quinze dernières années, enseignements et pistes pour l’action ». À cette occasion, le président de la CSCCA, Me Rogavil Boisguéné, a dévoilé le rôle crucial de la gouvernance dans l’orientation stratégique des politiques publiques et la gestion responsable des ressources de l’État.
Ce rapport, couvrant la période de 2009 à 2024, constitue une première dans l’histoire de l’institution. Il s’inscrit dans une volonté affirmée de moderniser la gestion des finances publiques. Alors que des avancées normatives aient été enregistrées notamment l’adoption de nouvelles lois de finances, les résultats concrets demeurent en deçà des attentes, en raison principalement de la lenteur dans la mise en œuvre des réformes.
Le président de la CSCCA, Me Rogavil Boisguéné a également souligné la persistance de fragilités structurelles qui continuent de miner les finances publiques haïtiennes, malgré une consolidation progressive de l’architecture juridique. Selon lui, les enseignements tirés de ces quinze années ont permis d’identifier dix leçons clés et autant de pistes d’action prioritaires pour restaurer la discipline budgétaire et renforcer la confiance du public.
Parmi les réformes notables figurent la stratégie de réforme des finances publiques adoptée en 2014, ainsi que la loi de 2016 venue remplacer le décret de 2005 sur l’élaboration et l’exécution des lois de finances. Toutefois, les effets escomptés tardent à se matérialiser, freinés par des retards persistants dans l’application des mesures prévues.
Le rapport met en exergue les vulnérabilités persistantes du système financier public, qui entravent les progrès dans des domaines clés tels que la mobilisation des ressources, l’équilibre des dépenses, la soutenabilité budgétaire, l’efficacité de l’action publique et la transparence. En somme, malgré des avancées juridiques, la concrétisation des réformes reste largement incomplète, d’où l’urgence de tirer les leçons du passé pour mieux orienter l’avenir.
Parallèlement, le conseiller Saint Juste Momprevil a analysé l’évolution des finances publiques et de l’économie haïtienne sur la même période, en mobilisant diverses méthodologies d’analyse. L’étude vise notamment à évaluer la soutenabilité budgétaire, l’efficacité des dépenses publiques et la mise en œuvre des réformes.
Les conclusions économiques, qui influencent directement les finances publiques, montrent que l'économie haïtienne a connu une croissance moyenne annuelle très faible de 0,07 % sur cette période. L'économie a été marquée par une stagnation structurelle de ses trois grands secteurs d'activité.
Par ailleurs, l’économie haïtienne a été frappée par une inflation galopante, atteignant 38,7 % en 2021. Dans le même temps, la gourde a perdu environ 228 % de sa valeur, accentuant les déséquilibres macroéconomiques.
Ces indicateurs traduisent une détérioration profonde de l’économie nationale, confrontée à des défis structurels majeurs depuis 2018, et qui pèsent lourdement sur les perspectives d’assainissement et de redressement des finances publiques.
Likenton Joseph
