Encore plus que les années précédentes, Haïti a connu une année 2025 secouée par diverses crises, dont l’insécurité. Entre territoires perdus dans divers départements, morts et enlèvements, le bilan de cette année sur le plan sécuritaire est accablant.
Le département de l’Ouest demeure l’épicentre de la violence. La zone métropolitaine de Port-au-Prince est largement sous l’influence de groupes armés qui orchestrent des attaques répétées contre la population dans des quartiers comme Cité Soleil, Carrefour, Martissant, Tabarre et Kenscoff. Selon des rapports humanitaires, plus de 70 % des incidents violents enregistrés dans le pays en 2025 ont eu lieu dans l’Ouest, tandis que près de 90 % de la capitale serait sous le contrôle ou l’influence de gangs. Cette situation a entraîné la fermeture de plus de 60 % des structures de santé et provoqué la fuite de centaines de milliers de personnes.
Entre le 27 janvier et le 27 mars 2025, au moins 262 personnes ont été tuées dans des attaques menées par des gangs armés visant à étendre leur contrôle territorial à Kenscoff et dans certaines zones proches de Carrefour. Parmi ces victimes figurent 115 civils et 147 membres de gangs. Au moins 66 personnes ont été blessées, civils et membres armés confondus. Huit membres des forces de sécurité ont été tués ou blessés dans les affrontements. Cette période représente le pic des violences enregistrées par les Nations unies, avec une brutalité extrême incluant des exécutions sommaires et des tirs sur des civils.
Ces attaques armées n’ont fait qu’aggraver la situation déjà fragile du pays, augmentant ainsi le nombre de déplacés internes. Parmi les personnes déplacées en 2025, environ 300 000 se trouvaient dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Mais, les effets de l’insécurité grandissante ne se limitent pas à cette zone. En effet, les attaques ont continué à s’étendre aux zones rurales de l’Artibonite, souvent le long des routes principales, visant à contrôler les déplacements. Environ 46 % des enlèvements recensés dans l’ensemble du pays se sont produits dans l’Artibonite.
Entre le 3 octobre 2024 et le 30 juin 2025, à Pont-Sondé, au moins 1 018 personnes ont été tuées dans l’Artibonite et le Centre combinés, et 620 personnes ont été enlevées sur ce corridor, ce qui inclut la majorité des cas enregistrés en Artibonite. Une attaque armée dans la commune de La Chapelle, dans le département de l’Artibonite, le 22 juin 2025, a forcé 8 890 personnes à fuir leurs domiciles, avec six personnes tuées et plusieurs maisons et commerces incendiés. Après des attaques de gangs, notamment à Kokorat San Ras, près de 15 000 personnes ont été déplacées dans ces communes rurales de l’Artibonite en juillet 2025, la plupart cherchant refuge chez des familles hôtes ou dans des communautés voisines.
Le département du Centre, quant à lui, est passé d’une zone relativement moins touchée à un département lourdement affecté par l’insécurité en 2025. Des hommes armés ont ciblé des zones comme Mirebalais, Saut-d’Eau et Lascahobas, ce qui a provoqué des déplacements forcés vers le nord du pays ou vers Hinche et Belladères. Plus de 51 000 personnes ont été déplacées dans le département du Centre à cause des violences dans ces communes. Parmi elles, environ 27 000 sont des enfants. Environ 12 500 personnes, soit 24 %, sont restées dans 95 sites improvisés dans le Centre, sans accès suffisant à l’eau, à la nourriture ou aux soins.
L’insécurité en Haïti en 2025 ne se limite pas aux balles et aux attaques armées. Elle touche toutes les dimensions de la vie quotidienne. Les citoyens vivent dans la peur constante des enlèvements, des violences et des représailles. Ils limitent pour la plupart leurs déplacements. Les cas de kidnapping ont particulièrement augmenté. Selon une mise à jour de FEWS NET (ONU/UNHCR) jusqu’au 30 mai 2025, 316 kidnappings ont été enregistrés entre le 1er janvier et le 30 mai 2025 dans tout le pays. Selon le rapport trimestriel du troisième trimestre (juillet-septembre 2025) du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), au moins 145 enlèvements contre rançon ont été recensés.
L’année 2025 aura été marquée par une aggravation de l’insécurité en Haïti, poussant les autorités nationales et la communauté internationale à multiplier les initiatives pour tenter d’endiguer la violence des gangs armés. Malgré ces efforts, la situation sécuritaire demeure préoccupante, avec des attaques récurrentes contre les populations civiles, des déplacements massifs et un affaiblissement continu de l’autorité de l’État.
Sur le plan national, les autorités haïtiennes ont cherché à renforcer les capacités de la Police nationale d’Haïti (PNH), principal rempart contre l’insécurité. Des efforts ont été consentis pour recruter et former des agents spécialisés, notamment dans la lutte contre les crimes de masse, les violences sexuelles et le kidnapping. Des magistrats et des procureurs spécialisés ont également été désignés afin d’accélérer le traitement judiciaire des dossiers liés à la criminalité armée. Toutefois, la PNH reste confrontée à un déficit chronique de personnel, de moyens logistiques et d’équipements, limitant l’impact réel de ces mesures sur le terrain.
Le Conseil présidentiel de transition (CPT), chargé de diriger le pays durant cette période exceptionnelle, a multiplié les appels à la restauration de l’autorité de l’État et à une meilleure coordination entre les forces nationales et les partenaires internationaux. La perspective d’élections à venir a également été présentée comme un élément clé pour renforcer la légitimité politique et améliorer la gouvernance sécuritaire.
Face à l’ampleur de la crise, la communauté internationale a renforcé son implication. En 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a estimé que la Mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS), déployée précédemment, ne répondait plus efficacement à l’évolution de la menace. En septembre, il a donc autorisé la création d’une nouvelle force multinationale, la force de répression des gangs (GRG), dotée d’un mandat plus robuste. Cette force, forte de plus de cinq mille membres, est appelée à neutraliser les gangs armés, sécuriser les infrastructures stratégiques et faciliter l’accès humanitaire, en coordination avec les forces haïtiennes.
Parallèlement, des sanctions ciblées ont été adoptées par l’Union européenne contre des individus et des groupes accusés d’alimenter l’insécurité et les violations des droits humains en Haïti. Ces mesures, incluant le gel des avoirs et des interdictions de voyage, visent à affaiblir les réseaux politiques, économiques et criminels liés aux gangs armés. Plusieurs pays partenaires, dont le Canada et les États-Unis, ont également apporté un soutien financier, diplomatique et matériel à Haïti, notamment par des dons d’équipements à la PNH et un appui à la mise en place de la nouvelle force multinationale.
Malgré ces décisions et annonces successives, les défis demeurent considérables. La multiplication des groupes armés, la circulation incontrôlée des armes, l’impunité persistante et la fragilité des institutions continuent d’alimenter l’insécurité à travers le pays. En 2025, les mesures adoptées, tant au niveau national qu’international, peinent encore à produire des effets tangibles sur le quotidien des populations. Les violences, les déplacements forcés et les atteintes aux droits humains se poursuivent, soulignant l’écart entre les engagements pris et la réalité sur le terrain, et laissant planer de sérieuses incertitudes quant à l’évolution de la situation sécuritaire dans les mois à venir.
Sorah Schamma Joseph
