Dans une note publiée ce 20 janvier 2026, l’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) dénonce la publication récente d’un décret du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) encadrant la liberté d’expression et réprimant les délits de diffamation et de presse, un texte qui suscite une vive controverse. L’Association Nationale des Médias Haïtiens (ANMH) qualifie ce texte d’anachronique, discriminatoire et dangereux pour la démocratie, appelant à son abrogation immédiate.
Selon l’ANMH, dans ce contexte politique déjà fragile, à un moment crucial de la transition politique, le CPT a rendu public un décret visant à réglementer l’exercice de la liberté d’expression. Or, loin de rassurer, cette initiative ravive les inquiétudes de nombreux acteurs de la société civile, en particulier celles du secteur des médias, déjà confronté à un climat d’insécurité et à de multiples pressions.
D'après l’ANMH, ce décret constitue une tentative claire de bâillonner la liberté d’expression, l’un des acquis fondamentaux obtenus depuis la fin de la dictature en 1986.
D’une part, l’ANMH estime que la nature même du décret est en décalage avec les principes démocratiques modernes. D’autre part, elle considère qu’il envoie un signal négatif quant à la volonté réelle des autorités de construire une Haïti fondée sur l’État de droit, le pluralisme et la participation citoyenne.
En outre, le décret introduit, pour la première fois dans la législation haïtienne, des peines d’emprisonnement pour les délits de presse. Ainsi, des journalistes ou citoyens reconnus coupables de diffamation risquent de six mois à trois ans de prison, accompagnés d’amendes pouvant atteindre cent mille gourdes, sans exclure des poursuites civiles supplémentaires.
Par ailleurs, le texte prévoit des sanctions encore plus sévères lorsque les propos visent des responsables publics ou des membres de la Force publique. L’ANMH dénonce ici une approche sectaire et discriminatoire, soulignant que tous les citoyens devraient bénéficier de la même protection juridique, sans hiérarchie ni privilèges liés au pouvoir ou à la fonction.
De surcroît, les peines sont doublées lorsque les infractions sont commises par voie électronique ou sur les réseaux sociaux. Cette disposition pourrait exposer les citoyens à des peines extrêmement lourdes et instaurer un climat de peur généralisée, favorisant l’autocensure plutôt que le débat public.
L’ANMH regrette également que ce décret, tout comme celui portant sur l’organisation et le fonctionnement de la Haute Cour de Justice, ait été publié sans consultation préalable ni débat public. Cette méthode, imposée sans dialogue avec la société civile, rappelle selon l’association de sombres pratiques du passé, à l’approche du 40e anniversaire du 7 février 1986.
Pour l’ANMH, ces deux décrets se complètent dangereusement : l’un tend à sanctuariser l’impunité, tandis que l’autre cherche à réduire au silence toute dénonciation des dérives des autorités. C’est pourquoi l’association dénonce avec la plus grande fermeté leur esprit autoritaire, antidémocratique et pro domo.
Enfin, tout en se disant ouverte au dialogue et à la recherche de solutions respectueuses des droits de tous, l’ANMH réaffirme son engagement à mener un plaidoyer constant jusqu’au retrait de ces textes. Pour l’organisation, la défense de la liberté d’expression demeure une condition essentielle à toute démocratie véritable et à l’avenir d’Haïti.
Modeline Youte
