La crise politique est de plus en plus corsée en Haïti, entre la volonté du Conseil Présidentiel de Transition d'évincer le chef du gouvernement, l'opposition du coordonnateur du CPT à cette décision et la position de la communauté internationale contre toute tentative de révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
À moins de deux semaines de la fin du mandat du Conseil Présidentiel de Transition, le pays est embourbé dans une crise politique meurtrière. Les deux têtes de l'exécutif sont à couteaux tirés et la communauté internationale, sans embarras diplomatique et sans faire de l'art rhétorique, se positionne au côté de la Primature.
Très tard dans la nuit du mercredi 21 janvier, cinq conseillers présidentiels ont apposé leur signature au bas d’une résolution mettant fin aux fonctions du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Fritz Alphonse Jean, Leslie Voltaire, Louis Gérald Gilles et Edgard Leblanc Fils n'ont pas loupé le Premier ministre en signant au premier regard le document, et Smith Augustin a enfoncé le marteau et complété la majorité de cinq du CPT.
Face à cette décision, le coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, dans une correspondance adressée aux membres du Conseil présidentiel de transition, dit s'opposer à cette révocation et rappelle les principes de responsabilité, de patriotisme et de primauté de l’intérêt national, dans un contexte politique qu’il qualifie de particulièrement sensible.
« Je m'oppose à toute résolution visant à remettre en cause la stabilité gouvernementale à l'approche du 7 février et dénonce toute tentative de précipitation ou de prise de décisions majeures sans un dialogue élargi, structuré et véritablement représentatif des différents secteurs de la vie nationale, y compris de la diversité des sensibilités politiques ayant disposé, à des degrés divers, d'une légitimité électorale avérée» , lit-on dans la lettre.
M. Saint-Cyr a rappelé plus loin qu'à l'approche d'échéances institutionnelles majeures pour la Nation, toute initiative susceptible d'alimenter l'instabilité, la confusion ou la rupture de confiance comporte des risques sérieux pour le pays. Soulignant que le CPT s'est engagé dans un processus de consultation dans le cadre d'un dialogue nécessaire qu'il a toujours prôné, il dit prendre acte des propositions formulées ces derniers jours. Toutefois, il constate, à ce stade, que les consultations n'ont pas encore atteint le niveau d'inclusivité et de représentativité nécessaire pour fonder des décisions engageant durablement l'avenir du pays.
Il a rappelé que ces derniers mois, d'importants efforts ont été consentis en vue du rétablissement de la sécurité et de la préparation du processus électoral. « Ces efforts, conjugués à l'engagement soutenu de nos partenaires internationaux, ont permis des avancées significatives, notamment en ce qui concerne le déploiement de la Force de Répression des Gangs», soutient-il.
Tout en réaffirmant avec clarté et fermeté républicaine que la voie du dialogue doit se poursuivre, s'élargir et se renforcer. Ce dialogue doit se mener de manière responsable et constructive afin de dégager une solution viable, réaliste et partagée, éclairée par les enseignements de nos expériences récentes, et capable de garantir une gouvernance efficace, la stabilité de l'État et la poursuite des efforts engagés.
Parallèlement, dans un communiqué, les États-Unis ont mis en garde le Conseil présidentiel de transition contre toute tentative de révocation du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé et rappellent que le CPT n’est pas issu des urnes et que son mandat arrive à échéance dans les prochains jours. Les autorités américaines menacent de prendre des sanctions contre toute personne qui soutiendrait cette démarche, qualifiée de manœuvre politique contre le rétablissement de la sécurité et contraire aux intérêts américains.
«Toute tentative de modification de la composition du gouvernement par le Conseil présidentiel de transition (CPT), non élu, à ce stade avancé de son mandat, serait considérée par les États-Unis comme une manœuvre visant à saper cet objectif et, de ce fait, serait nulle et non avenue. Les États-Unis considéreraient que toute personne soutenant une telle initiative déstabilisatrice, favorable aux gangs, agirait à l’encontre des intérêts des États-Unis, de la région et du peuple haïtien, et prendraient les mesures qui s’imposent en conséquence», disent les autorités américaines.
De son côté, le gouvernement canadien a réitéré sa volonté de prendre des mesures fermes à l’encontre de toute personne ou entité dont les actions contribueraient à saper la paix, la sécurité et la stabilité en Haïti, indiquant que cette position s’inscrit dans le cadre de l’engagement continu du Canada en faveur du respect de l’ordre démocratique et de la protection des populations civiles, selon un message de l’Ambassade du Canada en Haïti.
Au milieu de ce tumulte, l’Union européenne, représentée par l’Allemagne, l’Espagne et la France, a rencontré ce jeudi le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé autour de la question sécuritaire. Selon une note publiée par l’Union européenne, les échanges ont permis d’évoquer certains progrès enregistrés en matière de sécurité, mais aussi la coopération entre les parties et les perspectives à venir en Haïti.
Sheelove Semexant
