La Police nationale d’Haïti (PNH) a organisé, ce jeudi 25 juin 2026, une cérémonie marquant la rénovation et la réouverture de l’Unité de lutte contre les crimes sexuels (ULCS), dans les locaux de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), à Tabarre, Clercine. À cette occasion, l’inspectrice Guerline Petit, responsable de l’ULCS, a souligné que ce projet de modernisation infrastructurelle, soutenu par des partenaires internationaux tels que le Canada et l’ONU, a permis de restaurer les locaux et d’installer un système d’énergie solaire garantissant une autonomie opérationnelle permanente.
Au-delà des bâtiments rénovés, Guerline Petit dans son allocution, a insisté sur l’importance d’offrir un accueil sécurisé et confidentiel aux victimes, afin de briser le silence imposé par la peur. Selon elle, cette initiative renforce les capacités d’enquête grâce à une nouvelle ligne d’assistance téléphonique gratuite (188) et à des interventions directes dans les camps de déplacés, tout en réaffirmant l’engagement de la PNH à combattre l’impunité et à protéger la dignité humaine.
Créée le 1er décembre 2005, l’ULCS est une structure spécialisée de la PNH intégrée au Bureau des Affaires Criminelles de la DCPJ. Sa mission fondamentale est de lutter contre les agressions sexuelles en s’appuyant sur un arsenal juridique modernisé, redéfinissant ces crimes et renforçant les sanctions. L’unité se veut un espace où la parole des victimes est libérée, reçue sans jugement et accompagnée d’un soutien physique et moral, afin de transformer la vulnérabilité en force et de garantir le respect absolu de leur personne.
Grâce aux rénovations, l’ULCS dispose désormais de moyens techniques accrus notamment, auditions informatisées, bases de données sécurisées et fonctionnement continu assuré par l’énergie solaire. La ligne téléphonique (188) est décrite comme une « passerelle humaine essentielle », permettant aux victimes de dénoncer leurs agresseurs ou de solliciter des conseils en toute sécurité. Les enquêteurs, quant à eux, adoptent une approche proactive en se déployant sur le terrain, notamment dans les camps de déplacés, pour sensibiliser les populations et vulgariser le droit.
Par ailleurs, lors de cette cérémonie, Ernaud Royer, représentant du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), a rappelé que cette réhabilitation est le fruit d’une collaboration entre le HCDH, le gouvernement du Canada et des partenaires techniques. Il a souligné l’urgence d’agir face à l’utilisation systématique des violences sexuelles comme arme de terreur par les gangs armés. Malgré une augmentation notable des plaintes et un renforcement de la coopération judiciaire, il appelle à une intégration durable du genre dans les stratégies policières et exhorte la population à briser le silence.
Le gouvernement du Canada, principal bailleur de fonds, a financé les travaux de réhabilitation dans le cadre de programmes tels que « Lutte contre les violences sexuelles et sexistes en Haïti » et le projet APPI (Appui à une police professionnelle et inclusive). Ces initiatives visent à améliorer les conditions de travail des policiers et, surtout, à garantir un accueil digne et sécurisé aux victimes.
Parallèlement, Francine Sénécal, représentante de Cowater International, a déclaré que la relance de l’ULCS constitue une étape essentielle. Soutenue par le projet APPI, cette initiative vise à renforcer les capacités institutionnelles pour offrir une réponse policière plus humaine, inclusive et respectueuse des droits fondamentaux. Elle a insisté sur l’importance de la collaboration internationale, notamment avec le Canada et le HCDH, pour assurer la pérennité de ces services spécialisés et institutionnaliser l’égalité des genres au sein des forces de l’ordre haïtiennes.
Présent également à cette cérémonie, l’ambassadeur du Canada, André François Giroux, a renouvelé l’engagement du gouvernement canadien à soutenir Haïti dans la lutte contre les violences sexuelles. Il a exprimé sa fierté d’avoir collaboré à la réhabilitation et à l’équipement de ces installations essentielles, en vue de combattre l’impunité et de restaurer la confiance de la population envers les forces de l’ordre.
Selon les données recueillies, plus de 170 victimes de viols et de viols collectifs ont été recensées entre mars et juin 2026, notamment dans la plaine du Cul-de-Sac et à Cité Soleil. Parmi elles, des femmes et de très jeunes filles, la plus jeune ayant à peine 10 ans. Ce chiffre ne reflète qu’une partie de la réalité, car la peur des représailles empêche de nombreuses victimes de dénoncer les crimes.
Face à cette situation alarmante, l’ULCS, soutenue par le Canada et ses partenaires, tente d’encourager les victimes à « ne pas avoir peur de porter plainte » pour briser le cycle de terreur. La structure s’appuie sur une coopération internationale renforcée, un engagement contre la corruption au sein de la PNH et une volonté de replacer les victimes au centre des préoccupations institutionnelles.
En somme, la réhabilitation de l’ULCS symbolise une réponse coordonnée et professionnelle à la crise des violences sexuelles en Haïti, tout en envoyant un message clair : ces crimes doivent être dénoncés et traités avec le sérieux et la rigueur qu’exige la protection des droits humains.
Likenton Joseph
