L’Union européenne, en collaboration avec le Bureau de l’Ordonnateur National (BON), la Chambre Franco-Haïtienne de Commerce & d’Industrie (CFHCI), la Délégation de l’UE et ses États membres, a organisé ce lundi 29 juin à Pétion-Ville le tout premier Forum national des investissements et l’initiative Global Gateway. Lors de cette activité, les associations patronales du secteur privé haïtien y ont exprimé leur volonté de bâtir un partenariat opérationnel avec l’Europe afin de stimuler une reconstruction durable et inclusive. Ce forum vise à mettre en valeur les perspectives offertes par Haïti dans le cadre de la stratégie Global Gateway de l’Union européenne, en mobilisant des ressources publiques et privées pour développer un partenariat renouvelé et mutuellement bénéfique.
Avec une capacité de mobilisation de 400 milliards d’euros d’ici 2027, le Global Gateway constitue l’initiative phare de l’UE pour promouvoir des projets structurants : réhabilitation des ports et aéroports, développement des énergies renouvelables, zones franches, économie bleue, agriculture et agroalimentaire, dans l’objectif de positionner Haïti comme un partenaire de référence au sein de cette stratégie.
Un nouveau départ pour le partenariat UE-Haïti
Selon l’ambassadrice de l’UE, Hélène Roos, cet événement marque une étape importante dans l’évolution du partenariat. Elle souligne que, malgré l’image d’Haïti trop souvent associée à l’insécurité et aux gangs, l’initiative du secteur privé, soutenue par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, révèle un autre visage : celui d’un pays en quête de solutions, riche en talents et en entrepreneurs capables de porter des projets solides.
Alors que la GSF intensifie son déploiement et que la Police nationale accentue sa pression sur les gangs, l’ambassadrice estime qu’il est temps d’esquisser les perspectives d’une reprise économique. « Un Haïti plus sûr sera un Haïti plus prospère ; et un Haïti plus prospère sera aussi un Haïti plus stable », a-t-elle déclaré.
Par ailleurs, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a insisté sur la nécessité d’une relance économique génératrice d’emplois pour la jeunesse, condition indispensable à la stabilité durable. Le gouvernement entend rompre avec la culture de l’assistanat pour privilégier des partenariats commerciaux stratégiques avec l’Europe et le secteur privé local. Les priorités incluent la modernisation des infrastructures, la transition énergétique et le développement de l’agro-industrie.
De plus, l’initiative Global Gateway en Haïti vise à transformer l’économie nationale en opérant un changement de paradigme fondamental, passant d’une logique d’assistance à une dynamique de partenariat économique et d’investissement. L’objectif central est de rompre avec la dépendance envers l’aide internationale pour privilégier le commerce et l’investissement productif. Le gouvernement souhaite établir des partenariats « mutuellement bénéfiques » où Haïti ne sollicite plus simplement un appui, mais propose des opportunités d’affaires basées sur ses atouts (position géographique, population jeune, ressources agricoles).
Pour transformer l’économie, l’initiative reconnaît que la sécurité est un préalable, mais soutient également que l’investissement est un instrument de stabilisation. En offrant des perspectives d’emploi et de l’espoir économique à la jeunesse, le programme vise à assécher le « terrain fertile » de la criminalité et de la violence, consolidant ainsi durablement la paix et la démocratie.
De son côté, le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Collin, a présenté une vision stratégique axée sur les partenariats internationaux. Les secteurs clés identifiés sont notamment Énergies renouvelables, considérées comme moteur de la transformation économique, avec une feuille de route 2027-2032 couvrant production, transport et distribution. Agriculture et agroalimentaire : développement d’une agriculture biologique à forte valeur ajoutée, profitant de l’accès au marché européen. Transports et infrastructures : modernisation des ports et aéroports pour reconnecter Haïti à l’économie mondiale.
En outre, le textile : secteur prioritaire pour la création d’emplois et l’exportation. Le numérique : investissements dans les technologies de l’information pour dynamiser l’économie. Économie verte et climat : restauration forestière, pêche durable et valorisation des ressources marines. Tourisme : mise en valeur des zones côtières et du patrimoine culturel, notamment dans le Grand Nord. Santé et services sociaux : projets dans l’eau, l’assainissement et la santé, incluant la fabrication locale de vaccins en partenariat avec l’UE.
Ces initiatives reposent sur un portefeuille de projets bancables estimé à plus de 20 milliards de dollars, avec l’ambition d’atteindre une croissance annuelle de plus de 6 % d’ici 2050.
L’IA comme levier transformationnel pour Haïti
Le Dr en économie, polytechnicien et conseiller d’État en France, Jacques Attali, a rappelé que la jeunesse et la position géographique d’Haïti constituent des atouts stratégiques majeurs. Il a présenté l’intelligence artificielle comme un « facteur de tsunami » capable de propulser le développement du pays par un saut technologique. Selon lui, l’IA peut moderniser la gouvernance, renforcer la transparence, améliorer la justice et transformer des secteurs vitaux tels que l’éducation et la santé.
Attali propose de faire d’Haïti un laboratoire d’expérimentation pour un nouveau modèle de développement durable, axé sur « l’économie de la vie » : santé, éducation et énergies renouvelables.
La réussite de cette transformation repose sur une alliance tripartite : l’État haïtien, garant d’un cadre de confiance et de sécurité. Le secteur privé haïtien, dont l’engagement est indispensable. Le secteur privé européen, invité à construire des partenariats durables et créateurs de valeur. Présentée comme un « pacte de confiance », l’initiative Global Gateway ambitionne de transformer les secteurs économiques clés en instruments de cohésion sociale et de renouveau national.
Likenton Joseph
