L’Assemblée des signataires de l’Accord de Montana a exprimé son indignation face aux récentes déclarations du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) et du gouvernement haïtien concernant la situation sécuritaire et la tenue des élections en Haïti. Dans un communiqué publié ce mardi 22 juillet 2026, le Comité de pilotage accuse le BINUH de persister dans le déni et le gouvernement de s’enfoncer dans la propagande.
Lors de la 10198e séance du Conseil de sécurité des Nations Unies, le Représentant spécial du BINUH a affirmé que l’insécurité ne saurait constituer un prétexte pour différer les élections. Une position jugée paradoxale par les signataires de l’Accord de Montana, qui rappellent que le dernier rapport du Secrétaire général de l’ONU (S/2026/325, 14 avril 2026) décrit une aggravation continue des violences, l’expansion territoriale des groupes armés, des déplacements massifs de populations et l’incapacité des forces nationales à reprendre le contrôle des zones occupées.
Dans cette même lignée, le communiqué souligne l’incohérence entre les déclarations du BINUH et celles d’autres partenaires internationaux. L’ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU, Mike Waltz, a dressé un tableau alarmant : plus de 1,5 million de déplacés, 2 300 morts et 1 100 blessés depuis janvier 2026, tandis que 70 % de la région métropolitaine de Port-au-Prince demeure sous contrôle des groupes armés. Ces derniers dominent des axes routiers stratégiques, des infrastructures portuaires et même des établissements hospitaliers.
Les signataires insistent sur la gravité de la situation dans les trois principaux bassins électoraux du pays notamment dans les départements de l’Ouest où près de 40 % du corps électoral paralysé par l’emprise des groupes armés et l’Artibonite, considéré comme le foyer de massacres, enlèvements et destruction des activités agricoles ainsi que le département du Centre où la dégradation accélérée, expansion inquiétante des groupes armés vers d’autres régions.
Selon l’Accord de Montana, organiser des élections dans ces conditions reviendrait à institutionnaliser une exclusion politique massive et à fabriquer une légitimité artificielle.
Toutefois, les signataires de ce document dont Delson Cius, Jean Hénold Buteau, Franscico Alcide, Yves Joseph et Ernso Ertilus rappellent que la crise haïtienne est d’abord une crise de gouvernance et de légitimité institutionnelle. L’effondrement sécuritaire est présenté comme la conséquence directe de l’effondrement politique : concentration illégitime du pouvoir, absence de consensus national, corruption systémique, impunité et exclusion. Les signataires estiment qu’aucune mission internationale ni aucune élection précipitée ne pourra instaurer une stabilité durable sans un accord politique crédible.
L’Assemblée des signataires exhorte la communauté internationale à cesser d’imposer une lecture exclusivement électoraliste de la crise. Elle plaide pour un accord politique inclusif, une gouvernance bicéphale légitime et la reconstruction progressive des institutions républicaines. « Toute tentative d’organiser des élections dans les circonstances actuelles constituerait non pas une victoire de la démocratie, mais une consécration institutionnelle de la violence armée », avertit le communiqué.
Likenton Joseph
