La Banque de la République d’Haïti (BRH) a annoncé une baisse du taux d’inflation, passé de 32 % en octobre 2025 à 20 % en mai 2026, confirmant une tendance à la désinflation. L’institution reste toutefois vigilante face aux tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, susceptibles de raviver les pressions inflationnistes. Malgré ce recul, le coût de la vie demeure élevé et les produits de première nécessité restent hors de portée pour une grande partie de la population.
La BRH estime que l’inflation actuelle n’est pas liée à une expansion monétaire excessive, mais à un choc d’offre. Les ruptures dans les circuits d’approvisionnement et l’insécurité entravent la circulation des biens, provoquant une hausse des prix relatifs. Dans ce contexte, relever le taux directeur serait inefficace et risquerait d’aggraver la situation des entreprises déjà endettées, les banques commerciales répercutant généralement ces hausses par des ajustements plus que proportionnels des taux d’intérêt.
L’économiste Riphard Sérent identifie plusieurs éléments expliquant la désinflation observée en mai 2026 notamment, la baisse des prix des produits pétroliers en avril, l’évolution du taux de change, déterminant majeur de l’inflation, un certain équilibre entre l’offre et la demande dans les grandes régions du pays (Nord, Sud) et la contraction de la demande dans le département de l’Ouest, liée à la réduction des espaces de circulation et au ralentissement des activités des entreprises.
Selon lui, cette désinflation reste difficilement perceptible dans la vie quotidienne, car elle ne signifie pas une baisse des prix sur le marché. L’inflation mensuelle, oscillant entre 0,9 % et 2 %, continue de peser sur le pouvoir d’achat. Pour comprendre l’impact réel sur les ménages, il faut donc observer l’évolution des prix d’un mois à l’autre, a-t-il souligné.
Toutefois, la BRH réoriente ses dispositifs vers les petites et moyennes entreprises (PME), combinant moratoires, stabilité des taux et programmes de coaching. L’objectif est d’aider les startups à bâtir un historique de crédit, sortir de l’informel et soutenir des secteurs stratégiques tels que la construction et le tourisme.
Malgré ces initiatives, l’économie haïtienne reste engluée dans une dynamique de croissance négative depuis 2019. L’année 2026 marque ainsi une huitième année consécutive de recul de l’activité, confirmée par la baisse de l’Indicateur Conjoncturel d’Activité Économique (ICAE) au premier semestre. Les efforts fiscaux demeurent limités par le faible dynamisme économique. Les agrégats monétaires progressent, mais à un rythme inférieur à celui de l’exercice précédent, influencés par les créances nettes de la BRH et des institutions financières sur l’Administration centrale, alors qu’en 2025 ils étaient principalement portés par les avoirs extérieurs nets.
En conséquence, malgré la baisse du rythme de l’inflation, les prix des produits de première nécessité continuent d’augmenter, limitant l’accès de la population à un pouvoir d’achat déjà fragile. L’insécurité généralisée empêche également les produits agricoles des provinces d’atteindre facilement la capitale. Alors que le pays s’apprête à connaître une huitième année de décroissance négative, les autorités sont appelées à rétablir la sécurité sur l’ensemble du territoire afin de stabiliser l’économie et permettre aux citoyens de reprendre leurs activités sans risquer.
Likenton Joseph
