De nombreux Haïtiens vivant à Springfield, dans l’Ohio, ont reçu des convocations de l’ICE quelques jours après la suspension du programme de Statut de Protection Temporaire (TPS). Après leur passage dans les bureaux de l’agence, plusieurs d’entre eux sont rentrés chez eux munis de bracelets électroniques, signe évident qu’ils sont désormais sous surveillance.
James Fleurijean, membre de l’organisation « Haitian Community Help & Support Center » de Springfield, lors d’une entrevue accordée au journaliste Luckson Sainvil, a apporté des explications sur la situation des migrants haïtiens qui se retrouvent actuellement sans statut légal aux États-Unis, à la suite de la décision de la Cour suprême d’annuler le TPS.
« Beaucoup de personnes ont commencé à recevoir des lettres à partir du 29 juillet, alors que ces convocations indiquaient qu’elles devaient se présenter dès le 28 juillet dans les bureaux de l’ICE. Parmi celles qui nous ont contactés et qui se sont présentées devant les tribunaux d’immigration, certaines sont rentrées chez elles avec un bracelet électronique, tandis que d’autres ne sont pas revenues », a rapporté le responsable de l’organisation de défense des migrants.
Ces lettres, portant l’en-tête du Département de la Sécurité intérieure, demandent aux migrants de se présenter dans les bureaux de l’ICE à Springfield ou à Columbus. Elles contiennent les noms des personnes concernées, la date et l’heure du rendez-vous, ainsi que des instructions précisant que, en cas d’impossibilité de se présenter, les intéressés doivent adresser une correspondance pour justifier leur absence. À défaut, une nouvelle convocation leur sera envoyée.
Selon James Fleurijean, les personnes visées par ces convocations sont principalement celles qui bénéficiaient du programme « Humanitarian Parole », souvent appelé « programme Biden », celles qui sont entrées sur le territoire via la frontière mexicaine à l’aide de l’application CBP One, ainsi que certaines arrivées avec un visa. Il précise que ces situations sont particulièrement fréquentes à Springfield.
La décision de suspendre le TPS a déjà de lourdes conséquences sur la communauté haïtienne, avec plus de 300 000 personnes concernées. Dans plusieurs zones autrefois fortement peuplées de migrants haïtiens, on observe une diminution notable de leur présence ces derniers jours. Beaucoup évitent de se rendre au travail et préfèrent rester chez eux pour échapper aux opérations de l’ICE. Depuis le 27 juillet, un climat de peur et de profonde inquiétude s’est installé quant à leur avenir. Certains de ces migrants vivent aux États-Unis depuis plus de dix ans, avec des entreprises, des familles et d’importantes responsabilités, a precisé Luckson Sainvil. Toutefois, un retour en Haïti demeure incertain en raison de la violence, de l’insécurité et de la faiblesse des moyens économiques.
En réaction, plusieurs citoyens américains issus d’organisations sociales et religieuses ont manifesté, dimanche 2 août, devant le centre de l’ICE à Cincinnati, afin d’exprimer leur solidarité avec les migrants haïtiens. Du côté des autorités américaines, aucune nouvelle décision n’a encore été annoncée. Le responsable actuel du Département de la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin, a déclaré qu’il n’y aurait aucune amnistie pour les étrangers en situation irrégulière vivant sur le territoire américain. Il a promis leur arrestation, leur incarcération et leur expulsion.
En Haïti, plusieurs institutions publiques ont annoncé leur mobilisation pour accompagner les migrants déportés des États-Unis. Quelques mois auparavant, Kathia Verdieu, ministre des Haïtiens vivant à l’étranger, avait assuré que des mesures étaient prévues pour leur assistance. Au Cap-Haïtien, l’Office National de la Migration (ONM) avait accordé une enveloppe de 10 000 gourdes pour couvrir les frais de transport des citoyens expulsés par le gouvernement américain.
Au final, face aux doutes et aux inquiétudes, une partie de la communauté haïtienne attend du gouvernement haïtien qu’il mène un plaidoyer afin de négocier avec les autorités américaines sur leur avenir. De nombreux observateurs s’interrogent : les autorités haïtiennes ont-elles réellement la volonté et les moyens de gérer ce dossier face à l’administration Trump ?
Oberde Charles
