À l’ouverture d’une conférence sur les droits des personnes handicapées, mardi à New York, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a salué deux décennies d’avancées tout en mettant en garde contre un essoufflement des progrès face à la multiplication des crises mondiales.
Cette conférence annuelle, considérée comme le principal forum international consacré aux droits des personnes handicapées, intervient alors que la Convention relative à ces droits célèbre son vingtième anniversaire. Adopté en 2006, ce traité a contribué à transformer la manière dont le handicap est perçu, en remplaçant progressivement une approche fondée sur l’assistance par une approche centrée sur les droits humains.
« Pour d’innombrables personnes dans le monde, cela représente vingt années de progrès en matière d’accès, de reconnaissance et de respect », a déclaré M. Guterres devant des ministres, responsables politiques et représentants de la société civile, réunis au siège de l’ONU jusqu’à jeudi pour la 19e session de la Conférence des États parties à la Convention.
Convention ratifiée par 192 États
Le chef de l’ONU a souligné les avancées réalisées depuis l’entrée en vigueur de la Convention. Celle-ci a désormais été ratifiée par 192 États et une organisation régionale. Plus de 90 % des pays disposent aujourd’hui de lois garantissant les droits des personnes handicapées, tandis que près de 80 % interdisent les discriminations à l’embauche et que les trois quarts ont adopté des mesures favorisant l’intégration des élèves et étudiants handicapés.
Selon lui, ces progrès ont permis à des millions de personnes supplémentaires d’accéder à l’éducation, à l’emploi et à une plus grande autonomie.
Mais malgré ces résultats, les inégalités persistent. Le dernier rapport des Nations Unies sur le handicap et le développement révèle que les personnes handicapées accusent encore un retard sur la quasi-totalité des indicateurs liés aux objectifs de développement durable (ODD).
« Les progrès sont réels, mais ils restent inacceptablement lents », a averti le Secrétaire général.
Il a également mis en garde contre les conséquences des conflits, des catastrophes climatiques et de la crise du coût de la vie, qui frappent souvent plus durement les personnes handicapées. Celles-ci sont fréquemment les premières à perdre leur emploi ou l’accès aux services essentiels lorsque survient une crise.
Lutter contre les violences
Trois thèmes majeurs dominent cette édition de la conférence : la lutte contre les violences, le renforcement des systèmes de soutien et de soins, ainsi que la participation à la vie publique.
Concernant les violences, M. Guterres a dénoncé une situation « choquante ». Selon les données citées par l’ONU, un tiers des enfants handicapés sont victimes de négligences ou de violences émotionnelles, physiques ou sexuelles. Cette vulnérabilité persiste souvent à l’âge adulte, notamment chez les femmes handicapées et les personnes présentant un handicap intellectuel ou psychosocial.
Le Secrétaire général a appelé à améliorer les mécanismes de signalement et à garantir un accès effectif à la justice.
Sur le volet des soins, il a plaidé pour des investissements accrus dans les services de réadaptation, les technologies d’assistance, les logements accessibles et les transports adaptés. Ces mesures sont particulièrement cruciales dans les pays à faible revenu, où près de la moitié des personnes handicapées n’ont toujours pas accès aux activités locales.
Enfin, M. Guterres a insisté sur la nécessité de renforcer la participation politique des personnes handicapées. Dans les pays en développement, environ 30 % d’entre elles rencontrent encore des obstacles lorsqu’elles souhaitent voter.
Eliminer les barrières
Reprenant le slogan historique du mouvement de défense des droits des personnes handicapées, « Rien sur nous, sans nous », il a exhorté les gouvernements à éliminer les barrières qui empêchent une participation pleine et entière à la vie publique.
Le chef de l’ONU a également assuré que l’Organisation poursuivait ses propres efforts d’inclusion grâce à sa stratégie dédiée au handicap, notamment par des pratiques de recrutement plus inclusives et de nouveaux aménagements physiques et numériques.
« Le monde y gagne lorsque chacune et chacun peut mettre ses compétences au service de l’humanité et poursuivre ses rêves », a-t-il conclu, appelant à bâtir « un avenir juste et dynamique pour toutes et tous ».
Source : ONU INFO
