Dans la vie, il faut savoir ce que l'on veut et se donner les moyens de l'atteindre, surtout lorsque l'on n'est pas né avec une cuillère d'argent dans la bouche. Lorsque chaque pas vers un avenir meilleur doit être arraché à la résistance du réel, comme on extirpe une racine d'une terre trop dure. Mademoiselle Rose Myrtha Lexima l'a compris très tôt. Elle a intégré cette vérité avec la lucidité tranquille de celles et ceux qui choisissent de faire de leurs contraintes un combustible plutôt qu'une prison.
Dans cette Haïti où, aujourd'hui, l'État joue un rôle de plus en plus marginal dans le destin de sa jeunesse, Rose Myrtha Lexima s'est construite seule. De la République dominicaine à l'Espagne, son parcours universitaire et professionnel dessine une trajectoire cohérente, celle d'une femme qui avance sans renoncer, qui construit avec patience et persévérance, comme on élève une cathédrale, pierre après pierre.
Tout commence dans les décombres. En 2010, alors qu'Haïti est meurtrie par le plus dévastateur séisme de son histoire moderne, la jeune Rose Myrtha Lexima ne choisit pas la fuite. Elle s'engage. Interprète en anglais et en créole au sein de World Vision Haïti, elle devient une passerelle entre la douleur de son peuple et les équipes humanitaires venues du monde entier. Dans les camps de déplacés et aux côtés des acteurs du développement communautaire, elle apprend ce qu'aucun manuel ne peut enseigner : servir, c'est d'abord rester debout au milieu du chaos, les yeux ouverts sur la souffrance des autres.
Ces deux années, de 2010 à 2012, ne constituent pas une simple parenthèse dans son existence. Elles en sont le socle moral. C'est sur le terrain de l'action humanitaire qu'elle découvre les réalités sociales les plus difficiles de son pays et mesure l'ampleur des défis auxquels font face ses compatriotes. Comme elle aime à le rappeler, on ne bâtit rien de solide en oubliant ceux que l'on a vus souffrir.
Transformer l’adversité en dignité
Après plusieurs années de travail et d'études en République dominicaine, où elle poursuit sa formation tout en affinant ses ambitions, Rose Myrtha Lexima traverse l'Atlantique pour rejoindre l'Espagne. Elle y emporte avec elle l'héritage d'un peuple qui a appris, depuis longtemps, à transformer l'adversité en dignité.
En octobre 2020, elle intègre l'Ambassade d'Haïti à Madrid en qualité de Première Secrétaire, chargée de la Culture, du Tourisme et du Protocole. Une fonction à la mesure de son sens des responsabilités et de son ambition. Ambitieuse, certes, mais surtout passionnée. Son enthousiasme communicatif et la qualité de ses échanges ne laissent guère ses interlocuteurs indifférents.
Il faut ici dire ce que l'on dit trop rarement. Dans nombre de nos représentations diplomatiques, certains agents s'installent dans la routine de leurs fonctions, sans véritable initiative, comme si leur mission se limitait à occuper un poste. Le drapeau haïtien flotte, les bureaux restent ouverts, mais la culture, l'histoire, les richesses patrimoniales et civilisationnelles du pays demeurent souvent invisibles.
Rose Myrtha Lexima a choisi la voie opposée. Pendant près de quatre années, jusqu'en juin 2024, elle met sa fonction diplomatique au service d'une conception moderne de la diplomatie culturelle. Elle comprend très tôt que le diplomate n'est pas uniquement un représentant administratif de l'État à l'étranger : il est aussi un communicateur, un passeur d'identité, un artisan du rayonnement national. À l'ère des réseaux sociaux, cette mission peut prendre une dimension considérable lorsqu'elle est pleinement assumée.
Elle valorise avec intelligence l'ensemble des composantes de la culture haïtienne : les arts plastiques, la musique, la littérature, la poésie, le Vodou comme système de pensée, ainsi que l'héritage universel de la Révolution de 1804. Elle coordonne des événements culturels d'envergure, développe des partenariats avec des institutions prestigieuses telles que la Francophonie, l'Institut français ou encore l'Organisation mondiale du tourisme, tout en représentant Haïti dans des rendez-vous internationaux majeurs comme IFEMA-FITUR.
Elle défend également une vision du tourisme fondée sur la durabilité, le respect des communautés locales et la préservation de l'environnement. Derrière chaque dossier qu'elle porte se retrouve la même conviction : la culture constitue l'un des leviers les plus puissants du soft power et un formidable outil de rapprochement entre les peuples.
À travers ces différentes initiatives, elle œuvre au renforcement des échanges institutionnels, au dialogue interculturel et à la promotion d'une image d'Haïti fidèle à la richesse de son histoire, de son patrimoine et de sa culture. Son action contribue ainsi au développement de la diplomatie culturelle haïtienne et au rayonnement du pays en Espagne.
Une diplomatie au service du rayonnement d'Haïti
Le 4 juin 2026, à l'Université Antonio de Nebrija de Madrid, elle reçoit le diplôme qui vient couronner un long parcours de travail et de sacrifices : une licence en Droit, Relations internationales et Diplomatie. Trois disciplines réunies dans une même formation, fruit d'années d'efforts constants.
Ce diplôme n'est pas un point d'arrivée, mais une étape supplémentaire dans une quête permanente d'excellence. Il récompense des années de discipline, d'études et de persévérance. Un mérite qui mérite d'être salué, d'autant plus qu'en Haïti les compétences peinent trop souvent à être reconnues à leur juste valeur. Dans un contexte où les réseaux prennent parfois le pas sur le mérite, un parcours académique aussi exigeant apparaît presque comme une exception.
Mais c'est précisément ce qui donne davantage d'éclat à la réussite de Rose Myrtha Lexima. Elle a choisi l'exigence lorsque la facilité semblait plus accessible. Elle a choisi le savoir dans un monde qui se contente trop souvent des apparences.
Volontaire, entreprenante et toujours engagée, elle s'impose également au sein de la communauté diplomatique internationale en Espagne. Élue Vice-Présidente de l'Association des Diplomates Étrangers accrédités auprès du Royaume d'Espagne (ADE), qui regroupe des représentants de plus de cinquante États, elle exerce cette responsabilité durant deux mandats consécutifs, de 2022 à 2024. Elle devient ainsi la première diplomate haïtienne à accéder à cette fonction depuis la création de l'association.
Des décombres de Port-au-Prince aux amphithéâtres de Madrid, de l'interprétariat humanitaire à la vice-présidence d'une organisation diplomatique internationale, son parcours dépasse largement le cadre d'une réussite individuelle. Il rappelle qu'au sein d'un peuple que l'on présente trop souvent comme condamné à l'échec continuent d'émerger des femmes et des hommes qui refusent la fatalité.
Rose Myrtha Lexima n'a attendu ni protecteur, ni parrain, ni les faveurs d'un système qui récompense parfois davantage les allégeances que les compétences. Elle a simplement maintenu son cap. C'est sans doute la plus grande leçon de son parcours : la ténacité demeure la meilleure des boussoles.
Puisse son exemple rappeler à la diplomatie haïtienne, celle d'aujourd'hui comme celle de demain, qu'un poste à l'étranger n'est jamais une rente, mais une responsabilité envers tout un peuple. Pour beaucoup d'Haïtiens restés au pays, leurs diplomates sont le premier visage de la nation. Rose Myrtha Lexima a choisi de porter cette image avec dignité, compétence et ambition. Et l'on peut dire, sans exagération, qu'elle y est pleinement parvenue.
Maguet Delva
Paris, France
