Juriste spécialisé en droit du sport et fonctionnaire haïtien, Ronald Antoine Auguste consacre près de trois décennies de sa carrière au développement et à la structuration du sport en Haïti. Ľun des lauréats de la promotion 1991-1995 de la Faculté de droit et des sciences économiques (FDSE) de Port-au-Prince, il a intégré en 1996 le Secrétariat d’État à la Jeunesse, aux Sports et à l’Action civique (SEJSC), où il entame une longue carrière dans le secteur sportif.
Ancien footballeur du Club Sportif Saint-Louis, son club formateur, du Violette AC et du Don Bosco de Pétion-Ville, Ronald Antoine Auguste s’oriente par la suite vers l’administration et la gestion sportives. Il participe à plusieurs programmes nationaux de promotion du sport, notamment au sein de l’ANAFOOT et dans le cadre de l’Opération 2006.
Son parcours professionnel l’amène également à se former à l’étranger. En Colombie, il se spécialise dans le leadership, la gestion et la planification stratégique du sport, avant de poursuivre sa formation au Paraguay en législation sportive. Ces expériences contribuent à renforcer son expertise et à accompagner la modernisation du secteur sportif haïtien. En 2007, il accède au poste de directeur des Sports.
Spécialiste du droit sportif et de la gestion axée sur les résultats, il est également à l’origine de la création de l’Unité juridique du ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique (MJSAC), qu’il coordonne depuis 2012. À travers ses différents travaux et les réformes auxquelles il a contribué, il s’est imposé comme l’un des acteurs engagés dans la consolidation du cadre institutionnel et juridique du sport en Haïti.
Aujourd’hui, Ronald Antoine Auguste poursuit cette mission à travers la publication de « Le pouvoir du sport », un ouvrage qui entend apporter une réflexion approfondie sur la place du sport dans la société haïtienne et sur son potentiel comme outil de développement et de transformation sociale.
Convaincu que le sport dépasse largement le cadre de la compétition, l’auteur met en avant sa capacité à contribuer au développement national, à l’éducation, à la cohésion sociale et à la construction d’une société plus organisée.
À l’occasion de la parution de cet ouvrage de référence, Le National est allé à la rencontre de Ronald Antoine Auguste. Dans cet entretien, il revient sur son parcours, sa vision du sport, les enjeux institutionnels du secteur ainsi que les motivations qui l’ont conduit à écrire Le pouvoir du sport.
Le National : Qu'est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre et pourquoi avez-vous choisi ce titre ?
Ronald A. Auguste: Nous vivons à une époque où la culture sportive constitue un véritable creuset du développement individuel et collectif. Dès l'âge de six ans, j'ai fait de la pratique du sport un véritable mode de vie. À l'école, à l'université, puis au sein des clubs où j'ai évolué, la discipline, l'effort et le dépassement de soi ont façonné mon parcours et m'ont permis de comprendre que le sport est bien plus qu'une activité physique : il est un puissant catalyseur de vie.
Cette conviction m'a conduit à consacrer mon mémoire de licence en droit – l'un des premiers travaux universitaires en Haïti sur cette thématique – au plaidoyer en faveur d'un cadre juridique et organisationnel du sport au service de la transformation de notre société. Par la suite, mes études poursuivies en Haïti et à l'étranger ont renforcé cette certitude : il est impératif de produire des réflexions sérieuses pour un secteur longtemps négligé afin d'aider notre jeunesse et nos décideurs à intégrer pleinement le sport dans la vision du développement national.
Le titre Le Pouvoir du Sport traduit précisément cette force de transformation, souvent invisible, que recèle la culture sportive lorsqu'elle est portée par une volonté collective.
L.N : Pensez-vous que le sport ait le pouvoir de changer Haïti ?
RAA : J'en suis profondément convaincu.
Le sport est aujourd'hui bien plus qu'un loisir ou une compétition. Il constitue un puissant outil d'éducation, de santé publique, d'inclusion sociale, de cohésion nationale et de développement économique. Il favorise la discipline, le respect des règles, la solidarité, le leadership et le dépassement de soi, autant de valeurs indispensables à la reconstruction de notre pays.
Si l'État, les collectivités territoriales, le secteur privé, la diaspora et les organisations de la société civile unissent leurs efforts autour d'une véritable politique sportive, le sport peut devenir l'un des piliers du redressement national.
LN : À quel public ce livre s'adresse-t-il ?
RAA: Cet ouvrage s'adresse en priorité à la jeunesse estudiantine, aux enseignants, aux dirigeants sportifs, aux cadres des institutions publiques et privées, aux futurs élus, aux décideurs politiques ainsi qu'à nos compatriotes de la diaspora.
Son ambition est de démontrer que le changement que nous appelons de nos vœux doit d'abord émerger de chacun de nous. Le sport représente aujourd'hui un instrument incontestable de développement, un puissant levier identitaire et un facteur de réconciliation nationale.
LN : Votre livre aborde-t-il la question de la législation sportive ?
RAA: Absolument. Il s'agit même de l'un des principaux axes de l'ouvrage.
Aucun développement sportif durable ne peut
être envisagé sans un cadre juridique, institutionnel et réglementaire solide. Le livre présente les fondements de la législation sportive, les principes de gouvernance, les responsabilités des institutions ainsi que les réformes nécessaires pour moderniser le système sportif haïtien.
J'y propose des pistes concrètes afin que le droit du sport devienne un véritable instrument de gouvernance et de développement.
LN : En Haïti, le sport est souvent perçu comme un simple loisir. Avez-vous abordé cette question ?
RAA : Oui, et c'est précisément l'une des idées que je souhaite déconstruire.
Limiter le sport au simple divertissement constitue une erreur stratégique. Dans les pays qui réussissent, le sport est considéré comme un investissement dans le capital humain, un secteur économique créateur d'emplois et de richesses, un porte-étendard diplomatique et un puissant catalyseur de cohésion sociale.
J'invite donc nos dirigeants et nos concitoyens à adopter une nouvelle culture sportive, fondée sur l'éducation, la planification et l'investissement.
LN : Combien de pages compte le livre ? Comment peut-on se le procurer et à quel prix ?
RAA : Le Pouvoir du Sport compte 234 pages réparties en onze modules complémentaires. Le lecteur y découvrira notamment la genèse du sport en Haïti, les fondements d'une politique publique sportive moderne ainsi qu'un important développement consacré au cadre juridique, institutionnel et législatif du sport.
L'ouvrage sera officiellement présenté lors de Vacances en Livres, le 15 août 2026, au Palais municipal de Delmas 33. À cette occasion, il sera proposé au prix promotionnel de 2 500 gourdes.
J'invite chaleureusement le public à se le procurer. Au-delà de son caractère inédit dans la littérature sportive haïtienne, je suis convaincu que chaque lectrice et chaque lecteur y trouvera un véritable livre de référence.
Le National: Un dernier mot
Ronald Antoine Auguste : Je terminerai par cette conviction qui résume l'esprit de l'ouvrage :
« En tant que notion individuelle et collective, le sport n'est pas seulement immémorial ; il est, par essence, adapté à toutes les générations et à toutes les époques. Bien pensé, bien organisé et bien soutenu, il peut faire naître ce grain nouveau que nous attendons tous. »
