Par Rhodner J. Orisma
Les américains ont renversé le président Nicolás Maduro du Vénézuéla le 3 janvier 2026 en raison de leurs intérêts pétroliers dans la région qui sont menacés. Ils entendent avoir le contrôle de plus de 3.3 milliards de barils de pétrole de réserve qui sont en train d'être exploités en majeure partie par la Chine dans le cadre d'une coopération plus prépondérante avec le Vénézuéla (Pomerleau, 2026).
Dans ce cas, pas de demi mesure! Le renversement de Maduro était jugé nécessaire pour restituer leurs privilèges et intérêts ou leur main mise sur le pays de Bolivar. Ce qui fait un nouvel an très mal négocié pour le droit international, la stabilité géopolitique de la région, la construction d'un monde multipolaire et autres.
Face à cette situation, ce n'est ni notre opinion, ni notre position qui comptent, ce n'est non plus notre opinion anti-américaine qui compte. Le tout ne mène à rien. Même les pays en dehors de la Russie et de la Chine dotées d'un armement nucléaire avancé ne peuvent avoir de pressions réelles, ni de réactions significatives contre l'escalade américaine au Vénézuéla. Alors, pour nous les intellectuels, nous ne pouvons instaurer dans nos analyses un rapport de force physique contre les américains. Les enjeux qu'implique cette escalade sont de mener une approche plutôt objective de négociation afin de porter les américains à se retirer du Vénézuéla.
En fait, pendant la guerre du Vietnam à la fin des années 60 et début 70 (1965-1973), c'est l'approche pacifiste mondiale et locale qui a effrayé les américains et les a poussés à se retirer du Vietnam. Le général américain W. Westmoreland, commandant de la guerre du Vietnam, a compris que c'est le sentiment pacifiste du peuple américain tout entier et la non-livraison des munitions demandées à Washington qui ont en conséquence entraîné l'abandon de ce conflit.
Voilà pourquoi une coalition mondiale, fondée sur un discours anti-hégémonique américain, peut toucher l'ensemble du peuple américain et amener Trump ou Washington à adopter une approche plus nuancée ou moins agressive face à la notion de lutte hégémonique.
Dans cette analyse, ce qui nous intéresse avant toute chose après l'enlèvement de Maduro, c'est le fait que plus d'un se demandent pourquoi le président américain Donald Trump menace d'envahir plusieurs pays et que parmi lesquels Haïti n'est pas cité. En effet, nous essayons de voir cette exemption de la manière suivante.
Haïti ne vaut pas même la peine d'être occupé. Il est donc totalement désorganisé et dérégulé ou anomique suivant le mot de Durkeim. Il est démuni de toute force nationale pour se protéger contre même les gangs ou bandits locaux, protéger ses frontières, etc. Suivant l'opinion d'un collègue sur le forum de l'Association des Professeurs de l'Université d'Etat d'Haïti (APUEH), le pays est déjà affaibli par les américains à travers les "dirigeants sous-hommes" pendant ces dernières années. Il ne devient qu'un détail, et les américains entendent de s'en emparer quand ils en auront besoin. "Opinion très forte et révoltante."
La montée des gangs qui ont occupé la zone métropolitaine à au moins 80% a prouvé que les forces de l'ordre n'existent pas et le pays est exposé à toute menace. Sans résistance majeure de la part des forces de l'ordre, même "des bandits à sapattes" arrivent à sévir partout dans la zone précitée. C'est normal et la réalité est facile à percevoir: ceux qui gouvernent le pays sont comparables à ceux qui dirigent les gangs.
Sinon, la Police Nationale et ses différentes unités de défense ne peut se laisser désarmée avec une telle facilité par des gangs illégaux. Ainsi, il fait bon de conclure que selon Jimmy "Barbecue" Chérizier l'implication de plus 90% des agents locaux dans les gangs rend difficile la mission de toutes les forces de sécurité réunies dans le pays.
Cependant, il y a des stratégies à respecter pour empêcher le pays d'être une proie des bandits et des puissances étrangères à volonté. En effet, les dirigeants doivent se respecter eux-mêmes, se montrer responsables et concernés par la réorganisation et la gestion des biens et ressources naturelles du pays.
Le pays doit donc sortir de ce climat de chaos. Une fois qu'il est réorganisé, doté d'infrastructures nécessaires, d'un système de logement et d'équipements sociaux formels le long de toute sorte de structures développementale, les bandits et éventuels envahisseurs auront de quoi à craindre.
Les potentiels occupants en particulier nous demanderont plutôt de négocier avec eux pour obtenir les ressources dont ils ont besoin que de pénétrer dans le pays comme leur arrière cour. Alors, nous aurons la latitude de coopérer sereinement dans l'intérêt national.
Bien que les théories de développement en administration et politiques publiques soient de nos jours très courantes, les dirigeants haïtiens ne respectent pas les principes fondamentaux de la construction et l'organisation du pays. C'est la corruption qui demeurent toujours leurs repères. Il nous semble qu'ils ne sont pas suffisamment formés pour gérer un pays dans une perspective moderne.
Ils ont même peut-être des doctorats, mais une fois au pouvoir, ils ont atteint du syndrôme de l'ignorance ou souffert de la "corruptivite" ou maladie de la corruption. Ce qui caractérise un manque d'énergie intellectuelle, laquelle définit l'incapacité de passer de la théorie à l'action. "Pawòl anpil selman yo pwòp, pale mete la."
Aucun de ces dirigeants n'est un véritable praticien qui fait preuve peut-être qu'ils ont fait une école de "scholar practitioners" fondée sur des recherches suivies formellement de pratiques. Le pays demeure en conséquence non construit et en état permanent d'effondrement. Il ne jouit pas de respect. Il est toujours susceptible d'être occupé. Aucun pays amis ne réagira d'une manière appropriée pour le défendre quand il serait occupé. Il faut changer de tendance ou d'école pour tenter de travailler et développer le pays afin de garantir notre respect à l'étranger et d'éviter le risque d'être occupé à volonté.
Comme bien d'autres écoles de différentes régions, l'école anglo-saxonne forme leurs cadres sur la base d'une théorie de scholar practitioner. Pays voisin, les États-Unis font partie des grandes nations anglo-saxonnes ou impérialistes dont les dirigeants sont par exemple formés dans ladite école, ont une forte justification pour des approches pratiques, et des actions d'expansion et de domination.
Première république noire, Haïti doit adhérer à la même école qu'eux-mêmes afin de développer des valeurs plus pratiques en développement et devenir un coopérant clé pour les pays amis et ceux d'Afrique. Sinon, aucun pays ne répondra aux actions américaines si le pays serait occupé par exemple nous tenons à répéter.
Ainsi, une lecture de l'enlèvement de Maduro et l'éventuelle occupation du Venezuela prouve les attitudes extra-légales et expansionnistes des américains. Bien que le Venezuela soit plus respecté, perçoive plus de coopérations économiques et de coalitions idéologiques à l'étranger, Moscou et Pékin ou ces deux là en particulier ne vont pas répliquer pour lui militairement.
Que peut-on dire alors dans le cas d'Haïti? Rien formellement! Moscou et Pékin vont trouver davantage que c'est tout normal que Haïti soit envahi puisqu'ils comprennent depuis plus de deux siècles le slogan que l'Amérique aux Américains. Et Haïti en soi n'a en évidence aucune politique formelle interne ou autonome pour défier ledit slogan.
Haïti doit faire des efforts en vue d'être un pays digne de ce nom et d'avoir une diplomatie adéquate pour être à l'abri des menaces d'occupation. Après plus de 16 ans du tremblement de terre du 12 janvier 2010 qui a fait plus 220 mille morts et 300 mille blessés, endommagé et détruit au moins 313 maisons ou fait près de 1.5 millions de déplacés (PDNA, 2010, cité dans Orisma, 2020), l'on aurait cru que quelque chose allait être faite au niveau de la reconstuction du pays et pour le mettre sur une voie adéquate au développement. Rien n'est fait!
A quand une prise de conscience réelle chez ses dirigeants parasites? Pendant que le pays n'a besoin que d'une agriculture intelligente (Banque mondiale, 2920) et des politiques urbaines d'une manière accélérée pour se développer et répondre au moins aux besoins primaires, ils ne font que défendre des intérêts relatifs au contrôle du pouvoir politique et de piller les fonds publics.
Rhodner J. Orisma
Département de philosophie et science politique
Ierah/Iserss - Ueh
Références
1. Banque mondiale. (2020). Agriculture intelligente pour la nutrition en Haïti. https://documents1.worldbank.org/curated/en/798501597204647137/pdf/Nutrition-Smart-Agriculture-in -Haiti.pdf. (Consulté le 12 janvier 2026).
2. Orisma, R.J. (2020). From Revolution to Chaos in Haiti (1804-2019): Urban Problems and Redevelopment Strategies, USA, XLibris.
3. Pomerleau, S. (2026, Jan. 5). President Trump Wants Investments in Venezuelan Oil: What Are the Challenges? https://www.americanactionforum.org/insight/president-trump-wants-investments-in-venezuelan-oil-what-are-the-challenges/ (Consulté le 12 janvier 2026).
