« Pourquoi Haïti doit choisir la République populaire de Chine en lieu et place de Taïwan ? », lit-on dans une Tribune parue dans le journal Le National.
Ce n’est pas la première fois que la presse haïtienne se fait l’écho de certains secteurs qui, faisant valoir ce qu’ils appellent la « nécessité d’un repositionnement stratégique », prônent une rupture des liens diplomatiques de la République d’Haïti avec la République de Chine (Taïwan) au profit de la République populaire de Chine.
Les tenants de cette vision s’appuient sur une conception étriquée, purement utilitariste, des relations internationales. Leurs arguments se fondent presque exclusivement sur des données quantitatives mettant en relief la place prétendument dominante qu’occuperait la République populaire de Chine dans le nouvel ordre économique mondial. Toutefois, ces analystes négligent ou omettent de signaler une foule d’autres dimensions, moins ostentatoires sans doute, mais qui n’en demeurent pas moins d’une grande pertinence, voire essentielles, dans l’écheveau complexe des relations internationales et des rapports interétatiques.
Contrairement à ce qu’affirme l’article susmentionné, les relations entre la République de Chine et Haïti ne sauraient être interprétées comme reflétant un blocage sur des positions héritées du passé. Elles correspondent, de préférence, à un choix librement assumé de deux États souverains et maintenu avec constance par les Gouvernements successifs des deux pays qui, par-delà les aléas de l’histoire, continuent de cultiver des liens d’amitié et de promouvoir une coopération bilatérale harmonieuse, fructueuse et mutuellement bénéfique sur la base de leur communauté de valeurs, de leur engagement commun en faveur de la démocratie, de la liberté et des droits fondamentaux de l’homme, de la paix, de la coopération et du développement international.
L’ampleur des liens tissés dans de nombreux domaines entre la République de Chine (Taiwan) et la République d’Haïti ne doit pas être sous-estimée. Il suffit, pour illustrer le poids et la qualité de la coopération économique et technique haïtiano-taiwanaise, de mentionner la longue liste des réalisations communes dans les domaines de l’agriculture, de la santé publique, de l’aménagement d’infrastructures et de la reconstruction post-séisme, de la formation et, plus récemment, de la promotion de l’investissement.
Toutefois, l’importance des relations entre les deux pays ne saurait se mesurer uniquement en termes de retombées économiques et commerciales.
La République de Chine (Taiwan) et la République d’Haïti sont unies par une amitié profonde qui ne s’est jamais démentie au fil des décennies et qui se traduit aujourd’hui par des échanges culturels en pleine expansion, la présence de dizaines de boursiers haïtiens en République de Chine, des rencontres soutenues entre représentants du secteur privé, sans compter les missions techniques et les réunions bilatérales de haut niveau, qui donnent une densité et une tonalité toutes particulières aux relations entre les deux pays. La visite à Taipei en mai 2018 du chef de l’État haïtien, S. E. Jovenel Moïse, et celle effectuée récemment à Port-au-Prince par la Présidente de la République de Chine (Taiwan), S.E. Tsaï Ing-Wen, parallèlement aux avancées significatives enregistrées sur le plan de la coopération bilatérale, notamment en matière énergétique, s’inscrivent dans cette tradition établie de longue date.
À l’aube de cette année qui marque le 65e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la République de Chine et Haïti, il y a lieu de se féliciter de la solidité des liens multiples qui unissent les deux peuples et des perspectives encore plus prometteuses qui s’ouvrent à la coopération entre les deux Gouvernements.
Le peuple taiwanais demeure particulièrement sensible à l’amitié de la République Haïti, qui, dans les instances internationales et à l’Assemblée générale des Nations unies tout particulièrement, apporte un soutien constant, énergique et inestimable à la cause de la République de Chine et à son droit légitime d’exister, de prospérer et de mener sa propre destinée, en dépit de ceux qui s’obstinent à considérer qu’elle est « une province ayant vocation à être réunifiée » à la Chine continentale.
Jonel DILHOMME
Professeur au CEDI
oeil.diplomatique@gmail.com
