Dans L’Afrique et la révolution, Ahmed Sékou Touré rappelle que toute société repose sur la continuité du peuple, ainsi que sur une civilisation et une culture construite par la vie collective. Cette réflexion permet de distinguer la véritable conscience révolutionnaire des slogans, des postures et des ambitions personnelles qui se présentent abusivement comme un engagement politique.
Une révolution ne se réduit ni à des discours, ni à un uniforme, ni à une campagne électorale. Elle exige une transformation profonde de l’ordre ancien, une élévation de la conscience et une volonté constante d’améliorer la condition humaine. Être révolutionnaire signifie donc rester solidaire des masses, notamment des pauvres, des exclus et de toutes les victimes de l’injustice sociale. Les convictions authentiques prennent racine dans la souffrance et la misère du peuple, non dans la recherche d’un poste ou d’un privilège.
Le nationaliste véritable croit d’abord en l’être humain et en la capacité du peuple à se renouveler, à résister et à construire son avenir. Il ne confond pas la politique avec une carrière personnelle, l’enrichissement ou la conquête du pouvoir. Il refuse les élections frauduleuses, les manipulations et la légitimité artificielle d’un système dominé par la corruption et la violence. Sa fidélité ne va pas à un parti, à une fonction ou à une ambition individuelle : elle va au peuple.
La situation haïtienne révèle pourtant l’imposture de nombreux acteurs politiques. Certains dirigeants, autrefois très virulents contre un système mafieux et prédateur, ont rapidement changé de position. Ils se sont murés dans le silence alors que les gangs massacrent, kidnappent, violent, dépouillent et chassent les familles des quartiers populaires. Cette volte-face traduit l’archaïsme moral d’une classe politique davantage préoccupée par les alliances, les candidatures et les bénéfices du pouvoir que par la défense des citoyens.
Le drame de Kenscoff illustre cette faillite. Des familles ont été déplacées, des vies détruites et des populations abandonnées à la terreur. Pendant ce temps, les candidats permanents, toujours en campagne même en l’absence d’élections, oublient que la politique ne se limite pas à solliciter un bulletin de vote. Celui qui ne se manifeste qu’à l’approche des scrutins et disparaît lorsque le peuple souffre n’est pas un révolutionnaire, mais un opportuniste.
Le véritable nationaliste doit également dénoncer les secteurs politiques et économiques qui entretiennent le chaos, notamment en alimentant les réseaux criminels en armes et en munitions. Il doit rappeler au pouvoir que gouverner consiste d’abord à protéger la population, rendre justice aux victimes et défendre la souveraineté nationale. Un gouvernement qui attend les diktats étrangers et tolère la violence renonce à sa responsabilité historique.
Résister n’est pas facile lorsque l’argent, la peur et les privilèges imposent le silence. Pourtant, le révolutionnaire authentique résiste même isolé, car il sait que le pouvoir, les palais et les fortunes sont éphémères. Les hommes passent, mais les crimes commis contre le peuple demeurent dans la mémoire collective. Celui qui ferme les yeux devant les cadavres ne peut prétendre parler au nom des opprimés. Le véritable nationaliste choisit le camp du peuple et accepte d’en payer le prix.
Prof. Esau Jean-Baptiste
