Le rap et le slam sont comme deux frères jumeaux. Telle est la comparaison faite par le jeune slameur et professeur de théâtre Chouno Lamarre, de son nom d’artiste Slamarre. Toutefois, il existe une très petite différence entre ces deux pratiques artistiques, a-t-il précisé.
«Le rap et le slam sont des symboles de la contestation des gens défavorisés, des banlieues, des cités…», a repris Slamarre lors d’une interview accordée au quotidien Le National. Considérés comme la parole des jeunes de ghettos, le rap et le slam, a-t-il comparé, sont comme deux frères jumeaux. La différence qui existe entre eux est très petite.
Pour montrer leurs points de rencontre, Slamarre part des origines du rap et du slam. « Ces deux pratiques artistiques – le rap et le slam – ne sont pas nées à la même époque. Mais ils ont tous pris naissance aux États-Unis », a retracé Slamarre, directeur artistique du festival Slam Haïti. Apparu en 1980 à Chicago, aux USA, le slam prend aussi la forme festive, contestataire et/ou d'ego trip avec des paroles virulentes au même titre que le rap qui, a-t-il rappelé, est également né aux États-Unis vers les années 1970.
Pour paraphraser Slamarre, certes, le slam n’est pas une composante du mouvement hip-hop qui comprend : le rap, les djaying (les DJ), le b-boying ou break dancing (la danse), le graffiti (l’art graphique)… Mais il épouse toutes les thématiques de la vie humaine même si, pour lui, il est avant tout l’un des symboles contre l’exclusion, le chômage et le racisme. « Le rap et le slam sont deux pratiques artistiques, à base de poésie, qui luttent pour la même cause : dénoncer les problèmes auxquels les ghettos font face », a-t-il résumé, se référant au fondateur du slam, Marc Smith, qui soutient que « faire du slam, c’est défendre les gens marginalisés, défavorisés, c’est-à-dire ceux qui sont privés de leurs droits ».
Selon ses propos, le slameur claque toujours les mots en utilisant la mélodie, le rythme et le tempo. Contrairement à un rappeur, la musique instrumentale n’est pas nécessairement. « Le slameur est un véritable créateur, un poète. Il ne suit aucune contrainte rythmique », a ajouté Chouno Lamarre qui, toutefois, souligne que la question de la musicalité et de la prosodie occupent une place importante dans le rap et le slam.
Le freestyle est un exercice très utilisé dans le rap. Pour reprendre la chercheuse Véronique Petetin, il s’agit d’un « moment particulier où le rappeur doit montrer son talent en improvisation. Cela lui permet de tester son niveau de flow et de texte. Le flow est la technique dont le rappeur use pour passer son texte ». Dans le slam, cette technique, à en croire Slamarre, n’est pas utilisée. « Chez le slameur, l’improvisation n’existe pas ; il écrit ses mots, prépare toujours ses performances », a-t-il fait savoir.
D’un autre côté, l’auteur du « Trafiquant », en collaboration avec Kensly Monestime, Clyde et Gamma, n’ignore pas qu'un slameur pourrait se retrouver dans une situation où il cherche des mots qui lui échappent. « Se retrouver dans cette impasse ne veut pas dire que le slameur improvise tenant compte de la manière dont l'improvisation est définie dans le rap », a-t-il conclu.
Écrivain, slameur et acteur, Slamarre a participé en tant qu’artiste (performeur) dans plusieurs grands événements en Haïti, dont Carifesta, Quinzaine de la Francophonie et le Congrès de l'Arcahaie où il a incarné le rôle de Jean-Jacques Dessalines. Il est l’un des acteurs figurant dans le film Freda, la dernière réalisation de Gessica Généus, et a joué dans deux feuilletons radiophoniques : Tim-Tim et Zoukoutap.
En 2016, après ses études en Art dramatique à l’École nationale des Arts (ENARTS), il a créé sa propre société : Krèm-Lank (association organisatrice du festival Slam Haiti).
Wilner Jean
