Si vous posez la question à un français, un russe, et un américain, sur la danse que pratiquaient Napoléon 1er, le président Georges Washington, ou le Tsar Alexandre 1er, il vous répondront, et pourront même produire un spectacle culturel pour vous en convaincre. Mais, si vous demandez à un Haïtien la danse qui donnait à l'empereur Jacques 1er une occasion de se mettre en scène du divertissement, il trouverait peut-être la question banale, ou vous répondra qu'il n'en sait rien. Pourtant, le roi Henri 1er se lamentait que le premier chef d'État haïtien, Jean Jacques Dessalines, ait été un fervent danseur du carabinier à la célébration de la deuxième année de l'indépendance haïtienne au palais impérial de la première capitale d'Haïti, la ville de Marchand. Pourquoi ce désintérêt pour l'histoire de la vie privée des ancêtres et pour ce qui pourrait constituer les traditions de notre culture, et les richesses anthropologiques de l'homme haïtien?
Quand l'anthropologue Jean Price Mars écrivait que l'haïtien est un peuple qui souffre, chante, et danse, il en avait vu les preuves dans ses visites à travers les campagnes perdues haïtiennes. Mais, ses expériences de chercheur ont cessé d'inspirer les intellectuels haïtiens, depuis l'école indigéniste, et les danseurs et musiciens haïtiens, depuis la génération contemporaine du maestro Issa El saieh. À cette fameuse époque du retour aux valeurs traditionnelles et de leur promotion, l'identité de la nation dans ce qu'elle était comme savoir être et savoir faire était mise sur la scène et admirée par les touristes qui visitaient un pays qui allait connaitre une dictature de 29 années, avant le chant de la démocratie qui promettait prospérité et modernité au peuple. Mais, un bilan des politiques culturelles pendant le renouvellement politique de l'état d'Haïti prouve que la société haïtienne est en panne d'industries culturelles et qu'elle n'est pas arrivé à populariser et à conserver ses certaines valeurs traditionnelles, dont les danses carabinier et Croisé le 8 qui se pratiquent dans certaines régions perdues et ignorées d'Haïti.
En effet, si nous ne voyons pas sur les écrans de télévision, sur les scènes de compétitions nationales des performances dans ce domaine de l'esthétique que le corps, comme support de communication symbolique, peut assurer dans la transmission des messages sociaux, c'est à cause des visions limitées des différentes politiques culturelles. En effet, dans les programmes d'éducation culturelle et artistique à travers les écoles initiés tardivement avec le nouveau secondaire, et dans les centres culturels municipaux qui doivent relayer les politiques culturelles publiques, les acteurs étatiques auraient pu intégrer des cours pour formaliser et modéliser les différentes figures de ces danses traditionnelles. Éventuellement, les professeurs et les apprenants pourraient inventer de nouvelles figures et concevoir des chorégraphies pour les vidéoclips, les compétitions, et les spectacles nationaux et internationaux ( Carifesta et compétition interdépartementale de danses traditionnelles par exemple). Le bureau national d'ethnologie tentait une expérience avec un programme d'inventaire sur les traditions haïtiennes et des journées de rencontres scolaires, avec le directeur Erol Josué, mais qui ne pouvait pas suppléer les actions du ministère de la culture, et qui ne devait pas durer longtemps avec la dégradation du climat de sécurité dans la zone de cette institution. Toutefois, ses démarches pourront être reprises par tout autre éventuel directeur de cette institution que le romancier Jacques Roumain avait créé pour lui faire remplir la fonction de la recherche, de la promotion, et de la sauvegarde des valeurs culturelles traditionnelles haïtiennes.
Ce serait une erreur de gouvernance culturelle de laisser disparaitre ces danses traditionnelles qui ont marqué la vie de nos dirigeants et des amoureux de notre nation qui a été poétiquement bien définie par l'anthropologue Jean Price Mars. Car ce peuple qui souffre, et qui sait résister courageusement a besoin de renouer à ses danses qui le mettait en scène pour ses complaisances et pour les étrangers qui l'admiraient, sans omettre de le respecter comme un peuple fier de qu'il était dans l'âme, et qu'il devra rester après sa sortie de cette crise qui l'accable.
Cheriscler Evens
Journaliste et professeur
Pour faire renaître les danses traditionnelles d'Haïti!
