L’influence du Compas haïtien continue de s’étendre bien au-delà des frontières de la Caraïbe. Dans un récent article consacré à la montée en puissance du genre en Afrique de l’Est, le média panafricain OkayAfrica souligne que le Compas haïtien fait désormais danser l’Afrique de l’Est et inspire une nouvelle génération d’artistes de la région. Parmi les figures qui participent à ce rapprochement musical entre Haïti et l’Afrique figure l’artiste haïtiano-congolais Paska, dont la collaboration « Your Body » avec le collectif kényan Kodong Klan témoigne de cette dynamique grandissante.
Lorsque Paska s’est rendu au Kenya en novembre dernier, il avait prévu de participer à un festival de Compas sur la côte kényane et de développer plusieurs projets musicaux avec des artistes locaux. Toutefois, ce voyage lui a permis de découvrir une réalité qui l’a profondément marqué : le Compas occupait déjà une place importante dans plusieurs communautés musicales d’Afrique de l’Est.
L’artiste raconte avoir été surpris par l’accueil réservé à cette musique née en Haïti. Selon lui, ce séjour lui a donné l’impression de retrouver certains aspects de son pays natal à travers la culture, les habitudes et surtout l’amour que les populations locales portent à la musique et à la danse.
Cette impression est également renforcée par plusieurs similitudes culturelles observées entre Haïti et le Kenya. Paska évoque notamment le parallèle entre le Rabòday haïtien et le Gengetone kényan, deux genres urbains extrêmement populaires auprès de la jeunesse. Il souligne également la ressemblance entre les célèbres Tap-Tap haïtiens et les Matatu kényans, deux moyens de transport devenus de véritables symboles culturels dans leurs pays respectifs.
Selon OkayAfrica, le Compas a progressivement gagné du terrain dans plusieurs pays d’Afrique de l’Est grâce à son caractère mélodique, sa richesse rythmique et sa capacité à rassembler les gens sur les pistes de danse. D’abord présent dans les communautés de danse afro-latine aux côtés de la salsa, du kizomba et de la bachata, le genre a fini par influencer directement plusieurs artistes locaux.
Aujourd’hui, des noms majeurs de la scène musicale est-africaine comme Ali Kiba, Bien, Zuchu, Jay Melody, Mbosso, Siji ou encore Okello Max incorporent dans leurs productions des éléments qui rappellent les sonorités du Compas haïtien.
Le média cite notamment le succès du morceau « Finale », interprété par Bien et Ali Kiba, comme l’un des exemples les plus significatifs de cette influence grandissante. Considérée comme l’une des chansons les plus populaires de l’année dans la région, cette œuvre a suscité de nombreuses discussions sur les réseaux sociaux où plusieurs internautes ont relevé sa proximité avec les rythmes et les mélodies du Compas.
Cette évolution témoigne d’un intérêt de plus en plus marqué pour la musique haïtienne dans une région du monde où les échanges culturels avec la Caraïbe prennent une nouvelle ampleur. Pour de nombreux observateurs, le phénomène dépasse désormais le simple cadre de l’inspiration musicale pour devenir un véritable mouvement culturel.
C’est dans ce contexte qu’est née « Your Body », la collaboration entre Paska et le collectif Kodong Klan. Sorti le 6 février dernier, le morceau est le fruit d’une coopération entre plusieurs acteurs de l’industrie musicale haïtienne et kényane, notamment Kitel Mache, Baxx Entertainment Group et le producteur Trevor Magak.
Au-delà de l’aspect artistique, cette collaboration symbolise le rapprochement entre deux espaces culturels longtemps liés par l’histoire, mais qui trouvent aujourd’hui dans la musique un nouveau terrain d’échange. Le projet démontre également la volonté de plusieurs artistes africains et haïtiens de bâtir des ponts durables à travers leurs créations.
Pour Paska, cette expérience a confirmé que l’influence culturelle d’Haïti est parfois plus importante que ce que les Haïtiens eux-mêmes imaginent. Le voyage lui a permis de constater que le Compas continue de traverser les frontières et de toucher des publics qui ne parlent ni créole ni français, mais qui se reconnaissent dans son énergie, ses mélodies et son émotion.
Alors que certains observateurs parlent désormais de « Swahili Compas » ou de « Compas Flava » pour désigner certaines adaptations locales du genre, l’intérêt croissant des artistes est-africains pour les sonorités haïtiennes laisse entrevoir de nouvelles opportunités de collaboration entre Haïti et l’Afrique.
À travers le succès de « Your Body », l’engouement observé au Kenya et les analyses publiées par OkayAfrica, une réalité apparaît de plus en plus clairement : le Compas haïtien poursuit son expansion internationale et trouve aujourd’hui en Afrique de l’Est l’un de ses nouveaux territoires d’expression les plus prometteurs.
James Guerrier
Jemixb@gmail.com
