L’astre du jour

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Je demeure convaincue que l’unique raison pour laquelle les autorités de chez nous ne s’activent guère pour que la rentrée des classes soit une réalité, est leur désir de laisser à l’enseignante que je suis du temps libre. Temps libre, dont je m’efforce de faire bon usage.

 

J’ai ainsi pu visionner à loisir la très émouvante cérémonie d’adieu à Mikaben, tenue ce dimanche 6 novembre, à Miramar, non loin de Miami en Floride. Je dis merci et bravo à la famille de Michael Benjamin et à tous ceux qui ont conçu et supervisé cette célébration. C’était beau. C’était bien. C’était grand.

Rien n’y a manqué. Nul n’était de trop.

J’ai aimé l’urne sculptée contenant les cendres de Mikaben. Si belle, si appropriée à ce qu’était le défunt.

J’ai aimé la profusion de fleurs jaunes et blanches à l’extérieur de l’édifice où se déroulait l’événement; bleues et rouges sur la scène.

J’ai aimé les gigantesques posters en 3D si évocateurs de Mikaben.

J’ai aimé le professionnalisme et l’empathie des deux présentateurs, qui ont toujours été dans le ton.

J’ai aimé la simplicité et l’à-propos des officiels présents  - officiels américains - qui n’ont pas fait dans le ronflant.

J’ai aimé le naturel et la sincérité avec lesquels les confrères musiciens de Mikaben ont parlé de lui. Je crois que jamais une telle palette de superstars de la musique haïtienne ne s’était retrouvée sur une même scène. Chacun n’était pas venu faire son show. Elles sont venues, ils sont tous là (comme dirait un certain Charles, chanteur lui aussi) pour graviter dans l’orbite de l’unique astre du jour.

J’ai aimé la dignité, la candeur, l’humour et surtout l’immense tendresse avec lesquels Mikaben, époux, fils, père et frère, nous a été dépeint.

J’ai aimé cette tristesse sereine dans laquelle la cérémonie a baigné. J’ai reconnu cette forme particulière de souffrance pour l’avoir déjà expérimentée. Je crois que cette sérénité face au deuil est le fruit de beaucoup de facteurs tels le caractère, l’éducation, les circonstances du décès… Mais elle est surtout le fruit d’une absolue confiance en Dieu, de la sollicitude des parents et amis qui supportent la peine, de l’amour partagé avec le défunt de son vivant . Amour que rien ne peut détruire. L’admirable courage manifesté par les proches de Mikaben, sa veuve, son fils, ses père et mère, son frère et sa sœur n’est pas surprenant. Oserai-je dire que cela coule de source ?

 

Les témoignages entendus depuis le 15 octobre 2022 s’accordent pour présenter Mikaben comme un être exceptionnel. Il était issu d’un lieu qu’il a à son tour ensemencé. Davantage encore depuis sa mort. La cérémonie de dimanche, sans commune mesure, était à la hauteur de ce que Michael Benjamin a reçu et de ce qu’il a donné.

Le spectacle de dimanche, hymne à l’amour, représente aussi le triomphe du tèt ansanm, valeur chère à Mikaben. Il est à souhaiter que cette unité ne reste pas aux vestiaires, chacun - artiste et spectateur - reprenant son costume de semeur de division à la fin de la prestation.

 

Le bouquet d’émotions de dimanche ne vivra pas aussi longtemps que la douleur des proches. Même sereins, le chagrin, la sensation de vide resteront vivaces, profonds, par moments envahissants. Dlo p ap fin koule nan je yo. L’énergie que dégageait Mikaben restera une grande source de réconfort.

Mais comment faire pour que l’onde de choc créée par la mort aussi soudaine que spectaculaire de ce compatriote talentueux et généreux balaie ces attitudes mortifères qui nous éloignent chaque jour davantage de l’Ayiti dont rêvait Mikaben ?

Mika, ou poko fin travay !

Nathalie LEMAINE

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