Hubermane Ciguino, nouveau docteur en économie de l'université Quisqueya

0
4029

L'étudiant, Hubermane Ciguino, qui vient d'être admis au titre de docteur en économie, a reçu sa première formation en économie à l'université d'État (il était parmi les cinq lauréats pour un stage) et a poursuivi ses études de Master et de doctorat à l'Université Quisqueya, sous la direction du docteur Bénédique Paul.

 

Le disciple désormais accompli a défendu le mercredi 24 mai 2023 sa thèse d'économie sur la microfinance haïtienne, dans les prolongements des travaux de son maître.

 

La thèse dont les trois chapitres ont déjà été publiés dans des revues à comité de lecture porte respectivement sur la résilience des organisations de microfinance, la littératie financière et la performance des micro-entreprises bénéficiaires de microcrédit.

 

L'impétrant désormais docteur en économie a défendu avec brio et calme sa thèse devant un jury composé de professeurs de plusieurs continents dont :

Alix Daméus, université d'État d'Haïti ;

Sergot Jacob, université Quisqueya ;

Raulin L. Cadet, université Quisqueya ;

Holimalala Randriamanampisoa, université d'Antananarivo (Madagascar) ;

Étienne B. De Villemeur, université de Lille (France) ;

Chistian Poncet, retraité de l’université de Montpellier (France) ;

Evens Emmanuel, université Quisqueya.

C'est ce jury d'experts qui lui a décerné le titre de docteur en économie après délibération précédée d'une soutenance publique ayant attiré beaucoup d'attention, puisque plus de 50 personnes sont venues y assister, soit en présentiel ou en distanciel. Et pour que chacun ait accès aux débats, les services informatiques de l'université Quisqueya ont diffusé l'événement en direct sur les réseaux sociaux.

 

Pour mémoire, voici un résumé de la thèse, tel qu'il apparaît dans le manuscrit déposé à l'École Doctorale Société Environnement (EDSE) de l'université Quisqueya :

 

Les approches d’analyse par les performances sociale et financière ne suffisent pas lorsqu'il s'agit d’analyser les effets financiers des programmes de microfinance sur les microentreprises bénéficiaires. L’approche welfariste prend en compte la situation de pauvreté des bénéficiaires mais ne concentre pas l’attention sur la performance des microentreprises dirigées par les microemprunteurs. L’approche institutionnaliste qui considère la viabilité financière des organisations de microfinance (OMF) ne tient pas assez en compte la résilience en contexte de chocs. Dans cette thèse par article, nous avons d’abord étudié la résilience des OMF haïtiennes durant la période de crises récentes. Ensuite, au niveau des bénéficiaires, nous avons analysé les conditions de microfinancement et le niveau de littératie financière comme déterminants de la performance financière des micro, petites et moyennes entreprises (MPME). 

 

Malgré la crise qui s’est installée dans le pays depuis 2018, les acteurs de l’intermédiation de la microfinance subsistent. Dans ce contexte, la question générale qui nous intéresse est : comment expliquer la pérennité de l’intermédiation microfinancière en Haïti ? Cette question est abordée dans les trois chapitres de la thèse. Le premier chapitre analyse le niveau de résilience des OMF afin de déterminer leur capacité à offrir de services financiers aux microentreprises dans un climat de crise continue et de chocs aigus.  Il s’intéresse à la question suivante : les OMF haïtiennes ont-elles été résilientes face aux chocs que traverse le pays ? Le peyi lòk et le COVID-Lockdown ont été retenus comme cas de chocs. L’analyse a été effectuée à partir d’une enquête auprès de 30 OMF à travers les 10 départements géographiques d’Haïti. Toutes ces OMF se sont relevées des deux principaux chocs subis. L’estimation d’un modèle économétrique révèle que la qualité du portefeuille de crédit est le principal facteur associé au niveau de résilience des OMF, conformément à la littérature.

 

Le deuxième chapitre porte sur le niveau de littératie financière des marchandes de fruits et légumes à travers l’aire métropolitaine de Port-au-Prince et son impact sur la performance financière de leurs microentreprises clientes des OMF. Ces femmes microentrepreneures ont fait face à des défis, tels que l’insuffisance de capital financier, l’analphabétisme, le manque de connaissances, l’absence de programme de formation, le manque d’expérience en gestion ou plus généralement le faible niveau de littératie financière comme problème important dans le développement de leurs microentreprises. Dans ce chapitre, nous avons étudié les questions suivantes : Quel est le niveau de littératie financière des femmes dirigeantes des microentreprises impliquées dans la vente de fruits et légumes dans la région métropolitaine de Port-au-Prince ? Ce niveau de littératie financière est-il plus élevé pour les femmes ayant participé à l’intermédiation financière ? Et enfin, le niveau de littératie financière accroît-il la performance des microentreprises ? L’étude a été menée auprès de 106 marchandes de fruits et légumes à travers l’aire métropolitaine de Port-au-Prince. Les résultats montrent que les clientes des organisations de microfinance ont un niveau de littératie financière plus élevé que les autres.   

Dans le troisième chapitre, nous sommes partis de l’idée que la performance d’une MPME est liée aux caractéristiques du crédit et au profil du microentrepreneur. Ce qui nous amène à cette interrogation : La performance des microentreprises est-elle renforcée par les conditions de microfinancement et le niveau de littératie financière des microentrepreneurs ? L’analyse a été menée à partir d’un échantillon de 544 bénéficiaires établi par sondage aréolaire étalé sur treize communes dans quatre départements géographiques du pays. La performance financière des microentreprises est renforcée par des conditions de microfinancement favorables et un niveau de littératie financière moyen ou élevé des microentrepreneurs. Les résultats de cette recherche, une première sur la littératie financière en Haïti, contribuent à la littérature. 

 

Mots clés : Résilience, littératie financière, microentrepreneuriat, conditions de microfinancement, performance financière, Haïti.

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

0 COMMENTAIRES