Haïti souffre-t-elle du modèle flibustier de la malédiction des ressources naturelles ?

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La thèse de la malédiction des ressources naturelles pour expliquer une relation négative de la croissance économique avec l’abondance de ressources naturelles a été étayée par un ensemble d’études (e.g. Auty, 2001 ; Karl, 1997 ; Sachs & Warner, 2001 ; Moradbeigi and Law, 2016 ; Brückner, 2010). C’est une vaste littérature qui traite sous des angles divers de la problématique de la malédiction des ressources naturelles. Dans une régression mettant en exergue les exportations de ressources naturelles et la croissance économique, Sachs & Warner (1997) ont établi que le retard économique des pays de l’Afrique subsaharienne résulte de politiques économiques inefficaces et d’une intégration insuffisante aux marchés internationaux. En dehors d’analyses appropriées pour en déceler les motifs, les non-initiés aux enjeux économiques et géopolitiques n’auraient pas tort de nourrir l’impression de vivre un paradoxe dans cette potentielle relation négative entre les ressources naturelles et le développement économique. Toutefois, Karl (1997) nous évite cette ambigüité de la pensée en nous livrant son titre fascinant : « Les périls de l'État pétrolier : Réflexions sur le paradoxe de l’abondance ». L’auteur stipule : « Les États pétroliers reposent sur une trajectoire de développement non soutenable alimentée par une ressource épuisable, et les rentes produites par cette ressource constituent une barrière implacable au changement ». Cette déduction peut évidemment s’extrapoler sur tout autre pays détenteur de ressources minières et énergétiques. Ce numéro de la chronique « Gouvernance » passe en revue un ensemble de recherches pour essayer de comprendre la plausibilité de l’argument de la malédiction des ressources naturelles tout en jetant un regard spécifique sur Haïti. Avant d’entrer d’emblée dans l’analyse des ressources naturelles du pays, l’article prend se focalise sur des causalités entre la richesse des ressources naturelles avec la corruption et les incitations à des conflits armés.

D’un point de vue purement économique, l’abondance des ressources naturelle peut freiner la croissance économique à long terme en perturbant l'équilibre de la croissance entre les différents secteurs de l'économie. Par exemple, Moradbeigi & Law (2016) montrent un lien négatif entre la volatilité des termes de l'échange pétroliers et la volatilité de la croissance. Conformément à la littérature sur les revenus de la rente, Brückner (2010) démontre que la malédiction des ressources naturelle est un symptôme des sociétés caractérisées par des niveaux élevés de corruption et des mécanismes de contrôle inefficaces sur la prise de décision politique. Les ressources naturelles alimentent la corruption à travers l’octroi de licences exclusives aux élites politiques et à leurs collaborateurs (locaux et étrangers) pour l'exploitation et l'exportation de ces ressources (Ades & Di Tella, 1999), Leite & Weidmann (1999). Cette pratique vicieuse hypothèque la bonne marche des institutions tout en incitant à une concurrence économique déloyale au sein des nations qui en sont victimes. Des études ont établi qu’en plus de l'abondance des ressources naturelles, l'ampleur de la corruption dépend des politiques gouvernementales et de la concentration du pouvoir bureaucratique. La déduction de conséquences négatives des dotations naturelles dues à la faiblesse institutionnelle souscrit aux réflexions émises dans la fameuse pièce « Why Nations Fail ». Acemoglu & Robinson (2013) soutiendraient que les institutions gouvernementales défaillantes portent préjudice à la performance économique en réduisant à la fois les incitations et les opportunités d'investissement et d'innovation.

 

La corruption, cause majeure de la malédiction  

La corruption n’est pas une pratique exclusivement inhérente aux sociétés sous-développées. Un ensemble d’études ont souligné la participation tacite des entreprises multinationales du Nord dans la corruption qui désarticule les sociétés du Sud (Cooke et al., 2022 ; Zhu, 2016 ; Kotchen & Moon, 2012 ; Arlen, 2018). Dans leur classification triangulaire des types de crimes, Clinard & Yeager (2011) parle de crime organisationnel pour catégoriser les infractions commises par les grandes corporations multinationales, les ONGs et les organisations internationales. Tout en reconnaissant l’importance de plusieurs organisations dans des pratiques efficientes ainsi que la diffusion de la technologie, Cuervo-Cazurra et al. (2021) a indexé le comportement répréhensible des corporations multinationales par leur contribution à la corruption, la surexploitation des ressources naturelles et des abus infligés à des travailleurs. Kohl (2016) soutient que l’irresponsabilité éthique des compagnies multinationales est susceptible de se manifester et de générer des externalités négatives sur les plans de l’environnement, de la gouvernance et du climat social. Lesquels comportements déplorables des multinationales peuvent être motivés tant par des facteurs internes que par des facteurs externes ( Timofeyev, 2015; Stohl et al., 2017 ; Christmann & Taylor, 2006; Gillespie & McBride, 2013). Par exemple, des études (e.g. Fiaschi et al., 2017Keig et al., 2015; Jeong & Weiner, 2012) ont émis que le contexte politique et institutionnel peut également polluer les pratiques des multinationales en les incitant à la corruption et à d’autres formes d’enrichissement illicite.

En se référant aux conditions essentielles à un acte de corruption relatées par Zyglidopoulos et al. (2019), on se conforte d’admettre le secret de polichinelle qu’Haïti est rongée par une corruption nourrie par des leaders politiques nationaux et des agents étrangers. L’étude en question affirme que les actes de corruption perpétrés par des organisations peuvent générer des profits lorsque quatre critères sont satisfaits. Il s’agit de l'existence d'une opportunité, un niveau de risque limité, la disposition de l'organisation à s'engager dans des actes de corruption, et la compétence pour convertir ces actes en avantages pour l'organisation. En cette absence criante du respect des normes, il n’y aurait aucune barrière interne pour empêcher de telles pratiques de détournement en Haïti. Les récentes années ont été bouleversées par faits avérés d’une corruption multiple dont les plus importantes constituent la dilapidation des fonds de la CIRH et du Petrocaribe. Ces deux sources financières post-sismiques gérées dans une vaste gabegie administrative sont l’illustration irritante d’une implication de collusions pernicieuses des dirigeants politiques locaux avec une palanquée d’acteurs des coopérations internationales.

Les inégalités sociales et les instabilités politiques incessantes qui en résultent confirment la théorie de la connexion entre la corruption et le niveau élevé des inégalités. Stoller (2020) soutient que la corruption tend à saper les infrastructures sociales et physiques avec une forte propension à la création de monopoles. Au cours de la récente décennie, Haïti a vécu un ensemble de crimes d'entreprise (sic. Clinard & Yeager) incluant des pratiques comptables frauduleuses, des partenariats techniques et financiers inefficaces, des déclarations mensongères sur les patrimoines et les chiffres d’affaires. L’ULCC, l’UCREF et l’IGF ont totalement failli à leurs missions anti-corruption et de blanchiment des avoirs puisque malgré les sanctions internationales qui épinglent de grands commis de l’État (parlementaires, ministres) dans la criminalité financière, aucun suivi local n’a été assuré pour sévir contre les vilains. L’impunité constitue une entrave majeure aux initiatives de lutte contre la corruption.

 

Riche dotation en ressources naturelles, source de conflits armés

Plus choquant que les implications de corruption, une vaste ligne d’études empiriques ont établi qu’il existe depuis la fin de la décennie 90 un lien étroit entre la dotation de ressources naturelles et les guerres civiles (Ross, 2004 ; Fearon, 2005 ; Collier & Hoeffler, 2004 ; Collier et al., 2009). De nombreux pays africains ont été victimes de cette stratégie dominante de l’Europe, particulièrement de la France, qui cherche à établir sa suprématie européenne par l’exploitation des ressources naturelles (Bigon & Njoh, 2018). Des études taguent la relation France-Afrique d’un néocolonialisme ravageur où l’ancienne métropole installe des systèmes de voyoucratie et de médiocratie qui satisfont ses désirs prédateurs. Obiang évoque la notion de pratiques clientélaires qui visent à déposséder l’État de son territoire et de sa souveraineté. Les cas du Gabon, du Niger et de la RDC sont révélateurs. C’est par l’ascension de la concurrence internationale qui a ouvert des fenêtres d’opportunités à des compagnies chinoises et américaines que la France a vu son arrogance et son omniprésence diminuer en Afrique (Châtaigner, 2006).

Dans une analyse cinglante, Malone & Berdal (2013) fustigent la gourmandise de certains pays industrialisés qui cause beaucoup de grief aux sociétés moins avancées par les luttes acharnées qu’ils ont provoquées. L’étude a critiqué un nombre de conflits qui ont été motivés par des intérêt purement économiques. Dans cette même ligne d’idées, d’éminents chercheurs ont reconnu les erreurs graves commises par le gouvernement américain en engageant des guerres excessivement coûteuses en termes d’argent et de vies humaines. Stiglitz & Bilmes (2008) ont estimé le coût de la guerre en Iraq en 2003 à trois mille milliards de dollars. À l’instar de la guerre en Koweït, l’exploitation de gisements de pétrole en Iraq et bien d’autres régions du Moyen-Orient a été le motif principal des conflits armés (Jhaveri, 2004 ; Duffield, 2005 ; Pelletière, 2004). L’alimentation des gangs pour encourager des guerres civiles et d’autres formes de conflits armés justifie la thèse de la malédiction des ressources naturelles. À la lumière des enjeux géopolitiques qui sont à la base de la multiplicité des crises et de l’alimentation des gangs, Haïti ne ferait-elle pas l’objet d’une telle mésaventure ? La prochaine section du présent article n’est pas en mesure d’en fournir des réponses empiriques. Cependant, elle fait un survol sur des ressources naturelles dont dispose Haïti et qui semblerait intéresser un grand nombre d’institutions internationales.

 

Ressources minières et énergétiques d’Haïti

Haïti est détentrice d’un immense potentiel minier et énergétique qui peut être classifié en ressources métalliques, non métalliques, énergétiques et thermales (BME, 2018). Ce rapport produit par le Bureau des Mines et de l’Énergie (BME) suggère des politiques efficaces pour contribuer à sortir Haïti de la trappe du sous-développement. Parmi les ressources métalliques, le BME a recensé de l’or, du cuivre, de la bauxite, du nickel, de l’argent et de l’iridium. Plusieurs agences de coopérations multilatérales - la Banque Interaméricaine de Développement (BID), l’Organisation des États américains (OEA), des entités des Nations unies telles que le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD), l’Organisation des Nations unies pour le Développement industriel (ONUDI) - ont exprimé leurs intérêts à explorer le potentiel des ressources minières au pays. Outre les États-Unis, la France, le Canada et l’Allemagne ont apporté leurs soutiens techniques et financiers à travers le Fonds d’Aide et de Coopération (FAC), de Pétro-Canada et la Bundesanstalt für Geowissenschaften und Rohstoffe (BGR) pour évaluer les ressources minérales et énergétiques d’Haïti. Pour des raisons stratégiques peu dissimulées, le projecteur est braqué sur les richesses du sol et du sous-sol d’Haïti. 

Des gisements[1] d'or ont été décelés et estimés à plus de 500 mille onces dont 340 mille onces dans le Massif du Nord d'Haïti, 135 mille onces au Morne Bossa et 85 mille onces au Trou du Nord. On y repère également des indices d'or à Grande Savane, Bois de Laurence et Mont Organisé, au département du Nord-Est. Pour ce qui concerne le cuivre, le BME révèle des indices de cuivre dans les départements du Nord-Ouest, du Nord-Est, de l’Artibonite et du Plateau Central. Le bureau technique sous tutelle du ministère des Travaux publics renchérit que de récentes recherches en géophysique et géochimie menées sur plusieurs sites laissent entrevoir la possibilité de convertir cet indice polymétallique en une réserve économiquement viable et exploitable. Le BME a identifié des indices de bauxite dans diverses régions du pays, totalisant 20,5 millions de tonnes avec une teneur en aluminium d'environ 50%. Le BME suggère que des études complémentaires soient entreprises pour évaluer ces ressources. Plus important, le BME a noté que la présence d'iridium sous forme de traces à Beloc (Jacmel) présente un intérêt géologique et scientifique mondial. Le bureau a pourtant conclu que ces traces d'iridium ne possèdent aucune valeur économique en termes d'exploitation minière en Haïti. Ne serait-il pas un trop tôt de mentionner un intérêt géologique et scientifique mondial rien qu’en se basant sur une unique étude sans vouloir admettre un intérêt économique ? Étant donné l’importance de l’iridium dans de nombreux secteurs vitaux, il convient de questionner cette déduction « hâtive » du BME. Les agences de coopérations bilatérales et multilatérales contraignent-elles les récents gouvernements haïtiens à raconter une narrative qui leur plaît pour pouvoir exploiter les ressources du pays en dehors de négociations loyales ?

 

L’iridium en Haïti, ce n’est pas un mythe

Considéré comme un métal extraterrestre, car il est abondant dans les météorites et très rare dans la croûte terrestre, l’iridium détient la capacité exceptionnelle à résister à la corrosion et aux températures élevées (BME, 2022, Hansaem & Jaeyoung, 2020 ; Hunt, 1987). Cet élément chimique extrêmement rare est quasiment incontournable dans la fabrication des moteurs d'avion, des catalyseurs pour automobiles et des pipelines utilisés en eau profonde (BBC News). L’Afrique du Sud détient un avantage compétitif immense dans la dotation de cette ressource qu’elle exporte aux USA, au Japon, en Europe (Chermette, 1985). D’intérêt international, la potentialité d’une quantité abondante d’iridium est peu explorée en Haïti. Cependant, une revue de littérature montre qu’un ensemble d’études scientifiques ont examiné les biomarqueurs de la limite Crétacé-Paléogène pour établir la présence d’iridium en Haïti (Ritter et al., 2015; Stephens, 1993 ; Renne, 2013 ; Mizukami et al., 2014). Sans entrer dans les détails purement techniques de ce corpus de recherches, le grand nombre effectué sur l’existence de l’iridium en Haïti en dénote l’intérêt. Les recherches ont dévoilé parmi d’autres pays tels que le Mexique et l’Italie, que la zone de Beloc (Jacmel) a été l’objet de l’impact de la collision d'un astéroïde survenue depuis 65 millions d’années. C’est ainsi que l’iridium extraterrestre est découvert sur notre planète. Alors que l’iridium est d’une valeur inestimable, c’est en dehors d’exploration appropriée que le BME a déduit que les traces d’iridium identifiées en Haïti n’ont pas de valeur économique du point de vue minier.

Le Comité pour les Métaux Stratégiques (Comes, 2020) énumère les principaux usages de l’iridium dans le monde au cours de l’année 2019. L’industrie électrique et électronique y a occupé la tête du peloton. Viennent ensuite l’électrochimie, l’industrie chimique, le secteur médical, l’industrie automobile, les alliages pour bijoux, etc. L’iridium est utilisé dans le secteur médical pour la confection de pacemakers, sondes médicales, isotopes radioactifs, etc. Le Comes estime qu’avec l'avènement de la technologie 5G, l'iridium est destiné à jouer un rôle encore plus crucial, notamment dans un contexte de multiplication des appareils numériques tels que les téléphones, les tablettes, les écrans, etc. D’autres études révèlent la portée de l’iridium dans le domaine médical en tant qu'agent anticancéreux agissant particulièrement en ciblant la mort cellulaire par apoptose (processus d'autodestruction par des cellules spécifiques) dans les cellules cancéreuses (Shen et al., 2021 ; Ma et al., 2019, Yang et al.,2022 ; Venkatraman et al., 2009)

Tandis que l’iridium - sous l’hypothèse plausible qu’il existe en quantité exportable - aurait pu servir de pièce maîtresse pour enclencher un développement soutenable du pays, le Bureau des Mines et de l’Énergie (BME) n’y perçoit qu’un intérêt scientifique. Dans son rapport issu d’investigations empiriques peu approfondies, le BME a vite acquiescé sous l’auspice de l’UNESCO l’idée de transformer l’endroit riche en iridium (Beloc) en un patrimoine mondial. Le BME ne semble pas véritablement favorable à faire jaillir la lumière sur une potentielle abondance de l’iridium en Haïti. L’article du Bureau des Mines et de l’Énergie (BME, 2022) y va trop vite en besogne en parlant de spéculations farfelues à propos de l’iridium en Haïti. D’ailleurs, Maurrasse et al., (2004) , soit la seule recherche qui conforte le BME dans ses recommandations, suggère que la partie supérieure la plus élevée de la couche principale de téktite coïncide avec un pic d'iridium. Qu’en serait-il pour les autres parties non investiguées ? La recherche du professeur Maurrasse et collègues visait-elle à couvrir toutes les facettes de la question ? Ne faudrait-il pas aborder ce sujet avec diverses études comparées qui auraient intégré des angles économique, scientifique et environnemental ? Ce sont des questions qui devaient intéresser le BME. À défaut d’investigations empiriques, nous ne pouvons compter que sur la dialectique et la maïeutique pour aider à accoucher la vérité sur le sujet.

Pour plusieurs raisons, la recherche fascinante du professeur Maurrasse et ses collègues ne saurait permettre de conclure d’absence de potentiel économique. D’une part, les échantillons d’analyse prélevés ne toucheraient la question de l’iridium qu’en périphérie, avec évidemment des éléments chimiques suffisants pour conclure de l’impact de la collision de la météorite sur Haïti. D’autre part, l’exploration des ressources naturelles et particulièrement des éléments chimiques du groupe Platinum en vue d’exploitation économique demeure un processus complexe (Makvandi et al., 2021, Deshaies, 2016). Ne faudrait-il pas alors suggérer des fouilles plus approfondies avant de dresser une narrative de l’insuffisance d’iridium à Beloc ? Au lieu d’une comparaison partielle avec uniquement la Tunisie, pourquoi ne pas s’ouvrir à des partenariats comme ceux bénéficiés par l’Afrique du Sud pour mieux cerner les possibilités d’exploration et d’exportation de l’iridium ?

Haïti est tout aussi riche en ressources non métalliques, ressources énergétiques fossiles, ressources thermales et ressources énergétiques renouvelables (BME). Les recherches du BME ne sont pas conclusives quant à la disponibilité d’hydrocarbures, substances extrêmement importantes dans l'industrie de l'énergie comme le pétrole brut et le charbon. Cependant, selon les recherches du BME, onze puits de pétrole ont été forés entre 1945 et 1977 dans la Plaine du Cul-de-Sac, la Plaine de l'Artibonite, le Plateau Central et l'île de la Gonâve. Le bureau suggère des recherches plus approfondies pour statuer sur l’existence de telles ressources essentielles à la production d'électricité et la fabrication de produits pétrochimiques. Les sources thermales conviennent à des fins thérapeutiques. Le BME a repéré les sources puantes dans la Plaine du Cul-de-Sac, les sources chaudes de Los Posos à Cerca-la-Source, les Eaux de Boynes situées à l'Ouest de Terre Neuve et le groupe des sources de la Grand d’Anse. Les ressources métalliques telles que le ciment, le calcaire, le gypse, l’argile, les granulats, souvent extraites de carrières ou de mines jouent un rôle crucial dans le développement économique et la construction d'infrastructures au pays. Ces ressources sont disponibles un peu partout au pays. Enfin, les principales formes d'énergie renouvelable exploitées en Haïti comprennent l'énergie éolienne, l'énergie solaire, l'hydro-énergie et la bioénergie. Une étude du WorldWatch Institute rapporté par le BME identifie d’énormes opportunités d’Haïti dans les secteurs éolien, solaire et hydraulique. L’institut de recherches américain juge que des politiques publiques auraient incité à exploiter pleinement le vaste potentiel d'énergie renouvelable et d'efficacité énergétique dont dispose le pays via un système énergétique qui combine économie, bien-être social et respect de l'environnement.

La richesse en ressources naturelles - métaux précieux, minéraux, hydrocarbures, biomasse, sols fertiles, etc. - peut être perçue comme une épée à double tranchant, particulièrement lorsqu’elle est concentrée au sein de pays enlisés dans la mauvaise gouvernance. De ce phénomène d’une performance économique des pays à faible revenu inversement liée à leur richesse en ressources naturelles, des études évoquent un échec des politiques dont la corruption serait la cause principale.  Malheureusement, Haïti a montré tous les signes du constat de la malédiction des ressources naturelles puisque d’une part, les ressources minérales et énergétiques potentielles situées sous le sol de la République d'Haïti restent largement inexplorées et sous-utilisées. D’autre part, le pays est embourbé dans de sempiternelles crises alimentées par des acteurs internes et externes.

A l’image d’un ensemble d’autres pays qui ont su emprunter la trajectoire de la croissance et du développement en capitalisant sur leurs ressources naturelles, Haïti doit définitivement implémenter des politiques publiques dans ce secteur porteur. Pour transformer le potentiel de ressources naturelles en véritable richesse, le BME soutient qu’il est essentiel de commencer par une prise de conscience complète des avantages réels dont le pays dispose. Parallèlement, il faudra un engagement envers le développement durable, la préservation de l'environnement et la protection des intérêts fondamentaux de la nation.

 

Carly Dollin

carlydollin@gmail.com

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Références

 

 

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[1] Les ressources minérales sont classées en deux catégories : les gisements et les indices. Les gisements sont des ressources pour lesquelles des estimations ont été réalisées et qui sont susceptibles d'être exploitées. Les indices regroupent les ressources pour lesquelles des traces ou des indices de minéraux ont été observés, mais qui n'ont pas encore fait l'objet d'une évaluation technico-économique.

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