La date devenue fétiche du 7 février fait baver les politiciens. La situation chaotique actuelle avec un Conseil Présidentiel de Transition en fin de mission et un Premier ministre qui devrait suivre le mouvement de sortie de l’autorité qui l’a nommé fait flamber les appétits de pouvoir des uns et des autres.
Le fait que rien n’ait été réalisé pendant le passage du CPT et de ses deux Premiers ministres ne semble pas être la préoccupation de tous ceux qui ont construit ce curieux pouvoir à multitête. On semble assister de préférence à une ruée pour le lancement d’une énième transition ce qui offrirait la chance à un autre groupe de politiciens de venir s’ enrichir et permettre à tout un personnel glauque de rester en place et de jouir en parasite des privilèges de l’État.
La question est de savoir si notre pays sera constamment prisonnier de ces mêmes hommes et femmes qui reproduisent la même comédie, qui envoient aux commandes les mêmes incompétents, les mêmes imposteurs au pouvoir. On juge un bon arbre aux fruits qu’il donne. Les fruits qu’ont donné les dernières transitions avec aux commandes cette même classe politique, ces mêmes affairistes du pouvoir économique ne laissent aucun doute sur la qualité de ceux qui prétendaient piloter le pays pour nous emmener aux élections.
Aux dernières nouvelles, ce serait encore ces mêmes femmes et hommes qui discutent, qui palabrent, qui magouillent, qui rencontrent l’étranger, afin qu’ils soient encore en première loge dans une prochaine transition. Pendant ce temps la Nationale # 2 est toujours bloquée à cause des bandits et de policiers à la solde de qui on ne sait pas. De nombreux autres axes routiers sont sous le feu des gangs. Pendant le mandat du CPT, l’une des villes stratégiques du pays, Mirebalais, est tombée entre les mains des bandits. Inacceptable dans une république. Mais sommes-nous une république quand le personnel politique est dans tel état d’incompétence et de délinquance.
Dans cette période délétère, certains accusent soit le silence, soit la démission des « intellectuels ». Encore faudrait-il définir ce qu’on entend par intellectuel. Nos écrivains, nos poètes depuis le XIX siècle ont payé un lourd tribut à la satrapie et à la dictature. Nul besoin d’énumérer ici ceux qui ont dû s’exiler, ceux qu’on a emprisonnés, assassinés, fusillés. Nos bibliothèques regorgent de textes, d’essais sur la situation de notre pays. Des écrivains, romanciers, depuis plus d’une vingtaine d’années ont tiré la sonnette d’alarme. Qui ne se souvient pas de l’avertissement de Michel Soukar ? Mais pendant qu’on fait un faux procès à nos « intellectuels » on les méprise, on les éloigne des centres de décision et si par malheur l’un d’entre eux s’avisait de se lancer en politique, il deviendrait immédiatement une personne à abattre.
L’ignorance et la délinquance sont à protéger à tout prix.
Gary Victor
